CHAPITRE VIII
Nous venons de voir comment le P.
Saché employait son temps dan: les étroites limites de la maison St-Joseph. Ce travail de direction qu'il accomplissait chaque jour à l'égard de ses novices, suffisait-il à son zèle ? épuisait-il son énergie ? Et ses Religieuses du Bon Pasteur? et ses filles du Cœur Immaculé de Marie? les a-t-il oubliées au milieu des occupations absorbantes du Maître des novices ? Ses relations avec elles ont été sans doute moins suivies, il y a des intervalles dans la correspondance; cependant si vive est la mémoire du cœur,
que, malgré les changements survenus dans
En un si long espace de temps, ses lettres, 4 après dix ans, portent encore ce cachet de {1 familiarité avec tous les détails de l’Asile 11! du Bon Pasteur, qui ferait croire que ie bon Père vient à peine de quitter la capitale ; c’est que depuis son départ il n'a cessé de HE s'intéresser à une œuvre qui lui était si | chère et qu'il n'a jamais passé un seul jour 1É l sans demander à Dieu de la protéger.
Hu Il ne disait que la plus stricte vérité h | quand il écrivait ces mots à madame Roy, | la Supérieure du Couvent: ‘“ Toutes ces bonnes sœurs sont présentes à mon esprit, je n'oublie pas plus les Irlandaises que les | Canadiennes, je leur porte à toutes un égal AE | intérêt en Notre Seigneur.” Et dans une Lil autre circonstance : *‘ Je dois d'abord vous remercier de l'attachement que vous me | témoignez au nom de votre petite commuol nauté ; ne doutez pas qu'il y ait correspon-
dance, je crois vous avoir donné plus d'une
MINISTÈRE A L'EXTÉRIEUR 107 preuve de l'intérêt que je porte à toutes vos sœurs et à toutes vos pénitentes; je dis à toutes, même à celles que je n'ai jamais vues.
“ J'aime votre œuvre, parce que je la crois établie de Dieu pour sa gloire et le salut des âmes.... J'espère que vous continuerez à me tenir au courant des grands événements de votre famille. Vous me direz d'avance l'époque de vos vœux et je m'unirai à vous en esprit.”
Quel hymne d’allégresse, quel cantique d'actions de grâces jaillit de son cœur et de ses lèvres le jour des vœux de ces fidèles servantes du Seigneur : ‘“ Je me réjouis,” leur écrivait-il, “je me réjouis de la joie de vos vénérables pasteurs qui ont toujours porté un si vif intérêt à votre petite communauté ; je me réjouis de la joie de vos bienfaiteurs et bienfaitrices qui voient les fruits de leur charité; enfin je me réjouis
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de votre joie, vous dont j'ai connu les espérances et les craintes et que je vois maintenant au comble de vos vœux.”
Lorsque le noviciat du Bon Pasteur fut établi, il leur disait : “ Vous avez bien raison de considérer le noviciat de votre maison comme une des choses les plus importantes, puisque c'est là que celles que Dieu appelle à votre genre de vie doivent se former. La maîtresse des Novices doit avoir parfaitement l'esprit de l’Institut, et doit être un modèle, la règle vivante.” Le bon Père ne se doutait guère que c'était son propre portrait qu'il prenait pour ainsi dire sur le vif.
Parfois il se laissait aller dans ses lettres. à des effusions de cœur, qui nous découvrent les hautes aspirations de ce saint religieux vers la perfection, et font en même temps l'éloge de celles qu'il jugeait capables. de ces entretiens spirituels. “ Si vous vou-
lez bien penser à moi devant le Seigneur,” écrivait-il le 2 janvier 1857, “ vous demanderez pour moi au Sacré-Cœur de Jésus par l'entremise du Cœur Immaculé de Marie, l'esprit intérieur, c’est-à-dire l'union habituelle avec Dieu.
“ C'est la source, l'essence de la vie religieuse, Dieu doit être la vie de notre âme comme notre âme est la vie de notre corps, et comme le corps ne peut vivre de la vie de l’âme sans lui être uni, de même l'âme ne saurait vivre de ja vie de Dieu sans lui être unie.
