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Le R. P. Félix de la Compagnie de Jésus [microform]

« Les origines de la vie du Père Félix sont « petites, passées aux champs, à l'ombre de « Téglise, très douces, très simples, singuliè- « rement pures et marquées visiblement du

Nous devons les détails sur l'enfance du Père Félix à la bienveillante communication de M. l'abbé Sapelier, vice doyen, curé de Neuville-sur-l'Escaut. Son affection, pleine d'une touchante vénération, s'est changée en une piété vraiment filiale, depuis que la mort lui a enlevé son bien-aimé paroissien. Que M. l'abbé Sapelier reçoive l'expression publique de notre reconnaissance pour lescon- , solations qu'il a prodiguées au Père Félix vivant et pour ■^v^la sollicitude fraternelle aveclaquelle il veille maintenant sur son cber tombeau.

c sceau d'une divine prédestination. L'étoile « de la vocation reluit de grand matin sur cet « humble berceau et les premières démarches « de cet enfant d'espérances sont toutes diri- « gées dans l'avenir du sanctuaire. C'est le « village de Neuville-sur-l'Escaut (1) qui fut « son Bethléem (2). » '

Il naquit le 28 juin 1810 et reçut au baptême les noms de Célestin- Joseph. Ces noms avaient déjà été portés par le premier — né de la famille qui avait malheureusement disparu pendant la guerre d'Espagne.

Son père était Nicolas Félix ^ sa mère Rose Maréchal, personnes simples, droites et craignant Dieu. Ils vivaient de leur petite culture et du produit d'une modeste auberge où descendaient les charretiers du halage.

Célestin-Joseph était le dernier des sept enfants que Dieu avait accordés comme une bé-

(1) Neuville-sur-l'Escaut, non loin du champ de bataille de Denain, près Bouchain (Nord).

(2) Monseigneur Baunard, oraison funèbre do Monseigneur Dennel, évoque d'Arrus. -^{Univers du 28 novembre 1891).

nédiction à ce foyer vraiment chrétien. Né dix ans après ses quatre frères et ses deux sœurs, il fut quelque peu l'enfant gâté de ses parents.

Il s'attacha surtout au plus jeune de ses frères, Benoit. Il était heureux lorsqu'il' revenait plus tard à Neuville, de le retrouver dans la maison paternelle avec sa petite ferme et sa petite auberge.

Célestin- Joseph, le dernier des enfants de la famille, était plus vif que ses frères. A sept ou huit ansj il était déjà le véritable chef de ses camarades sur lesquels sa gaieté, son esprit et sa cordialité lui donnaient un ascendant merveilleux.

Un jour, à la tête de sa petite bande, il voit passer un marchand de boissellerie qui, d'une voix enrouée, offrait ses écuelles et ses plateaux. L'enfant se met à répéter les paroles du marchand dont il imite le cri rauque et pénible. C'est très bien, dit en souriant le marchand aux gamins : criez fort, vous ferez mes affaires sans que je me fatigue. Aussitôt Gélestin- Joseph s'avance et dit : Allez-vous loin ?

^— Non, je vais àNoyelles, Douchy, Haspres.

— Voulez-vous que je crie pour vous ?

— Je le veux bien.

— Que me donnerez-vous ?

Le marchand promit une bonne récompense.

Célestin-Joseph accepte, et voilà le futur orateur de Notre-Dame qui le précède en criant de toute la force de ses jeunes poumons : a Platiaux, za Souches, z'al'Ecuelles..... Il avance toujours et ne remarque que fort tard que le soir est arrivé. Inquiets de ne pas le voir rentrer, ses parents interrogent les petits camarades qui, tête baissée, racontent l'aventure.

Le père va à sa recherche et le rencontre courant vers Neuville. On veut le gronder; l'enfant répond tout joyeux, en montrant quelques sous : voyez plutôt, j'ai gagné de l'argent. Il était tout fler de sa journée.

Tous les jours il inventait de nouvelles plaisanteries que son entrain et sa jovialité faisaient toujours accepter avec bonheur de ses camarades.

