‹ Le R.P. Bouchard missionnaire apostoliqueChapitre 6 sur 34 · NOTICE 7^,100 R AFRIQUE · texte numérisé non relu

NOTICE 7^,100 R AFRIQUE

tion, les deux autres sont morts francs-maçons et ennemis jurés du catholicisme.

Prions beaucoup p<jur la conversion des habitants de l'Afrique. Hëlas ! combien de missionnaires y laisseront leurs os, avant que cette conversion soit opérée ! Le récit des faits de notre mission étant de nature à intéresser mes compatriotes, j'ai résolu de les tenir au courant de ce qui s'y passe, leur donnant des détails sur les mœurs et coutumes des différentes tribus avec lescjuelles je suis journellement en i-apport, et sur leurs traditions plus au moins exti'avagantes. Je pourrais aussi faire une histoire de l'esclavage en ce pa3's barbare. J'ai pensé qu'en publiant ces lettres dans un journal de Québec., ce serait un excellent moyen d'avoir le chemin du cœur et de la bourse de quelques personnes charitables, qui se feraient des trésors de mérites, en donnant ainsi à notre pauvre mission les moyens de racheter quelques esclaves, et de faire venii- de nouveaux ouvriers pour trav^ailler à la vigne du Seigneur. (1) J'ai un confrère autrichien

1 La Propagation de la Foi à Québec envoya par mou entremise des sommes assez importantes pour les missions de l'Afrique Centrale. (L'auteur.)

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<|ui, sans être un écrivain brillant, fait publier une relation dans son pa3^s, et reçoit des sommes considérables pour se maintenir lui et un bon nombre de noirs qu'il a rachetés. Il espère, l'année prochaine, pouvoir bâtir une chapelle.

A. Bouchard, prêtre,

Missionnaire-Apostolique.

Voici maintenant la belle lettre que le Père Bourhard adressa à Mgr l'archevêque de Québec, quel- <[U('s mois après, le (S septembre 1880.

^Eonseigneur,

Le zèle de Votre Grandeur pour la gloire de Dieu et le salut des âmes, l'intérêt que vous portez aux missions et surtout le souvenir bien précieux de vos bontés pour moi, semblent excuser la liberté que je prends de venir vous déranger dans vos nom- I (reuses occupations. Bien des fois, j'ai pris la résolution de vous écrire, mais j'ai toujours été retenu })ar la crainte d'être importun. Il est probable que je garderais encore le silence, si je n'avais à entretenir Votre Grandeur d'un sujet plus intéressant que ma pauvre personne : je veux dire de la mi.s- ^ion de l'Afrique Centrale à laquelle vous portez

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tant (l'intérêt. Voilà huit mois que je suis clans cette vigne stérile et désolée, que le divin Vigneron daigne protéger et qu'il veut sauver, puisqu'il envoie des ouvriers qui travailleront de leur mieux à lui faire porter du fruit. L'on m'avait dit que c'était une mission difficile, mais j'étais loin le me faire une juste idée des nombreux obstacles qui s'opposent à la conversion de la pauvre Afi-i(]ue. L'un de ces obstacles est l'esclavage que l'on dit pourtant ne plus exister. Il est bien vrai que la traite des noirs ne se fait' plus publiquement, mais elle se fait en secret. La preuve, c'est qu'ici, à Khartoum, résidence du gouverneur général du Soudan, nous pourrions acheter des centaines d'enfants. Malheureusement notre pauvreté ne nous permet pas d'en acheter un grand nombre.

De plus, chacun est libre de garder autant d'esclaves qu'il lui plait et de les traiter de la manière la plus indigne. Or si, sous les yeux du gouvernement, les noirs sont ainsi traités, l'on peut se faire une idée de leur condition dans les endroits plus reculés, où. il n'existe pas plus de loi que de morale. La dégradation des nègres surpasse tout ce qu'on peut imaginer : ils sont plongés dans les vices les

plus honteux et ils n'ont pas la moindre idée de pudeur. Les missionnaires espôrent peu <les adultes. Leur espérance repose sur les enfants qu'il faut })resque toujours acheter ; alors on peut les élever à la mission, en faire de bons chrétiens, ensuite les marier entre eux, et les éloigner de tout contact dangereux, surtout de celui des Musulmans.

