‹ Le R.P. Bouchard, missionnaire apostolique [microforme]Chapitre 54 sur 68 · NOTRE-DAME DE LA GARDE · texte numérisé non relu

NOTRE-DAME DE LA GARDE

Les fidèles du Cap-Blanc forment une population à part et d'un caractère distinctif assez tranché. Exposés pendant longtemps aux incursions journalières des marins de toutes les nations, à l’époque où la rade üe Québec étaient remplie de vaisseaux, ils avaient pris l'habitude forcée du bruit et quelquefois de la tempête. Le calme régnait rarement sur cette longue allée qui trouve à peine sa place

entre le fleuve et la falaise du Cap Diamant. Les

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rixes étaient fréquentes, les coups de poings tombaïient dru, et les cris des combattants réveillaient les plus pacifiques ; bref, il était assez difficile de dormir pendant les nuits d'été. Aujourd'hui on y dort à peu près autant qu'ailleurs. Les vaisseaux n'existent plus qu'à l’état de souvenir, partant plus de matelots et plus de batailles. Mais l'influence la plus bienfaisante sur l'esprit beiliqueux de la paroisse fut celle du premier curé, M. Godbout, actuellement chapelain des Sœurs de Charité ; sa présence fut vraiment celle du ministre de la miséricorde et de la paix. Ses successeurs ont dignement

continué sa mission pacifique.

Hâtons-nous de dire que ce petit peuple a toujours évé d’une honnêteté et d’une moralité remar-

quables. Fier, susceptible, il est aussi d’une vive in-

telligence, d'une générosité sans bornes, et se dis-

tingue par une rare habileté pour tous les ouvrages mécaniques. Voilà, aussi fidèle que possible, le portrait des paroïssiens du R. P. Bouchard. Le nouveau curé ne fut pas lent à connaître ces natures un peu rudes, mais riches en toutes sortes

de qualités.

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Après le religieux repos quil venait de prendre, il se remit avec ardeur à l'exercice du saint minis tère. Il avait fait pendant son noviciat, une provision d'amour envers l’Eucharistie et s'était pénétré davantage du rôle sublime de ce sacrement dans l'Eglise. Aussi S'appliqua-t-il à le prêcher et à le faire aimer. Et comme il n'y a pas de meilleure prédication que l'exemple, tous les jours 1l passait de longues heures à prier et à adorer devant le saint

autel. (1)

1. On sait quelle confiance ont dans le prêtre nos bonn:s populations canadiennes. Bien souvent les malades vont trouver. leur curé, et commeautrefois les infirmes à Notre Seigneur, ils lui disent: Seigneur, si vous voulez vous pouvez me guérir. Si vis potes me mundare, Et le curé prie pour eux, et s’ii ne fait pas toujours des miracles, sa prière est agréable à Dieu, qui ren quelquefois la santé à ceux qui l’ont demandés avec foi et à qui elle peut être plus avantageuse que la maladie, Le P. Bouchard avait, comme ses excellents confrères, la confiance de ses paroissiens, Après avoir appris la nouvelle de sa mort, une brave femme de N.-D. de la Garde m'envoie, sans aucune provGücation de ma part, une lettre qui en est un authentique témoignage. Elle tombait du haut mal depuis deux ans. “Après avoir bien prié, dit-elle, et fait prier sans succès, je m’adressai à mon curé, le révérenud messire Arthur Bouchard, afin que comme ministre de Dieu, il pâtme gué“ir. Mon espérance ne fut pas vaine; car depuis le 18 juillet 1895, je n'ai pas été affecté de cette triste maladie. Moi et ma famille, nous en remercions bien le bon Dieu et nous vérérons grandement la mémoire de uotre pieux défunt.”

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Ses intelligents paroïssiens comprirent bientôt que s'ils avaient perdu un prêtre vrès distingué par le départ de M. Richard, l'évêque leur en avait donné un autre qui ne le ferait pas oublier sans doute, mais qui remplirait lui aussi avec zèle et succès, son rôle de pasteur et de père. Ils se sentaient honorés d'avoir pour curé un missionnaire qui avait travaillé et souffert et, rudes travailleurs eux-

mêmes, ils regardaient le Père Bouchard un peu

comme l'un des leurs, ayant en plus le prestige de

l'instruction et l'anguste caractère du sacerdoce. Habitués à une vie de dangers, ils ne manquaient pas de goûter le récit de ses voyages et de ses missions lointaines, et d’être ravis de sa belle humeur, et des joyeuses histoires que le Père avait cueillies sous toutes les latitudes et qu'il contait si bien et si

volontiers.

L'église de Notre-Dame de la Garde venait d'être réparée à neuf; les écoles dirigées par les Sœurs de la Charité étaient dans un état assez prospère et fréquentées par une foule d'enfants pleins de vie et pétillants d'intelligence. M. Bouchard, comme il l'avait fait ailleurs, enrichit la sacristie d’ornements.

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grands services à l'œuvre des Tabernacles par ses conférences, par ses conseils, et aussi par le travail qu'il fit lui-même ou dont il dirigea l'exécution. C'est ainsi oue toutes les barrettes se fabriquaient au presbytère de Notre-Dame de la Garde.

Mais ce presbytère lui-même était à refaire. La maison curiale qu'il trouva à son arrive ée, menaçait de s'écrouler et de tomber dans le Saint- Laurent, avec le quai Vermoulu qui la portait. Le Père Bouchard se mit courageusement à l’œuvre et fit construire un presby'ère très convenable, qui coûta relative ment peu cher et qui durera de longues années, Le curé da Cap Blancenfit l'inauguration solennelle, et, à cette occasion, il eut l'honneur de réunir à sa table Mgr Bégin, plusieurs prélats romains, M. le curé de Québec, M. le principal de l'Ecole normale, M. l'abbé Casgrain et quelques autres membres du clergé.

Si sa santé avait été meilleure, rien, il semble. n'aurait manqué à son bonheur. Car, à part les consolations que lui offrait son fructueux ministère, il avait le plaisir de vivre auprès de ses meilleurs amis et de plusieurs familles de la ville qui lui étaient

entièrement sympathiques. Mais il était loin d'être guéri, et dans l’hiver de 1894-95, il fut longtemps et douloureusement malade. Quand ii fut un peu remis, son bras gauche était à demi paralysé,

et les médecins lui déclarèrent que s'il voulait pro-

longer sa vie, mais sans espoir de guérison, il lui

faudrait encore quitter son pays pour aller dans an climat plus chaud. Le diabète continuait son travail de mort et il était évident que la fin n’était pas loin Quoiqu'il fût habitué aux voyages, il en coûta terriblement de partir cette fois, au R. P. Bouchard. La certitude de jianguir quelque temps, puis de mourir bientôt à l'hôpital s'il restait ici, le décida à tenter de nouveau la fortune, avec l’espérance bien fondée de pouvoir être utile encore et de vivre plus longcemps. Il donna donc sa démission, et au mois de novembre (1895), il partit de nouveau pour les Antilles,

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