‹ Le R.P. Bouchard missionnaire apostoliqueChapitre 31 sur 34 · DE L'AFRIQUE CENTRALE, AU RÉV. PÈRE A · texte numérisé non relu

DE L'AFRIQUE CENTRALE, AU RÉV. PÈRE A

lîOUCHARD, MISSIONNAIRE

Mon vénéré et bien-aimé confrère,

Le moment est venu où nous devons dire avec riiomme de la patience : même s'il me tuait, j'espérerai en lui : Ktias7}isi occiderit me in ipso sperabo. (Job. xiii, 15.) Le moment est venu d'imiter le grand patriarche Abraham, cjui comme dit S Paul, crut dans l'espérance centre toute espérance : cofitra spem in spem a-edidit. (Rom, iv, 18.) Votre chère lettre m'a trouvé les larmes aux yeux et au moment où je donnais le dernier adieu à notre station chérie de Schellal. Je me dirigeais en toute hâte à la recherche d'un abri pour nos pauvres fuyards. Depuis la fête de Noël jusqu'à ce moment-là, par un travail continuel de nos frères, d'une cinquantaine d'ouvriers arabes et de nos nègres, nous avons restauré l'ancienne maison des missionnaires et bâti nouvellement l'école des garçons, la maison des sœurs et des négresses. Plusieurs des principaux seigneurs d'Assouan nous avaient déjà adressé des demandes d'admission pour leurs enfants, et nous avons dû même faire une exception pour le fils du gouverneur (Mamour) qui, avant que notre école fût terminée, a désiré venir dans notre maison pour apprendre le

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français. Notre maison possède là un vaste terrain mais rendu infructueux faute d'eau. C'est pour cela que j'ai fait venir de Paris deux saghies en fer (la saghie est un instrument en usage en Egypte et en Afrique pour arroser le terrain). Entre temps, nos nègres mariés s'occupaient à bâtir leurs propres cases et le bon Dieu répandait largeni'.-nt ses bénédictions sur nos pauvres noirs. Oh ! qu'il était beau de voir ces pauvres fils de la rédemption prendre part tous les jours aux prières du matin et du soir ! Qu'il était ravissant de les voir, surtout les jours de fêtes, assister à la sainte messe, s'approcher avec recueillement des saints sacrements, écouter avec une indicible avidité la parole de Dieu. Il ne nous restait plus qu'à construire l'église et déjà tout était préparé, les pierres, le bois, le fer ; une main d'œuvre seulement nous attendait. No;* yeux étaient continuellement dirigés vt-rs le Caire pour voir si nous pouvions être assurés contre les assauts des adhérents du Madhi. Nous attendions qu'on remplirait cette solennelle promesse proclamée par tous les journaux, qu'on défendrait l'Egypte depuis Ouadi-Halfa et Korosko, lorsque, tout à l'imprévue, vinrent retentir les menaces des insurgés, qui n'étaient plus qu'à peu de journées de nos habitations. C'est alors que j'ai cru de mon devoir d'enlever tout de suite notre station, faisant partir les uns sur un bateau à vapeur, que le gouvernement mettait gratuitement à notre disposition, les autres sur un dahabia (grande barque avec des cabines capables de contenir 50 personnes) ; mais tous s'en allèrent sans avoir d'autre point d appui que la divine Providence. Moi.je les avais précédés d'un

jour pour venir implorer au Caire la charité en faveur de ces pauvres nègres, et j'ai la consolation de vous dire (|ue, pour la moitié de la caravane, c'est-à-dire pour 50 personnes, 2 prêtres et 2 frères, jai trouvé, dès le premier jour, un endroit où je puis les placer. C'est à Monifallut, à 10 heures du chemin de fer sud du Caire, sur une propriété de M. Halin Bey Ghali, qui appartient à une des plus anciennes et des plus nobles familles coptes d'Egypte. Pour ceux qui viennent avec ledahabia, je les ferai venir au Vieux-Caire dans la vieille église des Maronites. Notre chrétienté est donc sauvée du naufrage ; mais toutefois que de travail pour subvenir à tant de besoins ! Nous aurions pu, il est vrai, éviter tout cela en ne songeant qu'à nous sauver nous-mêmes et abandonner les pauvres nègres à leur triste sort. Mais, mon Dieu, avec quel courage aurait-on pu faire cela, si 1 on songe que notre petite et pauvre chrétienté est le fruit de tant de sacrifices et le prix de tant de .iréiiéreux athlètes, éteints presque tous dans la fleur de l'âge et au milieu de privations ; que cette petite chrétienté arrosée de la grâce de Dieu pourra nous donner sous peu de précieux secours pour fonder de nouvelles stations ! Et après, comment le missionnaire, témoin oculaire du sort déplorable des esclaves, lui qui a consacré sa vie et juré même de verser son sang, s'il le fallait, pour rompre leur joug et briser leurs chaînes ; comment pourraitil délaisser et exposer à retomber infailliblement dans le double esclavage de l'âme et du corps, ces enfants admis déjà à participer à la liberté du Christ ? Non, son

