‹ Le R.P. Bouchard missionnaire apostoliqueChapitre 15 sur 34 · Cité du Tahlet do Londres · texte numérisé non relu

Cité du Tahlet do Londres

pas encore été saccagée par les troupes du Mahdi, mais celui-ci s'avance pour s'en emparer et tout porte à croire qu'il finira par réussir. Vous avez vu par les joui-naux que le général Gordon s'est dévoué pour sauver le Soudan. Après un voyage des plus périlleux, il est arrivé à Khartoum, oii il a été accueilli comme un véritable libérateur. Malheureusement il n'a pu faire accepter son autoiité par toutes les tribus environnantes, et bien loin d'avoir pu libérer le pays, il se trouve lui-même enfermé dans la ville sans pouvoir en sortir, cernée qu'elle est par les rebelles. Et l'on est à se demander aujourd hui si cet homme courageux pourra jamais retourner dans sa patrie, et s'il ne périra pas plutôt, victime de son héroïque dévouement."

Pressé par les clameurs populaires qui s'élevaient menaçantes, le gouvernement songea enfin, mais trop tard, à secourir l'un des plus vertueux enfants de l'Angleterre. Chargé de commander le corps d'armée destiné à cette fin, le général Wolsely ré- .solut de oragrner Khartoum en remontant le Nil, et comme il avait pu apprécier de visu, pendant la première expédition de la Rivière-Rouge, la hardiesse et l'habileté des bateliers canadiens, il fit re-

quérir leurs services par 1 entremise du gouverneur sfénéral Lord Landsdowne. Grâce au travail actif du secrétaire de ce dernier, lord Melgund, et surtout à la passion des aventures qui distingue nos compatriotes, on recruta trois cent soixante et seize hommes pour cette lointaine et dangereuse expédition. D'après la liste publiée par mon ami Gaston Labat, (1) Ottawa en fournit 160, Winnipeg 88, Caughnawaga 56, Trois-Rivières 50, Peterboro 16 et Sherbrooke 6. Les militaires chargés de les commander furent les suivants :

Commandant : le lieutenant-colonel F. C Denison, capitaine des Gardes du Gouverneur-général du Canada ;

Officier payeur et quartier-maître: le lieutenantcolonel Kennedy, de Winnipeg, mort pendant le letour de la campagne.

1. L'-S Voyageurs Cnnadiens à Vexpédition du Soudan L'auteur, S(3rgeafc d'hôpital de la Batterie B dont j'ai été l'aumôaier dulaat six ans, a rendu de grands services pendant l'expédition, par ses connaissances pratiques et son habileté à soigner les malades. A son retour d'Egypte, al. Labat flt la campagne du Nord-Ouest.

Chirurgien-inajor : T. L. Hubert Neilson, de la Batterie B.

Il avait t'ait la première campagne delà Rivière- Rouge en qualité de cliirurgien du 2e bataillon des canadiens de Québec.

Capitaine : E. Aumond, d'Ottawa, capitaine des Gardes du Gouverneur-Général, employé au département des pêcheries.

Capitaine : McKay, de Lomlon, Ontario.

Sergent d'hôpital : Gaston P. Labat.

Dans cette liste des officiers venait immédiatement après le chirurgien-major, Faumènier, qui avait le grade de capitaine et qui s'appelait le R. P. B(nichard.

On comprend qu'il était pour ainsi dire T homme nécessaire dans les circonstances,et Lord Lansdowne ne fut pas lent à lui demander ses services. Cela lui fournit occasion de faire ample connaissance avec le missionnaire canadien, et il fut si charmé par .sa conversation, qu'il le fit monter bien des fois à la citadelle pour le questionner sur l'Egypte; le Nil, le

ilé.seit, et pour s'éclairer ainsi des lumières de son expérience.

Le Père Bouchard n'avait aucune confiance dans cette expédition qui venait comme la moutarde après dîner. Que de fois il m'en parla dans ce sens ! Kt il s'en ouvrit clairement auprès du gouverneur «t des officiers. D'après lui, la seule route à suivre r était celle de Souakim à Berber, mais à la condition sine qua non de construire un chemin de fer ])Our travervser l'horrible désert entre ces deux villes. Le projet de remonter le Nil (1) devait ])rendre trop de temps, offrir de grands dangers, fournir bien des tentations à la duplicité des Egyptiens, etc. Dans tous les cas, il était convaincu qu'il était trop tard, et que Gordon serait trahi par eux et tué, ou livré vivant au Madhi. Sa répugnance était si grande que, d'après moi, le sacrifice qu'il fit en acceptant le titre d'aumônier, fut le plus grand de sa ^ ie, et je puis en parler avec connaissance de cause.

1. D'après M. Stanley {Dans Us ténèbres de l'Afrique), c'était Gordon qui avait indiqué cette route comme la plus praticable. Il venait de la franchir lui-même. Le plan de faire un chemin de fer de Souakim à Berber aurait pris un temps trop considérai »lo.

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