SAINT-PIERRE BAPTISTE
Le R. p. Bouchard fut curé de Saint-Pierre-Baptiste durant deux ans, du mois d'octobre 1889 au mois d'octobre 1S91. Cette paroisse érigée en 1886 était relativement pauvre : église, sacristie, presbytère, tout cela avait petite appai'ence et pas plus de réalité. Les revenus du curé étaient en parfaite liarmonie avec le reste, de sorte que cette cure n'étiit convoitée par personne. A part les consolations ([u'un bon prêtre trouve toujours au milieu d'une bonne population catlioli([ue et intelligente, comme celle de Saint-Pierre-Baptiste, ce qui fut le plus agréable à ral»bé Bouchard, ce fut le voisinage de son excellent ami, ^I. Dubé, curé de Sxinte-Julie
( omiïie dans tous les postes qui lui avciient déjà été assignés, il y travailla avec dévouement et se fît des amis de tous ses paroissiens. Il vivra toujours dans leur souvenir. Au reste une physionomie aussi tvpique et aussi fortement dessinée que la sienne ne s'efface jamais de la mémoire qui en a une fois re(;u F impression.
En fait d'œuvres extérieures, il répara et agrandit l'humble presbytère qui méritait à peine ce nom. Disons qu'il ne fit pas un chef-d'œuvre ; mais les travaux ne coûtèrent pas un cent à la fabrique, et si l'architecture ne s'est pas enrichie, la paroisse n'en est pas devenue plus pauvre. (1)
M. J. B. Thiboutot, le curé actuel, qui me fournit
1 Le P. Bouchard aurait désiré faire davantage pour aider ses bons paroissiens et je sais combien de démarchies il Ht auprès de son ami, M- ^^ comte B.iillairgé, pour obtenir de lui la somme de cinq cents piastres qui devait être consacrée à l'achat d'une terre de fabrique. Toutes les conditions du contrat avaient étélonguement et minutieusement discuté 'S,on en était arrivé à une entente parfaite; mais hélas ! au moment phsj'Cologique, le vénérable vieillard ne voulut pas aller plus loin dans cette direction. Il faut avouer qu'il en pi it d'autres dans la suite et ces sortes de voyages lui ont coûté cher. Quoiqu'il en soit, si le Père Bouchard ne réussit pas, il n'en eut pas moins le mérite d'avoir beaucoup travaillé,et pour une paroisse où il •''tait entendu qu'il ne resterait pas longtemps.
ce i'enseio-nement,me dit qu'un service solennel a été cliantë pour le repos de l'ânie de M. Bouchard : '■ 1 église, (1) ajoute-t-il, était remplie comme en un beau dimanche, et il y avait dans l'assistance une foule de protestants, qui venaient se joindre aux catholiques pour lui donner cette marque de leur profonde estime.
Le lecteur a certainement remarqué déjà que pour le prêtre dont j'esquisse la biographie, la vie a été un long voyage, jalonné par de nombreuses étapes où la tente du pasteur n'était jamais fixée pour longtemps. Il en fut des pâturages de Saint- Pierre-Baptiste comme des plaines désolées de l'Egypte, des rivages enchanteurs du Saint-Laurent et des luxuriantes végétations des tropiques. Aucune force, il semble, n'aurait pu le retenir, et après avoir comme ailleurs nourri et gardé fidèlement ses brebis (ju'il savait devoir passer entre bonnes mains, il reprit son bâton de pèlerin et, à la grande surprise de tous, il alla s'enfermer novice au cou- ^■ent des Pères du Saint-Sacrement de Bruxelles.
1 Une grande église neuve lâtie par les soins du successeur du E. P. Bouchard.
AU NOVICIAT DU SATNT-SACREMEXT
Plusieurs fois déjà religieux, le R. R Bouchard n'eut en apparence aucune peine à se plier à la rè- ;;le de cette communauté, et il donna l'exemple de la fidélité et de l'exactitude à en observer les moindres détails. A son âge, il devait lui en coûter pourtant de se soumettre aux minutieuses exigences et aux épreuves souvent humiliantes du noviciat. Kt ces trois heures d'adoration — dont une la nuit — et cela tous les jours, devant le Saint-Sacrement exposé, si elles oftVent au cœur les douces joies de la piété, causent aussi de pénibles fatigues au corps vt à l'esprit. Le P. Bouchard n'y manquait jamais. Placé au milieu de jeunes gens de quinze à vingt ans, il se fit jeune avec eux, aimable et gai comme toujours, soumis et respectueux pour les supérieurs de la maison, quoiqu'ils fussent moins âgés que lui.
