FIN
LKTJRE DE MGR COMBONI.
El-Obeïd, le i6 avril iSSi.
Je suis arrivé à El-Obeïd, capitale du Kordofan, le 5 avril, à neuf heures du matin. J'ai été émerveillé de trouver une église nouvelle plus haute, plus vaste, plus belle que la maison du gouverneur, qui passe ici pour un monument. La toiture et la façade sont à peu près terminées, mais une partie de la nef à l'intérieur, et les murs à l'extérieur, ne sont pas encore enduits de chaux faute d'eau.
Le manque d'eau c'est la grave question, question annuelle, question toujours en suspens. Avec de l'argent on peut en tout temps trouver quelque chose à manger ; mais, pour boire, il faut beaucoup d'argent, et cette année même les deux établissements ont souffert de la soif. La dépense de l'eau s'élève à quinze, vingt, vingt-cinq francs par jour selon les mois. Plus le soleil devient brûlant,plus le prix de la boisson est élevé. Quel crêve-cœur quand la supérieure des sœurs vient dire aux missionnaires : " Nous ne pouvons pas préparer la nourriture des enfants ;" ou quand on s'écrie : "Père, j'ai soif !" Il faut aller
trouver le gouverneur pour se faire donner un peu d'eau qu'on paie quinze ou vingt centimes le litre.
En Europe, il est difficile d'avoir une idée des tribulations à endurer dans ces régions arides et brûlantes ; il faut les avoir souffertes soi-même pour en être convaincu. Si, certains jours, l'eau pour boire manque, comment faire pour les mains et le visage ? Heureux quand les missionnaires et les sœurs ont conservé dans la cuvette l'eau avec laquelle ils se sont lavés la veille ! Quelquefois elle devra leur servir de boisson ! Et quand il faut laver le linge des missionnaires, des sœurs et des enfants (filles et garçons), la dépense est doublée pour une semaine.
La construction et la réparation des maisonnettes des deux établissements augmentent encore nos dépen- .ses. Impossible de se mettre à l'œuvre pendant la saison des pluies qui dure de deux à trois mois ; il faut que tout soit prêt auparavant, parce qu'au Kordofan les maisons sont faites de terre sablonneuse, et si le toit n'est pas bien en ordre et les murs enduits de terre mêlée aux excréments des animaux, l'eau pénètre et ruine la maison. L'année dernière, comme l'église était en construction, il a été impossible de s'occuper des deux établissements, et quand les pluies sont venues, il a fallu ouvrir le parapluie dans les chambres. Or, sous peine de voir tout s'effondrer, nous devons cette année penser à nos maisons.
A El-Obeid, beaucoup de Coptes aimeraient à nous.
confier leurs enfants, mais pour cela on doit bâtir des écoles. Or l'eau manque et il faut la payer à des prix impossibles. En attendant, le bien ne se fait pas.
Il y aurait un moyen de remédier à tous ces inconvénients : la création de puits ou de citernes. La citerne est préférable, parce que les puits doivent avoir une profondeur de 35 mètres au moins, et chaque année il faut les creuser encore. A 30 mètres, on trouve un granit qu'il est impossible de briser sans la poudre.
Une citerne qui fournirait tous les ans l'eau nécessaire pour étancher la soif, laver le linge et réparer les maisons doit coûter une somme considéx-able. Il faut, en effet, des briques cuites et du ciment. Or les briques cuites coûtent 20 francs le mille, le ciment 1 5 francs le quintal. La citerne devant contenir environ 300 mètres cubes demanderait de 50 à 60,000 briques et un certain nombre de quintaux de ciment, sans compter la main-d'œuvre. Quelle somme !
Ah ! quelle peine j'éprouve quand je pense à mes luuvres missionnaires, sœurs et enfants, souffrant de la soif neuf mois de l'année, battus de la pluie les trois autres mois ! Quelle consolation j'éprouverais si je voyais une bonne fois de l'eau en quantité suffisante 1
Dans ces temps de désolation, il y a beaucoup de souffrances à soulager, mais on trouve dans le Canada des cœurs d'une charité intarissable. Puissent-ils avoir pitié de nous et s'attendrir sur nos tribulations !
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