La mission possède à El-Obeid, capitale du Coidofan,. une colonie agricole à quelques heures de la ville ; cette colonie est exclusivement composée de chrétiens élevés à la mission. Il y a déjà un bon nomhve de familles qui, par leur conduite exemplaire, font la joie des missionnaires et donnent de grandes espérances pour l'avenir. Parmi les difficultés qui nous environnent, il faut mentionner celle de voyager dans le pays : ce qui ne peut se faire qu'à grands frais, avec beaucoup de danger et de fatigues énormes. Ajoutez le climat, (]ui est meurtrit*r pour les européens.

Lorsque je suis arrivé ici, il y a huit mois, nous

étions quinze de notre caravane ; nous ne sommes

]dus que dix ! Un prêtre est mort pendant le voyage,

deux religieuses sont mortes au Cordofan et deux

frères convers ici à Kliartoum. Les autres sont plus ou raoins indisposés. Je suis le seul qui aie joui iTune excellente santé. Pourtant je puis assurer Votre Grandeur que si je manque à la besogne, la besogne ne me manque pas. Monseigneur Comboni. notre évêque, doit venir prochainement d'Europe, où il est allé pour recruter des missionnaires et des secours d'argent. Sa Grandeur est déterminée à pénétrer jusqu'aux limites de son immense vicariat, mais Elle veut concentrer ses forces dans l'intérieur. Gebel Nouba sera le centre de ses opérations. Nos missionnaires de cet endroit ont déjà obtenu de magnifiques résultats.

Il n'y a pas de musulmans à Nouba ni dans l'intérieur, de sorte que les noirs, ne subissant pas leur pernicieuse influence, sont mieux disposés à recevoir les lumières de l'évangile. Ils sont aussi plus simples et biens moins vicieux que ceux de Khartoum et du Cordofan. Nous avons déjà expédié à Noaba un bon nombre d'enfants, surtout les plus âgés, et une bonne partie de notre matériel. Kliartoum et El- Obeid seront de simples stations. Le climat de Nouba est plus supportable que celui d'ici et du Cordofan. Tout porte à croire que la moisson sera

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abondante dans l'intérieur. Espér<)n.s (jue Dieu se laissera touchei* par les efforts et les sacrifices dt-s missionnaires, et par les prières que l'on fera pour eux, et qu'il aura pitië de la malheureuse Afrique ;

La mis.sion est bien difficile et les croix ne fout })as défaut, mais il y a aussi de bien douces consolations. Pour ma part, je suis heureux et je ne vois pas au monde une position plus belle que la mienne. ( 'e serait une exagération de dire que nous avons tout à souhait et que nous ne souffrons pas un peu, et même beaucoup quelquefois: mais le bonheur de tiavailler pour Dieu et pour le salut des âmes fait, sinon oublier les souffrances, du moins les endurer courageusement. La chaleur est grande sans doute, mais elle n'énerve pas commeles chaleurs du Canada : elle n'ôte pas l'appétit ; malheureusement elle n'apl)orte pas les provisions, ce qui la ferait trouve]- si aimable ! Ici à Khartoum, comme je l'ai déjà dit à A'^otre Grandeur, il y a peu à faire paruii les adultes ; mais nous donnons nos soins aux enfants et nous les baptisons lorsqu'ils sont en danger de mort. Pour ma part, j'en ai déjà envoyé quelques-uns au ciel. Le jour de l'Assomption, j'ai aussi baptisé une pauvre esclave qui est morte une heure après. Nous

avuîis quelquefois des cas bien extraordinaires et bien consolants. Ce n'est pas sans difficulté ni sans User d'indasti-ie, que nous pouvons parvenir jus- (ju'aux enfants qui sont en danger de mort : quelquefois c'est sous prétexte de porter des médecines, mais généralement c'est au prix de bagatelles qui plaisent aux noirs, qui ne sont que de grands enfants. La moindre babiole a pour eux beaucoup plus d'éloijuence que le plus beau discours.

