‹ Le R.P. Bouchard, missionnaire apostolique [microforme]Chapitre 3 sur 68 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

Naissance du R, P, Bouchard.—Ses parents. —Ses premières années.—Sa vocation religieuse.— Son noviclat chez les Oblats et son séjour chez les Sulpiciens.—Le R. P, Vaughan—Aux Séminaires de Baltimore, de Mill-Hill et de Vérone.—Ordination sacerdotale.— Lettres du nouveau missionnaire,

Le peuple canadien aime les aventures, et c’est avec raison que l’on reproche à un grand nombre de nos compatriotes de quitter leur beau pays pour aller vivre et mourir à l'étranger. Mais la divine Providence qui sait profiter de tout et même de nos défauts, pour sa plus grande gloire et pour notre plus grand bien, se sert de cette espèce de passion

YoYageuse pour répandre au loin la vérité de l'évan-

ile, Les canaaiens deviennent facilement mission-

naires. Il en fut ainsi de M. l'abbé Bouchard

Ne à la Rivière-Ouelle, (1) le 4janvier 1845, ce fut sa singulière destinée de commencer tout de suite la série de ses nombreuses pérégrinations, et le lendemain il était porté à Saint-Denis pour y 12cevoir le baptême des mains du célèbre M. Quertier, curé de cette paroisse. Son père, M. Mathieu Bouchard, vivant encore aujourd'hui, était forgeron ; sa mère s'appelait Félicité Lebel. Cette excellente femme mourut seize mois après la naissance de son fils, qui eut une seconde mère dans la personne de dame Emmélie Danjou, la seconde femine de son père. (2) Dès qu'il en fut capable, il fréquenta l'écoie modèle deSaint-Denis,où il reçut une bonne instruc-

tiôn élémentaire, Il a laissé dans cette paroisse le

1 Cette paroisse qui a eu l’honneur d’avoir pour curés un évêque, Mgr Panet, et deux grands-vicaires, MM. Cadieux et Viau, a fourni vingt-cinq prêtres à l'Eglise. :

2 M. Mathieu Bouchard se remaria deux ans après la mort 4 de sa première {emme., Ilavait eu de son premier mariage L trois enfants: Alphonsine, Arthur, celui dont nous 6crivons la vie, et Charles-Ulric, morts tous les trois. De son second maria- 0 il a eu neuf enfants, dcnt cinq sont encore vivants. Je puis dire avec copaaissance de cause, que toute cette famille est distinguée par l'intelligence et la bonne éducation,

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spirituelles reparties.

Apprenti tailleur à quinze ans, il alla, son apprentissage terminé, exercer son métier à l'Ile-Verte, puis aux Trois-Pistoles; mais il ne se sentait pas dans sa vocation, et la pensée d’être missionnaire lui revenait sans cesse à l’esprit ; c’est pour obéir à cet appel, qui venait évidemment de Dieu, qu'il se rendit à Ottawa demander aux RR. PP. Oblats de vouloir bien le recevoir au nombre de leurs Frères convers. Après son année de noviciat, il allait prononcer ses vœux, quand une maladie terrible vint mettre ses jours en danger, Les bons soins le ramenèrent à la vie, mais ne purent lui rendre toutes les forces qu'il avait perdues, et il se vit contraint bien à regret de quitter cette maison qu'il aimait,pour aller demeurer au Séminaire de Montréal, où il remplit pendant quelque temps la charge de portier, en

exerçant aussi son métier de tailleur.

Après un séjour de six mois chez les Sulpiciens, il crut sa santé suffisamment rétablie pour lui permettre d'entrer de nouveau chez les Oblats, à Lachine ; mais la maladie l'y suivit, et il fut forcé de

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retourner à Montréal où il fut accueilli avec ia plus grande charité par ses anciens protecteurs. L'un d'entre eux, M. l'abbé Picard, l’aimait beaucoup ; et quand les forces de son protégé le lui permirent, il le plaçga chez sun frère qui était fabricant et marchand d'ornements d'église. M. Bouchard faisait l'office de commis et employait tous ses moments de loisir à confectionner lui-même les chasubles et autres ornements sacerdotaux. La Providence le façonnait, il semble, de toutes manières, pour en faire un parfait missionnaire ; nous avons pu juger nous-même de son habileté vraiment remarquable pour faire des chapes, des barrettes, des habits pour les enfants de chœur, Ceux qui en douteraient

pourraient aller visiter la sacristie de Beaumont. T1

avait bien d'autres talents utiles et savait pour ainsi die tout faire avec peu de chose à sa disposition.

Nil était peu instruit, il avait reçu de Dieu une

belle intelligence et un bon cœur, et ses parents lai avaient donné une solide éducation et une urbanité de manières qui l'ont distingué toute sa vie, et qui lui ont ouvert bien des portes et gagné bien des ami-

tiés sincères,

Cependant le jeune Bouchard n'était pas heureux, .

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et il soupirait après le moment où il pourrait entrer encore dans quelque communauté religieuse, ce qui, on le comprend, était devenu à peu près impossible ; mais Dieu ne donne pas la vocation sans Îles moyens pour la suivre ; quand son heure est venue, il fait naître les circonstances favorables, et il apla-

nit toates les difficultés.

Au mois de mai 1872, le R. P. Vaughan (aujourd'hui archevèque de Westminster et cardinal), fondateur d'un Institut à Baltimore pour la conversion des nèvres, vint en Canada pour recruter des sujets. À Québec, Mer l'archevèque Taschereau lui permit bien volontiers de faire une conférence à son séminaire,et d'emmener deux séminaristes s’il pouvait les convertir à son œuvre. J'eus l'avantage de faire partie de l'auditoire et d'entendre les éloquentes paroles de cet apôtre: mais je dois avouer à ma confusion que, comme bien d'autres, je ne me crus pas appelé à tant de sacrifices Deux d'entre nous, parait-il, furent sur le point de partir, mais il faut croire que si la grâce fut suffisante elle ne devint pas efficace, Quoiqu'il en soit, le R. P. Vaughan

Su" alla les inains vices. À Montréal, il fut plus

heureux, et trouva, dans le jeune Arthur Bouchard,

un sujet qui ne demandait qu'à partir pour se dé-

vouer au salut des malheureux enfants de Cham.

Le nouveau missionnaire ne perdit pas de temps à mettre ordre à ses affaires et se rendit de suite au Séminaire de Baltimore, où il demeura quelques mois, et où il donna tant de satisfaction qu'on se décida de l'envoyer au Séminaire de Mill-Hill, à Londres, pour y faire ses études classiques. C’est là que, pendant quatre ans, M. Bouchard compléta ses humanités et commença son cours de théolowie qu'il alla terminer à Vérone (Italie). (1) Il y fut ordonné prêtre, le 11 août 1878, par Son Eminence le Cardinal de Canossa. Grâce à ses talents naturels et à son application, il put ainsi, en quelques années, passer de la condition si humble où il se trouvait, à l'état sublime du sacerdoce et à un degré d’instruction relativement élevé. Il savait le français, l’an-

olais, l'italien et ‘le latin, et ses voyages et ses

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