‹ Le R.P. Bouchard missionnaire apostoliqueChapitre 30 sur 34 · AU · texte numérisé non relu

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KEVD PÈRE A. BOUCHARD.

Le Caire, 12 décembre 1883.

Nfon Révérend Père,

Les tristes événements qui se succèdent au Soudan, vous sont en partie connus. Chaque jour la situation devient plus grave. On avait, comme vous le savez peutêtre, organisé à Khartoum une armée égytienne sous le commandement du général anglais Hicks. Les plus belles espérances accompagnaient le départ de cette armée destinée à réprimer l'insurrection du Mabdi. Mais depuis plus d'un mois, aucune nouvelle directe n'est parvenue au gouvernement, et les bruits les plus sinistres ne

cessent de circuler au sujet -de ces troupes. Il parait désormais hors de doute, que le général Hicks et tous ses soldats ont disparu, surpris peut-être et massacrés par les bandes plus nombreuses qui suivent le Mahdi La population musulmane du Soudan, surexcitée par le succès du faux prophète, se soulève partout. La route de Souakim à Berber est occupée pas les rebelles qui y ont ev tel miné, il y a quelques jours, l'élite des troupes égyptiennes. Le Sennaar et, parait-il, certains points du territoire en deçà du confluent des deux Nils, sont au pouvoir du Mahdi. Non seulement il n'y a plus rien à tenter pour la délivrance de nos prisonniers du Kordofan, mais notre dernière station de Khartoum elle-même est compromise dans son existence. Il est, en effet, impossible de se faire illusion ; et l'on s'attend d'un jour à' l'autre à r^ cevoir la nouvelle que Khartoum appartient aux insurgés.

Dans ces circonstances douloureuses, Mgr Sogaro a dû pourvoir à la sécurité de nos chrétiens de Khartoum. Après avoir consulté les consuls de France et d'Autriche, il a pris des mesures énergiques pour la retraite de nos missionnaires. Avec l'appui du gouvernement, il a fait mettre à leur disposition des barques et des chameaux, et leur a télégraphié de prendre la voie du Ni> et de Korosko, la route de Souakim étant fermée. Malheureusement, trompés par les bruits habilement semés dans le Soudan, nos confrères ont cru à l'absence de grand péril ; et leur départ, malgré les dépêches pressantes et réitérées de Mgr Sogaro, s'est trouvé retardé de quinze jours.

Ils sont partis seulement hier, comme nous l'a annoncé un télégramme reçu le soir. Au lieu du bateau à vapeur que Mgr Sogaro avait obtenu, il y a deux semaines, ils n'ont plus, à l'heure actuelle, que des barques pour; descendre le fleuve jusqu'à Berber. Les rives du Nil, auj moins à uauche, ne sont pas sûres; et nos chers voyageurs ne seront peut-être pas hors de danger avant une vingtaine de jours.

Tout le personnel de la mission accompagne naturelle-^ ment les RR. PP. Henriot et Vincentini. C'est une caravane d'une centaine de personnes.

Nous possédons, vous le savez, une maison, près de la" première cataracte, dans la Haute-Egypte. C'est là que Mgr Sogaro a décidé d'installer la mission exilée de' Khartoum. Il est inutile de vous décrire les difficultés' effrayantes de la situation actuelle. Vous connaissez l'Afrique Centrale et la mission ; et mieux que tout autre, vous pouvez juger la gravité de la crise que nous traversons.

Mais, quelle que soit l'épreuve, Mgr Sogaro ne perd ni le courage ni la confiance. Plus l'œuvre de Dieu rencontre d'obstacles devant elle, plus il faut qtie les ouvriers apostoliques lèvent haut et tiennent fermement la. croix qu'ils ont mission de planter au cœur de l'Afrique. Mgr Sogaro est donc fortement résolu de ne pas reculer devant tant de difficultés croissantes et de maintenir, malgré tout, la mission de l'Afrique Centrale.

Et c'est pourquoi, en vous remerciant de la propa i;ande si zélée et si fructueuse que vous avez inaugurée au Canada, ]\Igr Sogaro vous prie de vouloir bien continuer cette œuvre si excellente. Plus nos charges augmentent, plus les secours extraordinaires deviennent urgents. Votre dévouement à la mission de l'Afrique Centrale et l'activité de votre zèle sont une grande consolation pour le cœur de Monseigneur ; et il espère que nos malheurs, loin de diminuer le succès de vos efforts, seront au contraire le plus puissant argument pour émou voir la charité des chrétiens du Canada ; toute la recon naissance et les prières des missionnaires vous accom pagnent dans votre labeur si apostolique.

Espérons et gardons notre confiance dans le Seigneur. Les souffrances sont grandes, mais notre vocation est ])lus grande encore ; et nous tiendrons jusqu'au bout notre bannière sacrée, en restant fidèles au cri traditionnel : •• La Nigritie ou la mort ! "

^'euillez agréer, mon Révérend Père, l'expression d< mes sentiments respectueux et dévoués.

Votre humble serviteur en N. S.

René LeMonant Deschenais. Miss. Apost. de l'Afrique Centrale

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