apa-n-ku, ils portent, bbar-a-an-la
La différence des deux conjugaisons est trop manifeste pour qu'on la fasse ressortir; on doit seulement faire remarquer deux erreurs capitales de M. Lopez, qui tendraient à rapprocher la première personne du quichua de celle de l'aryaque. Il donne pour celle-ci le sufBxenî/, la' forme bbarâmi, laquelle est aryaque sans doute, mais n'appartient pas telle quelle au préaryaque agglutinant, puisque le suffixe de conjugaison mi est dérivé par flexion du primitif zzia, cette modification vocalique ayant pour objet de préciser le sens de relation activiB qui doit dans l'espèce affecter le thème. D'autre part, si la première personne du quichua est à volonté apani ou apanimi, ou peut-être (ce que j'ignore, la grammaire de M. Tschudi ne mentionnant pas cette forme) apanmi, ce dernier mi n'est point suffixe personnel, assimilable à ce titre à son homophone aryaque, mais suffixe du mode indi-
(1) On a déjà fait observer que le préaryaque avait un duel et que le quichua n'en a pas. '
catif ordinairement sous-enlendu. Celte particule se soude aussi bien à toute autre personne qu*à la première du singulier/et l'on dit correctement apankimi\ tu portes, apaàkikièmij vous portez, etc., comme le prouve la conjugaison périphrastique par le participe et l'auxiliaire ka^ être, où la particule mi s'afBxe indifféremment à toutes les personnes du singulier et du pluriel : apankayi kanmi^ apankayki kan^ mi (1), je porterai, tu porteras, etc. Quant à l'assimilation de ki à tvêi et à l'explication de Vn de la troisième personne par une forme galloise et une forme égyptienne, je ne puis qu'y renvoyer le lecteur compétent, qui les jugera sans doute peu dignes de figurer dans un ouvrage sérieux.
Le futur quichua est très-irrégulier dans sa forme et les suffixes personnels eux-mêmes y sont à peine reconnaissables. Néanmoins M. Lopez n'hésite pas à proclamer d'origine aryaque la première personne du singulier parce qu'elle contient une siflOiante, apasak. C'est se montrer accommodant. Ainsi l'afBxe aryaquè y a est ici devenu aak; mais d'où provient la gutturalisation finale? et où retrouver le suffixe personnel ? Mystères de l'étymologie.
Le parfait aparkmi^ je portai, est jpériphrastique et formé par agglutination de l'auxiliaire ira, mot dans lequel il serait malaisé de reconnaître la racine as, pourtant très-primitive. M. Lopez ne l'a pas essayé. Maintenant pourquoi le quichua forme-t-il son parfait analytiquement, tandis que son ancêtre le pi^éaryaque possédait à cet effet le procédé, également primitif, de la réduplication de la racine (2) ?
(1) Analyse: apa, thème, nhay, suffîxe du participe futur, A«^ toi; Aa, être ; n, suff. du présent, mi^ suflf. de l'indicatif: porter dans Tavenir moi — être présentement effectivement.
(2) On pourrait m'objecter, il est vrai, que dans les langues indo-européennes modernes, l'antique redoublement n'est pas non plus visible. Je répondrais qu'en effet il n'est pas perceptible à Tosil
84 hfi QUICHUA.
Voilà pour le mode indicatif. Quant aux autres modes, M. hofw ranpnc^ )ui-mQme ci y chercher des malog^eç quelcoAques, pu du mpins il 9P bornp à eignal^er rapidement quçlr qjDOQ p^l^pppchem^Q^ iovrai^i^fpblables. Le moios forcé est oelui do map^ suffire éie Toptatif, fivec la r^pjpe ^a^, pepser. Lvi camatérislique du condHiompl ^tmffmh fprni^ par aggiutijwliou des afi^es de l'optiftif pt de riqdû^tif. C^lle du subjpnptif e$t pii» rattjBiGhéç au grpp ktw. N'ip^slpps pa^J. t«e ç^u^i, ri^pép^^if, )e^ pftPticipps .et le^ géarppdif^ offreat tD^t $iijf^^i peu de rpsspqf^b^^Qcçs.
Il rp^ à fairç vpir que Vordve gra^unatipiil dp$ afiUps de conjugaison différa d*upe langue ji l'autre. Op sait qu'en ary^que Je ^ijfïlxe teofppfel s'ag^li^linp tovgpp|r§ p Ip rpcine Qi^ pu thème y^rbal ; puis vient Iç suffixe modal, qppnd i| est exprimé ; le ^uf^j^e pef sqijnel fergiine le niof : putrement dit, en désignant par Ip n^ëjjuscule la racine ou le thème, et chacup des affixes ppr la minuscule initiale, le yer|:)e complet se constjpuif sur la foiinule R (ou t) + t -j- m -I- p. Ainsi Toplatff grep f époifff dérive de Tindo-européen pbarsnami en préaryaque bhor^et-ja-ma , composé de bbar , racine , «, signe du présent, ja^ signe de Toptatif, ma^ moi. Prenons maintenant en quichua une fbnne verbale où les afflxes de conjugaison apparaissent au grand complet, la première personne du pluriel inclusif du présent de l'optatif, apa-n-ôikman, nous désirons porter (littéralement : porter -f- présentement -f- nous + tendance). On voit à première inspection que la forme du mot est T + t -|- p -|- m. Cette radicale
nu, mais qu'il ne saurait néanmoins échapper aux recherches de l-analyseJ Ainsi T^spagnol kice, le français Je fis, l'italien feci, viennent du latin feci, vieux latin feici, forme ancestrale fe/lci. D'autre part les langues européennes sont éminemment analytiques ^t tQ)i(^eut à le ^ey^en^r de plus en plus, tandis quQ le qu^phua est p^tô 8yn(;hétique. Jp n'en voudrais pour prppve que les conjugaisons obj^tiyeç, dont il ya ê^r^ question.