Il lui arrivait de temps en temps de faire l'école buissonnière. Un jour que son père l'en

réprimandait sévèrement. « Eh mon père, lui dit-il, que voulez-vous que j'aille faire en classe? J'en sais plus que le maître (1). »

Espiègle dans la rue (2), Célestin avait le recueillement d'un ange quand.... à l'autel,

(1) Célestin-Joseph. disait vrai. L'instituteuï J5roMto n'avait plus rien à apprendre à son élève. Quelques années plus tard, Célestin-Josepli avait alors douze ans et prenait ses vacances à Neuville, Brouta fut appelé à Valencîennes pour passer un examen qui devait rouler particulièrement sur l'adjectif verbal et le participe présent. L'instituteur se souvint de son ancien élève et lui demanda de bien vouloir raccompagner pour l'instruire pendant le trajet. Célestin-Joseph s'y prêta volontiers et déploya, pour préparer son instituteur, une ardeur qui n'eut d'égale que son insuccès.

(2) « Si vous permettez, mes Frères, que je fasse appel aux souvenirs personnels de vingt-quatre ans consacrés à l'éducation de la jeunesse, je vous avouerai que les maîtres préfèrent de beaucoup aux natures rêveuses ou correctement endormies, les soubresauts d'une vie qui s'affirme et les flots débordants d'une pétulance qu'il s'agit d'endiguer . En général, l'avenir appartient à ces dernières q-uand l'éducateur asucomprendre satâcbe et l'accomplir patiemment. »

Oraison funèbre du cardinal Donnet par Sa Grandeur Monseigneur Gonindard, archevêque de Rennes, le 18 novembre 1891 dans l'église Primatiale Saint-André de Bordeaux. .

Il présente au grand prêtre et l'encens et le sel.

Aussi les heureux témoins de sa piété précoce dans l'église de Neuville se demandaient déjà avec admiration : « Que pensez-vous que deviendra cet enfant ? »

Les parents, remarquant les heureuses dispositions de leur enfant pour l'étude, consultèrent leur curé, M. l'abbé Potier. Le vénérable vieillard conseilla de placer Célestin-Joseph à Cambrai, chez les Frères de la doctrine chrétienne. Mais, hélas! il y avait plus d'une difficulté à la réalisation de ce projet : Cambrai était loin, ce serait dispendieux....

Une idée vint à l'esprit des parents. Nicolas Félix avait à Cambrai une belle-sœur. Ne pourrait- on pas lui confier l'enfant ? Les parents porteraient du pain chaque semaine à Cambrai, se chargeraient du soin du linge et paieraient une petite somme d'argent. Tout s'arrangea, mais, hélas! le séjour de Célestin-Joseph à Cambrai devait être bien amer.

La belle-sœur de Nicolas Félix n'était appelée que Cn-Crz dans la famille, à cause de

son caractère acariâtre. Elle ne justifia que trop sa réputation. Elle pritl'enfant en aversion , lui fit subir mille mauvais traitements, lui enlevant jusqu'au pain qu'on lui apportait.

Célestin- Joseph endura tout sans proférer une plainte, sans dire un mot, même à ses parents. Il étudiait, il était content, il oubliait tout.

La première fois qu'il revint en vacances, ses parents furent émerveillés de ses progrès. 11 avait appris à chanter et à dessiner ; aussi son père ne manqua pas d'en informer ses amis et ses clients. Quand ils étaient nombreux dans l'auberge, il plaçait l'enfant sur une table et disait : « Écoutez, mon garçon va chanter. » Et Célestin-Joseph chantait dans la salle du cabaret les cantiques que lui avaient enseignés les chers Frères. Tout l'auditoire applaudissait.

Un jour, pendant les vacances encore, il voulut montrer son talent dé dessinateur. Il l'epeignit l'enseigne du cabaret, y ajouta un arbre à feuillage vert et écrivit au dessous : «A l'arbre vert ...» -

L'enseigne existe encore aujourd'hui.