‘“ On dit qu'il n'y a rien de plus délicieux que cette vie intérieure, cette vie en Dieu cette vie de Dieu en nous. L'âme qui la’ possède marche à grands pas, ou plutôt elle court dans la voie de la perfection, elle goûte la vraie liberté des enfants de Dieu ; elle puise à la source divine lumière et force : lumière pour se diriger et conduire
les autres, force qui rend douces et aimables les croix les plus pénibles. C'est ce qui | enflamme mon désir. Oui, de quelle lu- {} mière n'ai-je pas besoin, non-seulement | pour diriger, mais pour former des reli- | gieux ! 11 y a longtemps que je suis con- Ut vaincu que j'en suis incapable et que ce doit être l'œuvre de Dieu. Mais Dieu voulant se servir de moi, il faut. donc que | je m'unisse à lui et que je sois dans sa main A comme l'instrument dans la main de l'ouvrier.
‘ Quant aux croix, le bon Dieu ne m'en a pas encore envoyé, sans doute parce que j'étais trop faible pour les porter. Aussi je ne puis guère meflatter d’être un disciple de Jésus crucifié; cependant je voudrais l'être : aidez-moi donc à le devenir en demandant pour moi l'esprit intérieur.” Le P. Saché était fermement convaincu
qu que chaque religieux trouve dans la médi-
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tation des règles de son Institut tout ce qu'il lui faut pour sa gouverne spirituelle, et c'est la conduite qu'il traçait aux religieuses du Bon Pasteur: “ C'est par le moyen de vos règles, mes très chères sœurs, vous ne l'ignorez pas, que vous atteindrez le double but de votre Institut, votre propre perfection et la sanctification des âmes que le Bon Pasteur vous a confiées ; aussi quelque petit que soit le livre qui les contient, il vous vaut mieux que cent volumes et même que cent bibliothèques ; c'est là et là seulement que vous trouverez tout ce qu'il vous faut, et comme il vous le faut, pourvu que vous le compreniez; et si parfois vous n'y trouvez pas ce dont vous croyez avoir besoin, ne le cherchez pas ailleurs, mais priez, relisez, méditez, humiliez-vous et vous trouverez.
‘ Aumiliez-vous : ce mot en a fait sourire quelques-unes (sans malice, j'en suis sûr) :
Voilà, se disent-elles en elles-mêmes, voilà encore le Père avec son vieux refrain.
Hélas ! oui, mes bonnes sœurs, et vous me le pardonnerez ; car Je suis comme certains pauvres qui, n'ayant ni sou ni maille, parlent sans cesse d’or et d'argent, parce qu'ils voudraient en avoir. Voulez-vous donc me faire taire ? priez tant que je devienne humble, alors je ne dirai plus rien de moimême; mais si vous me demandez quelle est la vertu qui vous convient et qui vous est nécessaire, je vous répondrai avec saint Augustin : la première, c'est l'humilité, la seconde, l'humilité, et la troisième, l'hu-
milité.
Cette vertu fondamentale était le thème ordinaire de ses exhortations domestiques ; elle semble encore avoir été le sujet de ses méditations de tous les jours; dans ses lettres, il y revient à chaque instant et avec une persistance dont il se croit obligé de
s'excuser, Il lui arrivait rarement de distribuer des louanges sans les assaisonner d'un petit grain de cette vertu tonique : les religieuses du Bon Pasteur en savent quelque chose,
Après une retraite qu'il leur prêcha en 1839, il s'échappe à leur faire des éloges :
“ Vous avez été généreuses,” leur écrit-il, “c'est une louange que je ne puis vous refuser. Il y a eu des sacrifices qui ont été bien agréables aux Cœurs très humbles de Jésus et de Marie.”
Il craint déjà d'en avoir trop dit: ‘“ Prenez garde,” ajoute-t-il, “de vous laisser enfler par la petite louange que j'ai eu l'air de vous donner ; mon intention était moins de vous louer que de bénir le Seigneur du peu de bien, ou si vous voulez, du grand bien qu'il a opéré en vous. Que nous sommes sots et injustes quand nous nous
attribuons ce qu'il nous donne!
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{4 “ Mon Dieu! que je serais malheureux si je vous inspirais tant soit peu de vanité ; ce serait mettre une petite pierre dans vos souliers et une épine dans vos cœurs. Que
14 serait-ce si vous alliez vous enfler comme
Î | des ballons ou des crinolines ? Votre mai- | É | son, même avec toutes ses augmentations,
ji hi ne serait plus assez grande pour vous.
qu Mais non, nous savons que nous ne sommes
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rien, et que c'est pour cela que Celui qui Un fait tout avec rien, fait quelque chose avec
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Nous avons dit que le P. Saché témoi-
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[4 gnait une tendresse toute particulière aux LE EE Pénitentes du Bon Pasteur et qu'il ne nian- {ll ju quait jamais de s'informer de leurs progrès {il } dans la vertu. Il n'y a aucune des nom-
breuses lettres qu'il écrivit à la commu-
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nauté du Bon Pasteur, où l’on ne trouve un
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mot d'édification à l'adresse de ces âmes ramenées aux pieds du Sauveur.
