LE R. P, BOUCHARD S
Le P. Bouchard passait généralement plusieurs
jours dans la même paroisse ; il prêchait et surtout
donnait des conférences familières sur les missions d: l'Afrique Centrale (1) Il excellait dans ce dernier genre et avait le don d’intéresser et de toucher au plus haut point son auditoire; ce qu’il eut l’occasion de faire aussi dans un grand nombre de communautés et pour plusieurs sociétés de bienfai-
sance.
Pour reconnaître en quelqne manière les bontés de Mgr Taschereau et de tout son clergé, il demanda au cardinal archevêque de Vérone, de vouloir
1. M. l'abbé E, Casault, curé de Saint-Alban, m'écrit à ce sujet des détails intéressants que je regrette de ne pouvoir re-
produire en entier. Le P. Bouchard visita cette excellente pa
roisse Le 15 avril 1883. IL fit le sermon, et la quête qui lui donna $50.00. A l'heure accoutumée des vêpres, autre instruction j enfin le soir longue conférence familière qui eut ungrand suecos de toutes manières et qui, anrès avoir touché la note sérieuse, fit rire jusq'aux larmes, Le mardi soir suivant, conférence pour les hommes au cereleagricole. Résultat, une somme suffisante pour l'achat de 12 petits nègres, à part les 850.00 mentionnées plus haut, ‘ Mes gens l'ont beaucoup aimé, me dit M.Casault. Aussi je n'ai pas manqué de le recommander à lears prières, lorsque la nouvelie de sa mort nous est arrivée. ”
Quelques paroisses plus riches, comme l'Ancienne-Lorette et d'autres lui donnèrent plus de $500.00 chacune,
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a0 NOTICE BIOGRAPHIQUE
bien nommer chanoine honoraire de sa cathédrale, l’un des prêtres du diocèse de Québec. Le titre fut tout de suite accordé et il échut naturellement au digne vicaire-général M. Cyrille Legaré (plus tard protonotaire apostolique). C'était un témoignage de reconnaissance donné en sa personne à tous les
membres du clergé.
C’est au milieu de ses fructueuses collectes, que le P. Bouchard apprit la nomination du successeur de Mer Comboni, Mer Francesco Sogaro, qu'il avait bien connu à l'institut de Vérone. A partir de là, ce dernier entretint avec son missionnaire une correspondance suivie, et la lettre qu'on va lire montre quelle estime il avait pour lui, en inême temps qu'elle rappelle le commencement des malheurs terribles qui devaient fondre sur les missions de la
Nigritie. Initia dolorum hœc.
Très Cher Frère en Jésus-Christ,
A peine avais-je reçu le bref par lequel Sa Sainteté e pape Léon XIII m'a appelé à continuer l’œuvre de notre à jamais regretté Père, monseigneur Comvoni, que j'ai tourné mes pensées vers mes frères
missionnaires, au nombre desquels, cher Frère, j'ai
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le bonheur de vous compter, et que j'ai toujours aimé et apprécié comme un vrai serviteur de Jésus-Christ. Mes occupations sans nombre et surtout les tristes nouvelles qui nous arrivent chaque jour de l'Afrique Centrale, ne m'ont pas permis jusqu’à présent de vous écrire pour vous embrasser aftectueusement en Notre-Seigneur, et vous encouracer à persévérer dans l’œuvre de charité à laquelle vous vous êtes livré.
Au moment où je vous écris, une lettre de notre procureur du Caire, datée du 30 octobre, nous donne les plus grandes appréhensions pour nos stations naguère si florissantes de El-Obéid, de Nouba, et peut-être aussi de Khartoum. Mon Dieu ! il ne suffisait donc pas du sacrifice de tant de missionnaires et de religieuses, enlevés par les terribles fiëvres du Soudan, durant ces dernières années, faut-il que nous ayons à pleurer le massacre de tant d’autres, immolés par le glaive des rebelles ? Dites cependant aux glorieux et invincibles enfants du Canada, que nous ne reculerons Pas, et que nous sommes résolus d'aller relever le drapeau de la religion et de la civilisation, un instant abattu et trem-
pé dans le sang de nos martyrs, dans ces sauvages
contrées. Nous voulons, nous aussi, répéter le cri de notre bien-aimé Père, Mgr Comboni: Ou la rédemption de la Nigritie, ou la mort !