cœur, sa vocation et surtout sa foi ne le lui p^rm^ttro-.it jamais 1

Après tout cela, vous voyez donc, très cher frère, que la mission est d? plus en plus éprouvée, et que les besoins pécuniaires augmentent chaque jour. J'ai la pleine contiance que vous continuerez votre charitable coopération et redoublerez de zèle pour ces milheureu^ descendants de Cham, surtout pendant le peu de temps que vous serez, je pense, encore parmi le peuple canadien, qui s'est montré toujours si généreux en faveur de notre mission, îe dis pendant le peu de temps, parce que je suis d'avis qu'il sera bien que vous veniez ici pour l'automne prochain, car c'est alors qu'aura lieu la campagne des Anglais contre les rebelles, et comme vous savez bien l'an glais, vous pouvez être très utile. D'un autre coté, comme vous avez beaucoup souffert du froid pendant l'hiver dernier, vous pourrez le passer ici et rétablir votre santé. Cependant je me réserve de vous écrire une autre lettre, dans laquelle je vous parlerai avec i)lus de précision sur ce sujet.

Quant à nos prisonniers, il y a environ deux mois que nous n'en savons plus rien de certain : les uns racontent iju'ils sont massacrés, les autres disent qu'ils vivent encore. J'espère cependant recevoir quelques renseignements d'une lettre que j'ai envoyée au Mahdi, le ler avril ; si je reçois quelque nouvelle, je vous l'écrirai dans la suite.

Je vous présente les salutations affectueuses au nom de tous.

Votre très dévoué confrère en J. C,

François Sogaro, F/c. Apostolique de F Afrique Centrale.

LE'n RE DU GENERAL WOLSEI.EY LES BATELIERS CANADIENS

Nous sommes heureux du beau témoignage que le général Wolseley rend aux bateliers canadiens, qui ont pris I)art à la campagne d'Egypte. Voici la lettre que le général envoie au gouverneur du Canada. C'est un docu- )iient précieux qui fait honneur à nos compatriotes :

Le Caire, 13 avril 1885.

Au gouverneur-général du Canada, le marquis de Lansdowne.

MlLORD,

Les voyageurs canadiens attachés à la campagne d'Egypte sont tous retournés au Canada. Je tiens à cœur d'exprimer à Votre Excellence la haute appréciation que j'ai faite de leurs services et de l'aide qu'ils ont rendue a l'expéditi 'H-

A de rares exceptions, ils ont prouvé leur parfaite

compétence comme bateliers. Ils ont travaillé admirai>lement bien et ont enduré les fatigues de cette rude campagne sans proférer un seul murmure de mécontentement. En plusieurs occasions, ils ont déployé non seulement beaucoup d'adresse, mais aussi beaucoup de courage dans la navigation du Nil, à la fois difficile et dangereuse.

J'éprouve un vif regret de ce que, dans l'exécution de leur tâche, quelques-uns d'entre eux aient été victimes des difficultés qu'ils avaient à vaincre.

Les officiers, le colonel Denison en particulier, ont fait preuve de beaucoup d'énergie et de bonne volonté ; leurs services ont été de grande valeur.

Qu'il me soit permis de demander à Votre Excellence de communiquer cette lettre aux officiers et à tous les autres membres du détachement des voyageurs* canadiens, de même qu'aux autorités canadiennes.

Certains journaux ont publié des rapports mal fondés, allant à dire que les services des bateliers canadiens avaient produit des résultats fâcheux.

Je désire enregistrer non seulement mon opinion, mais aussi celle de tous les officiers mêlés à la direction des troupes, et qui tous s'accordent à dire que les services des voyageurs canadiens ont été de la plus grande valeur, (]ue de plus, leur conduite a été excellente. Ils se sont fait une haute réputation parmi les troupes engagées sur le Nil.

Ces dernières ont éprouvé une vive satisfaction de voir des Canadiens prendre part à l'expédition et partager avec elles les privations et les dangers de la cam- ].agne.

T,a présence de Canadiens au moment où les soldats anglais, écossais et irlandais étaient réunie, met en lumière les liens qui unissent toutes les parties de notre grand empire.

En terminant, je tiens à exprimer à Votre Excellence, ])ersonnelleraent, mes sincères remerciements pour la l)eine qu'Elle s'est donnée dans le recrutement de ces voyageurs et dans les arrangements auxquels il a donné lieu.

• J'ai l'honneur d'être, etc.,

WOI-SELEV,

Général, •

Notes sur les gravures

Portrait du R. P. Bouchard.

Portrait de Mgr Comboni.

Portrait du R. P. Luigi Bonomi. Ce missionnaire .1 été le compagnon du R. P. Bouchard. Fait prisonnier par le Mahdi, il ne s'échappa qu'après deux ans de cap tivité. Il porte le costume des missionnaires d'Afrique, celui, par conséquent, du R. P. Bouchard lui-même.

:^oO APPENDICE

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