Pour me procurer 'ces bagatelles qui me donnent entrée chez les noirs, je n'ai que l'argent des messes, et malheureusement, depuis quelque temps, nous avons bien peu d'intentions de messes à la mission, de sorte que sous peu il ne me i-estera pas un seul sou. N'ayant aucun parent en état de me venir en aide, et ne sachant que faire, j'ose m' adresser à Votre Grandeur pour obtenir quelques intentions de messes, si vous en avez à votre disposition. Je désirerais bien acheter au moins un petit nègre, mais il me faut cent cinquante francs pour un enfant de cin(i à six ans. Cent cinquante francs pour moi, c'est une somme énorme, et Dieu sait si jamais je pourrai parvenir à la réaliser. Le moyen de faire pai'venir un peu d'argent ici e^i facile : il n'y aurait

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<]U a mettre des billets <le l)anque française ou anglaise clans une lettre recommandée. Il y a ici un marchand fran^-ais qui me changerait ces billets j)()ur de la monnaie du pays et n'exigerait que très j)OU d'escompte, car il est grand ami de la mission. Soyez certain, Monseigneur, que je n'aurais pas le courage d'implorer la charité, si un seul sou devait l'tre employé pour mon u.sage personnel,

.l'ai toujours été pauvre et par conséquent accoutumé à me contenter de peu ; de plus, jouissant 4rune bonne santé, ce serait très mal de ma part ;le j)rétendre à plus qu'au strict nécessaire. J'espère que Votre Grandeur voudra bien me pardonner mon importunité, en considération de cette œuvre su> blime dont le but est d'envoyer au ciel de petits anges, qui obtiendront les grâces les plus précieuses pour ceux qui auront contribué à leur bonheur éternel. Si ma reconjiaissance pouvait compter pour (juelque chose, je pourrais dire à Votre Grandeur qu'elle sera bien grande et durera autant que ma vie, et au-delà de la tombe, si Dieu me fait miséricorde.

Permettez-moi, Monseianeui-, de vous offrir trois

-f.6 NOTICE BIOGRAPHIQUE

}»hothographie.s : une représente les missionnaires »le Khartouni, le révérend Père Bonomi, Vicaire- Général, le bon Père Antoine, Africain et élève de la Propagande, et votre .serviteur, avec ce qui nous reste du grand nombre ♦l'enfanis que nous avions sous nos soins ; Tautre, des relig'ieuses avec leurs élèves ; la troisième enfin nous montrera la partie de la maison qui nous sert d'église et de sacristie^ Ces photographies m ont été données pai- un artiste (|ui est ici à Khartouni.

J'ose, Monseigneur, l'econnnander à vos saintes prières la mission de l'At'rifiue Centrale, ses missionnaires, et en particulier celui qui a été le diocésain de Votre Orandeur et qui a été déjà l'objet de

ses bontés,

A. Bouchard, Ptre,

Missionnaire-Apostolique.

Mission Catholique.

Khartoum, Xubie Supérieure, Afri(pie (via Egypte.)

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Khartouni, (> mai 1881.

M. H. Têtu, Ptre, Aumônier,

Archevêché de Québec, ('aiiada.

liévérend et hicu clier Monsieur,

J)an.s ma dernière lettre, je vous disais que je vous écrirais longuement par le prochain courrier. C'était bien mon intention, mais le missionnaire propose ec les circonstances disposant. Il ne faut ]>as m'en vouloir, car si vous saviez ce que c'est que la vie du missionnaire de l'Afrique Centrale, vous st'riez tout surpris que l'on trouve le temps d'écrire, suitout le pauvre malheureux supérieur qui ne sait vraiment pas où donner la tête. Comme je vous l'ai dit dans ma dernière, j ai reçu l'argent de la Propagation de la Foi du Canada. Je me suis empressé de le faire savoir à notre évêque, Monseigneur Comboni, qui se trouve en ce moment au Cordofan, en visite de son immense vicariat. Sa Grandeur, je sui;? bi«.'n triste de le dire, n'est pas très bien ; sa dernière lettre me disait qu'il n'avait jamais autant souffert en Afrique pai* suite du manque d'eau. Les secours de mes bien-aimés compatriotes sont arrivés V)ien à propos, car dans le moment nos mission-