Il était entré au mois de novembre 1891. Au mois de décembre suivant et en avril 1892, j'eus le bonheur de le voir à Bruxelles et de passer quelques jours dans cette admirable communauté, où le Saint- Sacrement est adoré nuit et jour, et où j'assistai aux cérémonies les plus pieuses et les plus édifiantes. Je
pus constater par moi-même combien le P. Bouchard était heureux de son sort, et je me demandai si, cette fois, en dépit de toutes les prédictions contraires, il n'avait pas enfin trouvé le lieu de son repos. Mais la divine Pi-ovidence en décida autrement. La lettre suivante adressée par lui à l'une de ses sœurs va nous apprendre la nouvelle épreuve qu'il lui fallut subir.
Paris, 25 janvier 1898.
^la chcre Alexandia,
Je viens te souhaiter, un peu tard, une bonne année et te donner, trop tôt, de bien tristes nouvelles. J'ai le chagrin de t'annoncer que ma mauvaise santé m'a forcé de quitter la congrégation des PP. du Saint-Sacrement, où j'espérais bien pourtant terminer mes jours. Depuis longtemps j'éprouvais dus douleurs et de la fatigue, j'espérais prendre le dessus et je suis allé jusqu'au bout de mes forces. Aujourd'hui, à un affreux mal de jambe est venu s'ajouter le diabète, qui uni à sa parente la gravelle, dont j'étais déjà favorisé, contribue à me rendre la vie aussi insupportable que possible. Le médecin que j'ai consulté à Bruxelles, me dit que j'ai fait une
folie de résister aussi longtemps ; mais j'ignorais la gravité du mal, et maintenant il me faut subir un traitement sé\ èr* si je veux vivre encore quelques aimées.
Je ne puis te dire assez ma douleur d'a'oandonner le noviciat.. . Je ne regrette pas le temps que j'y ai passé ;bien au contraire. Cette année de solitude aux pieds du Saint-Sacrement sera comme un <lélicieux oasis dans ma vie, mon soutien pour les épreuves à venir, et ma plus ferme espérance à l'heure de la mort.
Je resterai à Paris jusqu'à ce que je puisse entreprendre le voyage du Canada; je suis trop faible pour y songer maintenant. Inutile de te dire que la comtesse de Villeneuve a été remplie d'attentions et de bontés pour moi. Je demeure à deux pas de son hôtel, et tout près de l'église de Saint-Roch oit je compte de bons amis, dans la personne du vénél'able curé et de ses vicaires. (1)
. .. Une fois rendu au pays, je me propose d'aller
I. Il out l'occasion de leur readre biea dos services, et pendant quelque temps il remplaça même,autant qu'il le pouvait, l'un de ces messieurs qui était allé à Kome.
à l'Hôpitcil-Général ; j'y serai bien soigné et je serai près de Mgr Têtu, qui a toujours été mon au»i dévoué et que j'aime bien sincèrement...
Si le bon Dieu me rend la santé, je me résignerai à redevenir curé, avec les responsabilités qui m'ont toujours causé de la frayeui- . . .
Je puis te dire sans fausse humilité, que les Pères du Saint-Sacrement m'ont vu partir avec regret ; de mon côté je garderai toute ma vie un bon sou\enir et une sincère amitié pour ces saints religieux, (]ui m'ont appris à aimer davantage le Dieu de nos autels
Le 8 février 1893, le cardinal Taschereau écrivait à Mgr Bégin, qui se trouvait alors à Rome :
" M. A. Bouchard est obligé de quitter Tordre religieux à cause de sa santé. Il va revenir au Canada, au mois de mars. C'est un excellent sujet qui pourra rendre des services si sa santé se rétablit. Il demeure 6, rue Saint-Roch, à Paris. ''
A son passage à Paris, Mgr BJgin qui avait pour compagnons de voyage Mgr Gagnon et MM. les abbés Raymond et René Casgrain, eut souvent l'oc-
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casion de voir le Père Bouchard, soit à son hôtel, soit chez la comtesse de Villeneuve, et quand il ])artit, il l'emmena avec lui à Québec, où le prélat fut de retour le 7 mars 1893.
La mort dé M. Gingras, curé de Saint-Gervais, arrivée le 15 du même mois,avait occasionné la nomination à ce poste important, de M. Charles Richard, curé de Notre-Dame de la Garde. Cette dernière paroisse échut au Père Bouchard, qui fut on ne peut plus heureux de l'accepter, et qui en prit possession le 13 avril suivant.