L’affection et l’attachement sincère que vous avez toujours eus pour la mission ne me permettent pas de douter de votre constance. Au lieu de vous laisser abattre en apprenant ces désastreuses nouvelles, vous redoublerez de courage et d'amour pour la pauvre Nicritie. Nos embarras financiers étant devenus plus grands que jamais, je ne puis songer à vous rappeler ; au contraire, je vous prie de continuer l’humble mais méritoire fonction de rendre témoignage en faveur de notre mission. Dans ce but, je vous nomme mon procureur spécial dans tous les pays que vous jugerez bon de parcourir. Redoublez dore, s’il est possible, d'activité, surtout parmi les Canadiens, vos compatriotes, qui sont aussi célèbres par leur attachement à la religion de leurs aïeux et au Souverain Pontife, que par leur noble et inépuisable charité. L'accueil sympathique que vous avez reçu, tant du peuple que du clergé, est une preuve évidente de l'excellent esprit de cette nation, qui sait apprécier le mérite de leur compa-
triote missionnaire, qui a enduré les fatigues et
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bravé les périls dans les moments les plus critiques, et qui à eu l'honneur d'assister mon prédécesseur, notre bien-aimé Père Mgr Comboni, à ses derniers
instañhts.
Pour moi, huinblement prosterné aux pieds des très lustres évêques de votre pays, je les prie, par les entrailles de Jésus-Christ, de vouloir bien vous bénir et seconder vos e‘forts ; bien assuré qu'avec la bénédiction des suprêmes pasteurs de l'Eglise du Canada, nous nous rendrons dignes de la compassion et de la charité du clergé si édifiant et du peu-
ple si religieux de ce pays.
Implorant pour vous la bénédiction céleste je vous renouvelle l'expression de toute mon affection en Notre-Seisneur.
Vérone, Collège des missions de la Nigritie, 12 novembre 1882, + FRANçÇois FocaRo,
Vicaire apostolique de l'Afrique Centrale.
La publication de cette lettre eut un excellent eflet pour toucher les cœurs et stimuler la générosité des fidèles du diocèse, en faveur d'une œuvre qui méritait si bien du reste toutes les sympathies,
PRES ete sncrei bros anis anus,
À part ses quêtes ordinaires, le P. Bouchard allait quelquefois frapper à la porte des favorisés de la fortune. Je me rappellerai toujours avec plaisir la visite que nous fimes tous deux au regretté comte Louis de Gonzague Baillairgé qui semait, pour ainsi dire, les chapelles dans toutes les parties du monde le P. Bouchard voulut avoir la sienne à son tour, et il m'emmena avec lui pour assiéger le vénérable monsieur dans sa forteresse de la rue Ferland. Après quelques escarmouches, le combat s'engagea sur toute la ligne ; il fut long et acharné, mais notre missionnaire canadien remporta la victoire. Il fut décidé qu'une somme de douze cents dollars serait consacrée à la construction d’une église dans les montagnes du Nouba. La ruine de cette mission empêcha l'exécution du ‘contrat à l'endroit choisi par le donateur lui-même ; mais, suivant un marché fait, en 1884, avec Mgr Sogaro et par l'entremise du P. Bouchard, on bâtit, en 1887, cette église à Souakim, et elle porte le nom de Saïnte-Louise, la patron-
ne de la mère de M. Baillairgé.
Le Père Bouchard avait appris l'arabe au Caire et il en savait assez pour entendre les confessions :
aussi rendit-il de très grands services aux Maronites