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naires meurent <Ie soif au Cordofan et il faut beaucoup d'argent pour avoir un j)eu <]'eau. Ici, à Khartoum, nous avons au moins l'eau en abondance : ce qui me fait plus de peine, c'est de voir souffrir notre évêque et vénéré père et de ne pas pouvoir partager ses souffrances ; c'est là une croix bien lourde. S'il m'était donné de me transporter sur les rives du beau Saint-Laurent, si je pouvais me faire entendre de mes bien- aimés compatriotes, je crois que le bon Dieu me ferait la gTace de toucher les coeurs en faveur de la malheureuse Afrique Centrale et de .ses missionnaires, qui n'ont pas même un peu d'eau pour étancher leur soif. Si l'on savait ce que c'est que la soif sous le brillant soleil de l'Afrique, je suis certain que les secours nous arriveraient en abondance.

Dans ma dernière lettre, je disais à notre évêcjue que je comptais sur mon pays. Je ne crois pas avoir été téméraire, car je connais mes compatriotes et je suis certain qu'avant longtemps les missionnaires et les noirs de l'Afrique Centrale auront éprouvé leur inépuisable charité, et élèveront vers le ciel leurs mains suppliantes, pour demander à Dieu de bénir ce noble pays, dont le souvenir fait battre d'un

légitime orgueil le cœur de ses enfants, dans n'importe quelle partie du monde Dieu et le devoir les appellent Je vous envoie une lettre de notre évêque adressée aux Canadiens (1) ; elle vous fera connaître mieux que je ne pourrais le faire, la triste position <le nos frères du Cordofan. Je vous prie de la publier dans vos belles Annales, si elle arrive à temps. Monseigneur, notre évêque, m'a dit bien des fois : fais rionc venir des prêtres canadiens à notre secours. Hêlas ! que puis-je faire ? Qu'ai-je à promettre, sinon des souffrances indicibles avec la perspective d'une mort plus ou moins prompte sous le soleil brûlant de l'inhospitalière Afrique Centrale 1 La pensée de voir ici des prêtres canadiens fait battre mon pauvre cœur d'une bien douce joie. On a beau avoir tout sacrifié et être prêt à donner sa vie à chaque instant, au souvenir de la patrie, un enfant du Canada sent son cœur battre de joie et ses yeux sont inondés de bien douces larmes. iMe croyez pas, bien cher monsieur, que je regrette le peu que j'ai fait pour Dieu. Nous avons sans doute des

1 Voir cette lettre à l'appendice.

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^ouffi-ances, mais nous avons aussi de bien précieuses consolations. Quand, le soir, le missionnaire rentre brisé de fatigues et n^ourant de faim et de soif, s'il vous était donné de voir la joie céleste qui brille dans ses yeux, vous verriez que son âme est inondée de bonheur ; si vous lui demandiez ce (jui le soutient, il vous répondrait qu'il vient • l'ouvrir le ciel à des pauvres petits noirs qui, sans lui, n'auraient jamais connu Dieu et qui, maintenant au nombre des aiTge.^, prient pour lui. Après une telle journée, le missionnaire ne s'occupe pas si son lit est la terre recouverte d'une natte ou non : il s'endort d'un sommeil bien doux, et, le jour suivant, il reconnu ence sa rude vie jusqu'à ce que le l>on Maître dise : c'est assez, viens te repo.^er, viens jouir de l'éternité de bonheur promise à ceux qui ont tout laissé pour me suivre. Alors ce soldat du Christ s'endort du sounneil du juste, les missionnaires vont en pleurant déposer dans l'humble ci'metière de la mission ce pauvre corps qui, un jour, se relèvera brillant de gloire et d'immortalité.

Vous pourrez dire au bon Monsieur (1) quia pro-

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