De Quétec aux Antilles
2 Ii desservait cette paroisse et la mission de Caura (pronon noncez Caoura) dans les montagnes où l'air est plus sec et plus
agréable,
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Il y a bien les serpents, les scorpions, les araignées les moustiques, les chauves-souris, ete., mais on se protèse facilement contre ces ennemis et on finit
par ne pas s'en occuper.
Le R. P. Bouchard fut très bien reçu par le vénérable a:chevèque de Trinidad, Mgr Gonin et par Mgr Flood son coadjuteur. I] jouit de la plus cordiale hospitalité au couvent des PP. Dominicains et il eut pour le soigner l'excellent docteur Lota. Corse d'origine, fervent catholique, il avait d'abord exercé sa profession à la Martinique, où il avait fondé un journal pour défendre contre la tyrannie des noirs, les intérêts des catholiques et des blancs. Insulté un jour sur la rue par un de ses sombres adversaires, le docteur ne put s'empêcher de lui asséner un coup de canne sur la tête, ce qui lui attira une fort mauvaise affaire. Le mulâtre fit un appel aux hommes de sa couleur et un millier d'entre eux allèrent assiéger la maison du médecin catholique. Celui-ci était bien armé, et avec le secours de quel: ques anis il aurait pu résister, tuer une cinquantaine d’enneinis et mettre le reste en fuite. Mais il ne voulut pas qu'on versät le sang, et il aima mieux
voir démolir entièrement sa maison et ses meubles,
et émigrer à la Trinidad, où il vit en paix, donne à tous l'exemple des vertus chrétiennes, et fait un grand bien aux malades qu'il soiwne avec habileté et
charité. (1)
Le P. Bouchard ne fut pas lent à ressentir les
heureux effets «le son traitement. Après un mois,
ses souffrances avaient presque disparu, et il put
songer à rendre quelques services dans cette nou-
velle vigne du Seigneur, qui s’offrait à son zèle. Voici ce qu'il écrivait à son père.
Couva, Trinidad, 7 janvier 1889 Bien cher Père,
.... Je commence à m'apercevoir que le climat des Antilles m'est favorable, car je me sens mieux
d'une semaine à l’autre.
À mon arrivée, l'archevêque m'a offert trois ou
quatre paroisses : il y en a une dizaine sans prêtres
1. Iyaà Port-d'Espagne un bon nombre de familles qui appartiennent à la haute aristocratie, L'un Ges fils du docteur Lota a fait ses études en France; il demeurait, en 1890, dans la mission de Caura sur une propriété de son père, évaluée à $60,000.00. M. l'abbé Chs Gagné eut l’occasion d'y faire sa connaissance.
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pour les desservir, Plusieurs ne sont que des missions pénibles qu'il faut parcourir à cheval, et comne ce genre de locomotion m'est devenu impossible, Je ne pouvais songer à en devenir le pasteur. Il y a bien deux paroisses où cet inconvénient ne se trouve pas, mais ce sont deux des plus belles du diocèse et elles sont pourvues de curés. Ce sont San Juan et Couva. Mais voilà qu'après avoir passé quatre semaines à Port-d’Espagwne, où je me suis soigné et reposé, l'archevêque m'a offert la cure de San Juan, dont le curé venait de partir pour la France. Je m'y installai avec plaisir, et j'eus bien du bonheur à desservir les nègres qui forment la masse de la population. Tous voyaient que je les aimais, et ils se montraient aussi dociles que possible à suivre mes conseils et mes exhortations. Mais au bout d’un mois, Mer m'a Gemandé de me trans porter à Couva où je suis maintenant. J'ai bien hésité avant d'accepter cette desserte. D'abord je ine trouvais bien chez moi à San Juan, au milieu des bons noirs, dont j'avais déjà suffisamment appris le patois,(1) tandis qu'ici c’est l'anglais qui domine,sans compter qu'il y a deux églises protestantes.
1 Voici quelques échantillons de ce joli langage cités par M.
Je dois dire cependant que les protestants sont bien polis pour moi. Après ia messe du jour de l'an c'est l’un d’entre eux, médecin de l'endroit, qui est venu me chercher pour m'amener déjeuner chez lui,
et un autre a réclamé la faveur de me donner à di-
PEER EDEN om
nel}.
Le presbytère est très grand et meublé aux frais de l’évêque, comme c’est du reste la coutume. Le curé reçoit $00.00 par mois du gouvernement, ce qui Joint à son casuel Jui fait un revenu très convenable, Mais tout coûte très cher ici: la viande 30 cents, le beurre 40 cents, la morne 13 cts, un œuf 4 cts. Le chemin de fer passe à ma porte et me con-
duit en deux heures à Port-d Espagne. Arrivé la
veille du jour de l'an, eus bien peu de monde à l'ofi:e du lendemain, mais depuis e:la va mieux et
hier l’église était presque remplie, et j'ai eu une
Lcd Dh nie Vote De) CHU EAIeS
quinzaine de communions....
+ 601 ce LE 6 6 62 16 0 070 Le 8 VE 5 16:
Bouchard demeura six mois dans cette
Lo R.:P:
l'abbé Provancher. On dira : moé qua manger, je mange; mot quai manger, j'ai mangé ; Comment ou yé, Comment êtes-vous ? Gnon doigt pas ca pouend pices, Un doigt ne prend pas de puces.
En pile en pile veut dire beaucoup, souvent.
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paroisse ; sa santé était devenuerelativement bonne et comme il ne voulait pas s'exposer à la perdre pendant la saison des pluies, il dit adieu à la Trini
lad et s'en revint à Québec, dans le courant de
juillet 1889. (1) Il avait exercé un laborieux et fruc-
tueux ministère, cagné l'estime de ses confrères et donné entière satisfaction à l'archevêque et à son digne coadjuteur. Celui-ci devint bientôt archevêque en titre par la mort du vénérable Mgr Go nin ; et à son retour d'un voyage d'Europe, au mois d'octobre de l'année suivante, il passa quelques Jours à Québec, Le R. P. Bouchard qui se trouvait ici, se fit son cicerone, et ne pouvant le recevoir chez lui (il était alors curé de Saint-Pierre-Baptiste comme nous le verrons plus loin, il le fit inviter à diner par une des familles de Québec où il était presque chez lui. Je veux parler de l'excellente e charitable famille de M. Théophile Ledroit. Il sem-
blait que le P. Bouchard en fit partie, tant où l'ai-
1. A son retour au Canada, le R.P. Bouchard donna au musée de zoologie de l’Université Laval, quelques souvenirs qu’il avait apportés des Antilles: deux grenouilles empaillées,deux ostracions et un diodon, poissons des mers tropicales, et un myriapode, serpent vu) zairemevt appelé cent-pieds,
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mait et tant on s'intéressait à lui de toutes manières. Aussi je sais quels sentiments d’affectueux
respect eb de profonde reconnaissance il a tou-
jours nourris dans son cœur pour monsieur et ma-
dame Ledroit. Mor Flocid fut reçu comme on sait recevoir dans cette maison. Il parut enchanté de son séjour à Québec et surtout de l'heureuse ren-
contre qu'il avait faite de l’ancien curé de Couva.