‹ Le R.P. Bouchard, missionnaire apostolique [microforme]Chapitre 38 sur 68 · ASIE LT POSE TE · texte numérisé non relu

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A bord “ The Ocean King ” en vue des Côtes du Portugal.

28 septembre 1884.

Mon cher Monsieur,

Quelques lignes our vous donner de mes nouvelles et vous apprendre que. partis de Sidney, Car. Breton, vendredi, le 18 du présent mois, nous arriverons, demain le 29, à Gibraltar. La traversée a été splendide. Pour continuer d'anciennes habitudes que je ne saurais trop recommander, je n'ai pas vu l'ombre du mal de mer ni l'ombre de l’ennui. Du reste je n'en avais pas le temps, occupé que J étais à faire connaissance avec mes paroissiens nouveaux et à leur donner les secours de mon ministère. Nous avons 379 voyageurs, la plupart catholiques. Je suis on ne peut mieux avec tous les officiers, qui se montrent d'une politesse exquise et me laissent la plus grande liberté. Je porte la soutane, je prêche opportune, inportune, quand bon me semble, je fais la prière du soir en publie, je confesse ; enfin je suis comme un curé dans sa paroisse ; et si le bateau qui me porte s'appelle le

“ Roi de l’océan, ” je suis presque roi à son bord.

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Malheureusem nt les trônes d'aujourd'hui ne sont pas très solides, et le “ Roi de l'océan ” s’est fait rouler par les vagues comme le dernier des sujets; ce qui fait que je n'ai pu dire la messe que deux fois depuis mon départ de Québec.

Un des sauvages de Manitoba est mort Jeudi dernier, après quelques jours de maladie seulement. Le pauvre homme était protestant et il m'a paru bien convaincu que sa religion était excellente. Vous comprenez que ce n'était pas le temps de lui donner des doutes à ce sujet et de faire de la controverse. IL était à l'agonie et il me fallait le préparer à la mort: je l'engageai à demander pardon à Dieu pour toutes les fautes de sa vie, et aussi longtemrs qu'il eut la connaissance, je lui ai fait dire : Jésus, ayez pitié de moi. J'espère que le Divin Sauvetr lui à fait miséricorde et qu’il a entendu la dernière prière de ce pauvre £auvage. Vendredi matin, eut lieu la sépulture dans la mer. C’est une bien triste cérémonie qui laisse dans l’âme de longs et douloureux souvenirs. C'était le premier sacrifice de l'expédition du Nil. Hélas ! nous en ferons probablement bien d'autres. Mais on ne va pas à la guerre sans qu'il en coûte, Mes bateliers sont, pour un granil

nombre, des jeunes gens intelligents et religieux, de

véritables canadiens, et je suis tellement content d'eux, que je me propose de les accompagner jusqu’à | Khartoum ; je déciderai cette importante question quand je serai rendu au Caire, ou plutôt c'est mon Evêque qui la décidera, car je vais me mettre à son entière disposition. Que de choses j'aurais à vous conter ! mais le temps me fait défaut et j'ai une trentaine de petits mots à écrire à droite et à gauche ; de plus c'est une sérieuse affaire que d'écrire lorsque le steamer ne cesse de rouler et menace de me faire passer par-dessus la table avec toutes mes :

idées les plus lumineuses.

Nous ne serons que quelques heures à Gibraltar, et nous nous dirigerons sur Alexandrie, puis au Cuire, d'où je vous écrirai aussitôt que possible. En attendant, je vous prie de présenter mes respects à monsieur l'Administrateur et aux autres messieurs

de l’Archevêché. Me recommandant aux prières de

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tous et en particulier aux vôtres, je demeure votre

obligé serviteur et ami, A. BOUCHARD, Ftre,

Missionnaire Apostolique.

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