Les Frères étaient heureux des succès de leur élève. Un homme de bien et d'œuvres, répétiteur au collège de Cambrai, entendit parler de Célestin- Joseph, le fit venir à lui, demanda s'il voulait apprendre le latin : «Oh! je le crois bien, oui, oui. » Le professeur lui donna quelques leçons dont l'enfant profita admirablement et le fit entrer au collège communal qui était dirigé alors par un prêtre.

Ce fut pendant son séjour à Cambrai, le 4 mai 1824, qu'il eut la douleur de perdre sa mère. Elle mourut en s' écriant : « Que deviendra mon pauvre petit Célestin?» Heureuse mère, montez au ciel; vous serez vous-même l'ange tutélaire de votre bien-aimé Célestin.

Peu de temps, en effet, après la mort de sa mère, l'enfant fut reçu tout providentiellement au petit séminaire de Cambrai. Il s'y montra ce qu'il fut toujours, studieux, enjoué, pieux et distingué. Après avoir fait chaque année deux classes avec un succès dont ses condisciples ont conservé le souvenir, il entra en rhétorique et y conquit immédiatement le premier rang.

11 rencontra sur les bancs le jeaae Célestin Besse, de Bousies, avec lequel il se lia d'une amitié tendre, tout en trouvant en lui un émule redoutable pour ses études.

Leur professeur (1) se plaisait à répéter qu'il avait été souvent embarrassé pour décider à qui appartiendrait la première place dans les compositions. Pour être rivaux, les deux élèves n'en furent que plus unis.

C'était avec un bonheur toujours renouvelé que Célestin-Joseph retournait chaque année à Neuville pour y passer ses vacances. Il donnait ordinairement des leçons aux fils de la ferme de Fauville, heureux de pouvoir ainsi alléger les lourdes charges de sa famille.

En 1830, il entra au grand séminaire. Il fut frappé de nouveau dans ses affections par la mort de son père. Sa douleur fut si grande qu'il songea un moment à se faire trappiste. Dieu

(1) M. l'abbé Lecomte, mort curé de Saint-Maurice, à Lille. Avec quel bonheur il voyait le Père Félix monter dans la chaire de son église ; avec quelle reconnaissance le Père Félix saluait son ancien maître, la paroisse de Saint-Maurice s'en souviendra longtemps .

avait d'autres desseins sur lui. Il abandonna avec un touchant désintéressement sa petite part d'héritage à ses frères et ne chercha plus que-les choses d'en haut, selon la belle expression de saint Paul.

Au grand (1) comme au petit séminaire, il se montra le meilleur des camarades et sut gagner les sympathies de tous ses condisciples, plus encore par les charmes de son cœur que par la flnesse de son esprit. Il n'était pas de fêtes qu'il ne relevât par des pièces de vers, voire même par des chansons comiques toujours étincelantes de verve et de bon ton.

(1) Le grand séminaire avait alors .pour supérieur M. le chanoine Delauttre, mort archiprêtre de Bergues; le saint prêtre n'a cessé de suivre le Père Félix avec un dévouement tout paternel. Il aimait à raconter qu'il était allé le voir à Paris. « Eh bien, lui demanda-t-il, d'un ton de maître, et l'humilité, que devient-elle? » — «Oh!M. le Supérieur, répondit le Père Félix en l'embrassant, je n'ai jamais mieux compris qu'aujourd'hui ma misère et mon néant. » — «G'estbien, repritl'homme de Dieu, me voilà rassuré; je pars content. Et il s'en alla tout radieux.

Au grand séminaire de Cambrai, le Père Félix eut pour professeur M. l'abbé Bernard, mort vicaire général à Cambrai, après avoir édifié tout le diocèse par ses vertus, ses œuvres et ses souffrances.

En 1833, l'évêque de Cambrai, Monseigneur Belmas, le rappela au petit séminaire, où il professa la seconde et la rhétorique, à l'unanime satisfaction de ses élèves dont les rares survivants parlent encore aujourd'hui avec enthousiasme du talent et du savoir! faire du brillant professeur d'alors.

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