‹ Le R.P. Bouchard missionnaire apostoliqueChapitre 21 sur 34 · NOTRE-DAME DE LA GARDE · texte numérisé non relu

NOTRE-DAME DE LA GARDE

Lee fidèles du Cap-Blanc forment une population à part et d'un caractère distinctif assez tranché. Exposés pendant longtemps aux incursions journalières des marins de toutes les nations, à l'époque où la rade de Québec étaient remplie de vaisseaux, ils avaient pris l'habitude forcée du bi'uit et quelquefois de la tempête. Le calme régnait rarement sur cette longue allée qui trouve à peine sa place

entre le fleuve et la falaise du Cap Diamant. Les

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i-ixes étaient fréquentais, les coups de poings tombaient dru, et les cris des combattants réveillaient les plus pacifiques ; bref, il était assez difficile de dormir pendant les nuits d'été. Aujourd'hui on y dort à peu pi'ès autant (ju'ailleurs. Les vaisseaux n'existent plus (ju'à l'état de souvenir, partant plus de matelots et plus de batailles. Mais l'influence la plus bienfaisante sur l'esprit belliqueux de la paroisse fut celle du premier curé, M. Godbout, actuellement chapelain des Sœurs de Charité ; sa présence fut vraiment celle du ministre de la miséricorde et de la paix. Ses successeurs ont dignement continué sa mission pacifique.

Hâtons-nous de dire que ce petit peuple a ton loui'S été d'une honnêteté et d'une moi-alité remar- (juables. Fier, susceptible, il est aussi d'une vive intellio-ence, d'une «j^énérosité sans bornes, et se distingue par une rare habileté pour tous les ouvrages mécaniques. Voilà, aussi fidèle que possii»le, le portrait des paroissiens du R. P. Bouchard. Le nouveau curé ne fut pas lent à connaître ces natures un peu rudes, mais riches en toutes sortes de qualités.

Après le refigieux repos qu il venait de prendre, il se remit avec ardeur à l'exercice du saint ministère. Il avait fait pendant son noviciat, une pi'ovision d'amour envers l'Eucharistie et s'était pénëtru davantao'e du rôle sublime de ce sacrement dans

l'Eglise. Aussi s'appliqua-t-il à le prêcher et à le faire aimer. Et connne il n'y a pas de meilleui-e prédication que rexen:iple, tous les jours il passait de longues heures à prier et à adorer devant le saint autel. (1)

1. On sait quelle confiance ont dans le prêtre nos bonnes populations canadiennes. Bien souvent les malades vont trouver leur curé, et comme autrefois les infirmes à Notre Seigneur, ils lui disent: Seigneur, si vous voulez vous pouvez me guérir. Si VIS potes me mnndare. Et le curé prie pour eux, et s'il ne fait pas toujours des miracles, sa prière est agréable à Dieu, qui rend quelquefois la santé à ceux qui l'ont demandée avec foi et à ([ui ell(! peut être plus avantageuse que la maladie. Le P. Boui-iiard avait, comme ses excellents confrères, la confiance do ses paroissiens, Après avoir appris la nouvelle de sa morl, une brave femme de N.-D. de la Garde m'envoie, sans aucuuo provocation de ma part, une lettre qui en est un autlientiqu»^ témoignage. Elle tombait du haut mal depuis deux ans. "Après avoir bien prié, dit-elle, et fait prier sans succès, je m'adressai à mon curé, le révérend messire Arthur Bouchard, afin que comme ministre de Dieu, il pût me guérir. Mon espéi ance ne fut pas vaine; car depuis le 13 juillet 1895, je n'ai pas été affectée de cette trist»^ maladie. Moi et ma famille, nous en remercions bien le bon Dieu et nous vénérons grandement la mémoire de notre pieux défunt."

Ses intelligents paroissiens comprirent bientôt (jue s'ils avaient perdu un prêtre très distingue par le départ de M. Richai'd, l'évêque leur en avait donne un autre qui ne le ferait pas oublier sans <loute, mais qui remplirait lui aussi avec zèle et succès, son rôle de pasteur et de père. Ils se sentaient honores d'avoir pour cure un missionnaire qui avait travaillé et souffert et, rudes travailleurs euxmêmes, ils regardaient le Père Bouchard un peu comme l'un des leurs, ayant en plus le prestige de l'instruction et l'auguste caractère du sacerdoce. Habitués à une vie de dangers, ils ne manquaient pas de goûter le récit de ses voj'ages et de ses missions lointaines, et d'être ravis de sa belle humeur, et des joyeuses histoires que le Père avait cueillies sous toutes les latitudes et qu'il contait si bien et si volontiers.

L'église de Notre-Dame delà Garde venait d'être réparée à neuf: les écoles dirigées par les Sœurs de la Charité étaient dans un état assez prospère et fréquentées par une foule d'enfants pleins de vie et pétillants d'intelligence. M. Bouchard, comme il l'avait fait ailleurs, enrichit la sacristie d'ornements. A proximité de la cathédrale, il rendit aussi de

grands services à l'œuvre des Tabernacles par ses conférences, par ses conseils, et aussi par le travail qu'il fît lui-même ou dont il dirigea l'exécution. C'est ainsi que toutes les barrettes se fabriquaient au presbytère de Notre-Dame de la Garde.

Mais ce presbytère lui-même était à refaire. La maison curiale qu'il ti'ouva à son arrivée, menaçait de s'écrouler et de tomber dans le Saint-Laurent, avec le quai vermoulu qui la portait. Le Père Bouchard se mit couraoreusement à l'œuvre et fit construire un presbytère très convenable, qui coûta relative ment peu cher et qui durera de longues années. Le curé du Cap Blanc en fit l'inauguration solennelle, et, à cette occasion, il eut Ihonneur de réunir à sa table Mgr Bégin, plusieurs prélats romains, M. le curé de Québec, M. le principal de l'Ecole normale, M. l'abbé Casgrain et quelques autres membres du clergé.

Si sa santé avait été meilleure, rien, il semble, n'aurait manqué à son bonheur. Car, à part les consolations que lui offrait son fructueux ministère, il avait le plaisir de vivre auprès de ses meilleurs amis et de plusieurs familles de la ville qui lui étaient

entièrement sympathi(|ues. Mais il était loin d'être î^'uëri, et dans l'hiver de 1894-95, il fut longtemps et douloureusement malade. Quand il fut un peu remis, son bras gauche était à demi paralysé, et les médecins lui déclarèrent que s'il voulait prolonger sa vie, mais sans espoir de guérison, il hii faudrait encore quitter son puys pour aller dans un c-limat plus chaud. Le diabète continuait son travail de mort et il était évident que la fin n'était pas loin. Quoiqu'il fût habitué aux voyages, il en coûta terriblement de partir cette fois, au R. P. Bouchard. La certitude de languir quelque temps, puis de mourir bientôt à Thôpital s'il restait ici, le décida à tenter de nouveau la fortune, avec l'espérance bien fondée de pouvoir être utile encore et de vivre plus longtemps. Il donna donc sa démission, et au mois de novembre (1895), il partit de nouveau pour les Antilles,

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