LB QUIGHUA. 85
différQPQe de syntaxe complète le t^bleai; des oppositions h^u^iée8 du quic^ua et de Taryaque.
L'auteur a borné là son exauien de la morphologie quiohua : loin de moi la pensée de l'en blâmer. Il s'est abstenu avee raison d*êntrer dans le détail des postpositions multiples qui donnent au verbe avec lequel elles se conjuguent un sens inchoatif, intensif, fréquentatif, causatif, illatif, adventif, transitif, etc. Rien évidemment n'eût été plus fastidieux et moins profitable à la thèse qu'il défendait, que l'énumération de ces mille formes, dont l'emploi est si peu conforme au génie sobre et analytique de la langue indo-européenne. Il en est une pourtant qui eût mérité de fixer son attention et même eût pu'suffire à le mettre en garde contre toute assimilation hâtive : je veux parler des conjugaisons objectives. On sait que ce terme grammatical désigne les conjugaisons où le sujet et l'objet à la fois sont incorporés dans le verbe d'action.
^/apg^u^ipatjp^ objective pst de deux sortes : non réfléchie, HU^r^d le S|UJet et Tobjet ^ont deux per^pnqes ou 4ei|x êtres différent^, comme d^ps }^ piagyiar ysivomy je Tatten^^i Tliébreu sabaq^h^lif, tu rn'^s ^bapdppQé ; rpfléc^iie, quand ils se coï^fon^QK^^ en ui^e se^le et même personne, comme daps le sgn^- \iriidfi(iêj jemedognjB, le çrep «pippffaf , je pfie po^-tp. ûr, cette derftièrp conjugaison, rindorcu^'opéeïi la possé4ftit couraiftr ment, et elle y est bien çopnue, pp ss^skrjt et pn çvec, ^qus Ip nom (}e voix ifjédiopassivp ; 1^ forme qu'e^p rpvêtai^ pp aryaqv^e f|exifp Lh^jçqm^i^ fpit remonter à i^pp formp ant,érieure bbar-a-ma-mi (porter -|- présentement -j-ipqi objet -|- moi siijet), et celle-ci, dans le préaryaque agglutinant, qui ne savait pas encore distinguer par la flexion l'objet du sujet se réduisait à bharamamay signifiant « je me porte^ je porte pour moi, je suis porté », bharasasa, bbaratata^ etc. Tout au contraire, il n'existe aucun vestige qui nous fasse supposer l'existence en préaryaque d'une conjugaison objective non réfléchie; djsoi^s mieux, il est infiniment probable q^'aqpune combin^iîsPp dp
cette nature, même dans la plus hnnte antiquité, ne fut seulement en germe dans cette langue, où, en Tabsence de la flexion diflérenciative du pronom objet et du pronom suget, elle aurait prêté à de graves et inévitables amphibologies. C'est ainsi que la forme bbaramasa, tu me portes ; (porter -|- présentement -}- nioi -{- toi), se serait confondue avec Thomophone non objective bbaramasa, nous portons. Donc, en aryaque, parfait développement de la conjugaison réfléchie, ignorance absolue de la conjugaison non réfléchie, contraste ^caractéristique.
Eh bien, cette forme que Faryaque ne connaît pas est en quichua plus développée que dans la plupart des idiomes de la famille puralo-aUaïque, où pourtant elle est organique et primitive. Le quichua n'emploie pas moins de quatre conjugaisons objectives : apayki, je te porte ; apasunkiy il te porte ; apawankif tu me portes ; apawanmi, il me porte (i). A côté de ces formes multiples, possède-t-il du moins une agglutination à sens réfléchi comparable à celle de Taryaque ? Nullement, car il obtient ce senS; non par la rédupUcation du thème pronominal, mais par Tintercalation , entre ce thème et lé thème verbal, d'un affixe spécial et invariable, de signification indécise et d'origine obscure, ku : taka, frapper, takaku, se frapper ; apa^ porter ; apaku, porter pour soi, sur soi, etc. ; et le verbe augmenté de cette particule, se comporte exactement comme un verbe simple. Ainsi, tout ce qui manque au quichua, l'aryaque en est pourvu, et réciproquement on cherche les analogies signalées, et l'on ne rencontre partout que discordance' et contrasté.
(1) Malgré rirrégularité apparente de ces formations, il n^est pas trop malaisé de les analyser; mais un pareil travail, esquissé d'ailleurs dans la grammaire de M. Tschudi, ne saurait rentrer dans le plan de ce mémoire,
L£ QUIGHUA. 87
g Vn. — Résumé.
Résumons-nous.
La connaissance des racines du quichua ne pouvant se déduire que de Tétude comparée de tous les idiomes de même souche, et cette étude n'étant pas encore faite quant à présent, il n'existe aucun moyen de comparer radicalement la langue quichua à la langue aryaque.
2* Il en faut'dire autant de la comparaison de la formation thématique des deux langues, qui doit s'appuyer sur la connaissance des racines ; mais le peu qu'on aperçoit à l'œil nu dans la morphologie * des thèmes quichuas ne correspond à rien de semblable en aryaque.
3^ Les afflxes quichuas sont tout différents de ce que pouvaient et devaient être ceux de la primitive langue agglutinante d'où est issu l'indo-européen flexif.
4*^ Les afBxes de déclinaison, notamment, n'offrent avec ceux de l'aryaque qu'un rapprochement isolé et purement phonique, et les afflxes de conjugaison n'en offrent point du tout.
5" Enfin, ce qui est plus grave et tout-à-fait décisif, l'ordre syntactique de groupement des afflxes du quichua est absolument différent de celui des afflxes indo-européens.