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LE KR, P, BOUCHARD
et un couvent de trois cent soixante-et-neuf pieds de longueur, où étaient installées les sœurs de Saint- Joseph; c'était Mgr Comboni qui l'avait bâti au moyen des aumônes de bienfaiteurs d'Europe, notainment de l'empereur et de l’impératrice d’Autri-
che et de quelques princes de la même cour.
À part les principales missions que nous avons déjà nommées, les missionnaires avaient réussi à former deux villages chrétiens, peuplés par les enfants qui avaient été rachetés de l'esclavage et
qui avaient été élevés par les soins des religieux et
des religieuses.
“Un jour, raconte le Père Bouchard, que j'étais allé visiter les chrétiens d’un village un peu éloigné de ma statiou, nos enfants (ceux de Khartoum) restèrent seuls presque toute une journée. L'un deux, beau parleur (il y en a partout, même en Nigritie,) fit un superbe discours à ses compagnens. Il leur
dit :
“__Mes amis nous sommes entourés de musulmans et de païens ; qui sait si un jour nous n’aurons pas à souffrir le martyre ? et si nous ne sommes pas
habitués à souffrir, nous aurions peut-être le mal-
hour d’apostasier, Si vous le voulez, nous allons voir si nous pouvons souffrir sans nous plaindre. Je propose que chacun se brûle le bras avec un fer
rouge,
ce
L'orateur fut applaudi à outrance, et lui-même, comme chef, se fit cinq brûlures horribles au bras gauche. Tous, jusqu'aux plus petits, en firent autant. Lorsque j'arrivai le soir et que je vis cela, je les repris sévèrement de leur zèle indiscret, mais en
moi-même j'admirai leur courage !
“Un autre de nos jeunes noirs, que nous appel-
lions Alphonse, racheté par nous à l’âge de 7 ans,
au nom de la Nainte-Enfance, nous donnait par sa piété exemplaire les plus belles espérances. Lorsqu'il fut en âge d'apprendre un métier, il choisit celui de forgeron. En peu de temps, il devint très habile, et comme il était laborieux, il apprit encore le métier de menuisier. Il rendait de grands services
à la mission.
“ Arrivé à l’âge de 17 ans, il demanda à se marier, et choisit sa compagne parmi nos jeunes chrétiennes ; tous deux se préparèrent à recevoir le
sacrement de mariage par une retraite de huit
Jours. Peu de temps après le mariage, il partit avec sa femme pour Él-Obéid, capitale du Cordofan. Le supérieur de cette station le demandait pour aider à la construction de la plus grande et de la plus belle église qu'on ait érigée dans cette partie de l'Afrique. Il est impossible de dire ce que ce jeune chrétien a fait pour cette église ; c'est merveilleux de voir la puissance de l'esprit de foi sur un noble
cœur, À peine l’église était-elle achevée, que le bon
Alphonse fut pris de la fièvre. Il appela son confes-
seur et, après lui avoir fait sa confession générale il reçut la sainte communion avec tant de ferveur, que le missionnaire en pleurait d'attendrissement. Vers le soir, le Jeune homme sentit que le moment suprème était arrivé. [Il se fit apporter son enfant qui avait six mois environ. I le prit dans ses bras, le bénit et, s'adressant au supérieur de la mission, il lui dit : “Père, je vais mourir: dans peu de temps, je serai devant Dieu qui, je l'espère, me fera miséricorde. Voici mon enfant, je te le confie. Faïs-en un bon chrétien, apprends-lui à bien vivre afin qu'il sache bien mourir. Veille aussi sur ma compagne : elle est jeune, mais elle est bonne. Au ciel je prierai
pour vous tous et pour l'œuvre du pays des blancs
qui m'a délivré de l'esclavage et m'a fait enfant de Dieu, de Dieu que je vais voir et aimer pour l'éternité. Maintenant le monde n'existe plus pour moi.” Prenant alors son enfant et le rendant à sa femme’ il dit à cette dernière : “Retire-toi avec notre cher enfant, je ne veux plus m'occuper que de Dieu.” La jeune femme se retira en pleurant, et le missonnaire donna l’Extrème-Onction au moribond ; quelques instants après, ce parfait chrétien rendait sa belle
ame à son Créateur,
“Je l'ai bien pleuré, mais j'ai la douce confiance
qu'il est maintenant au ciel. ”
Les lettres que nous allons citer maintenant ici, vont nous montrer à quelles épreuves fut soumise cette infortunée mission du Soudan, et on verra par une lettre de Mgr Comboni, écrite un mois avant sa mort, que le P. Bouchard n'exagérait en rien dans sa correspondance. ‘Supérieur de la principale mission, celle de Khartoum, il voyait en même temps son travail augmenter et la responsabilité lui peser
davantage sur les épaules.
1ce
sa
Khartoum, 20 août 1SS1.
Révérend M. H. Têtu, Ptre,
Archevêché de Québec, Canada.
Révérend et bien cher Monsieur,
Pour le coup, vous allez dire qu'il ne faut pas se fier à la parole des missionnaires. Vous avez raison, mais si vous connaissiez bien la vie des missionnaires d'Afrique, vous verriez qu'ils n'ont pas toujours tort en ne remplissant pas leurs promesses. Au moment où je me disposais à vous écrire, le gouverneur-général du Soudan me faisait savoir qu'il mettait un bateau à vapeur à ma disposition pour me conduire à la rencontre de notre digne évêque, Monseigneur Comboni, qui, revenant du Cordofan, devait, après dix jours de marche dans le désert, arriver à Torrael-Gader sur le fleuve blanc, à environ cinq lieues de Khartoum. Je profitai de l'offre généreuse du gouverneur, ce qui me permit de me reposer et de changer d'air ; ce n'était pas sans un grand besoin, je vous assure. Un de mes compagnons était gravement malade ; je l’amenai avec moi et, après avoir attendu péndant
trois Jours à Torrael-Gader, nous vimes arriver