Citons ce passage comme exemple : “ Vos pénitentes sont bien bonnes, me dites-vous ; faites-leur comprendre, si vous le pouvez, combien ce petit mot sur leur compte a réjoui mon cœur. Qu’elles ne croient pas cependant être arrivées au comble de la perfection. Qu'elles ne s'imaginent pas en avoir assez fait pour le Bon Pasteur qui a donné sa vie pour elles, qui les a choisies entre mille pour les attirer dans son heureux bercail. Qu'elles continuent à réjouir son cœur par leur humilité, leur modestie, leur obéissance, leur ardeur pour la prière et le travail. Qu'elles le dédommagent des outrages des esclaves de Satan, et qu’elles ne cessent de prier pour la conversion des.
pauvres pécheresses.”
Le 4 janvier 1870, il écrit encore : ‘ J’apprends aussi avec joie la consolation que vous donnent vos pénitentes. Qu'elles
sont heureuses d’avoir entendu la voix du
th Bon Pasteur et qu'elles sont heureuses 1 d'avoir reçu la grâce d'en profiter! Elles Hi sont bien douces les larmes de la pénitence {}! quand on les mêle au sang du Sauveur, {UE versé pour notre amour. Oui, elles sont
douces et aussi bien efficaces, elles nous
| purifient de plus en plus et nous disposent il à paraître devant Celui qui ne peut souffrir EE nu aucune souillure. Dites-leur, à ces bonnes (k i | enfants du Cœur Immaculé de Marie, de {fl 1 | demander pour moi ces larmes précieuses. || NL “ Et nos consacrées, n'est-il pas beau fi: | aussi de les voir marcher à la tête de leurs ITR | jeunes sœurs! La persévérance, la perséll j | vérance, chères pénitentes et consacrées, {1 AUDE c'est mon principal souhait.” \ EU Nous interrompons à regret le cours de 4 ces citations. On l'a dit souvent, c'est dans FRE ses lettres intimes et familières que l’homme | | se fait le mieux connaître, il y met le pre- L ILE mier jet de son âme, il s'y peint à son insu
= stat means af
et se dépouille de ces dehors d'emprunt, de ce visage d'occasion, dont l'étiquette ou la vanité latente le force de s’affubler.
Le P. Saché gagne à ce dépouillement, on voit un homme aimable, un directeur saint et éclairé, le plus humble des religieux ; il prêche constamment, mais toujours sous une forme agréable et piquante. Les sermons sont bien venus, ils sont désirés, parce que l'on sait que le Père a fortement à cœur le bien-être de ceux qu'il exhorte aux vertus.
Ces lettres sont volumineuses, nous n'en avons détaché que de faibles extraits et sans prendre la peine, d’ailleurs inutile, de faire un choix. Il y traite, comme en passant, tous les points importants de la spiritualité, entre dans les moindres détails des affaires même temporelles de ses chères religieuses du Bon Pasteur, se réjouissant avec elles des succès de leur œuvre, pleu-
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rant avec elles sur les pertes qu'elles éprouvent, consolant, ranimant, tenant toujours bien haut les encouragements de la foi; eux seuls en effet peuvent nous faire garder dans. toutes les vicissitudes de la vie, le tempérament convenable, en nous élevant au-dessus des joies comme des tristesses de ce monde.
Pendant qu'il forme aux vertus de la vie religieuse par ses exhortations et ses exemples les novices de son ordre et quil édifie par ses lettres les Dames du Bon Pasteur, le P. Saché trouve encore le temps de faire entendre sa parole apostolique aux habitants du Sault-au-Récollet et des paroisses environnantes ; il se donne aussi avec une ardeur incroyable à l'œuvre des retraitants.
Déjà l'on voyait accourir de tous côtés des personnes du monde qui voulaient repasser devant Dieu les années de leur vie et chercher dans la solitude, la prière et la.
méditation, à connaître la volonté divine