‹ Le R.P. Louis Saché de la compagnie de Jésus [microforme]Chapitre 19 sur 31 · CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX

Il est temps de considérer ce saint religieux dans l'exercice d'une autre charge non moins difficile, non moins assujetissante que celle de Père Maître des Novices. Le 31 juillet 1862, le P. Saché fut nommé Recteur du Collège Ste-Marie, à Montréal.

Ce Collège avait franchi sans encombre les éventualités de ses premières années.

Grâce à l'élan vigoureux que venait de lui donner le dernier Recteur, le R. P. Vignon, les études et la discipline avaient pris une allure des plus vives et se prêtaient un mutuel secours pour le progrès intellectuel et moral de nos élèves.

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La succession n'était pas facile à recueillir, et Dieu vienne en aide à celui qui remplace un recteur magnifique! De plus, les deux éléments de la communauté, le corps enseignant et les élèves, manquaient d’homogénéité ; il y avait des Français de France, des Américains, des Canadiens, français ou anglais. Pour diriger sûrement sa barque à travers tous ces courants de mœurs et d'habitudes hétérogènes et saisir toujours le fil de l'eau, il fallait toute la souplesse, toute l'habileté du P. Vignon; il fallait tirer à chaque instant la résultante de ces poussées en sens divers et suivre la direction qu'elle indiquait, sans jamais dévier au profit de l'une ou de l'autre de ces forces. La moindre préférence pouvait faire éclater parmi les élèves des animosités latentes et compromettre pour longtemps le bon ordre de la maison.

Les Américains n'auraient pas demandé

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COLLÈGE STE-MARIE 123 mieux que d'établir dans la discipline l'esprit d'indépendance qui règne aux Etats- Unis et d'imposer ici les us et coutumes de la République voisine ; de leur côté, les petits Canadiens qui, à cet âge du moins, n'ont pas encore appris à courber la tête devant aucune race étrangère, voulaient rester maîtres chez eux et faire prévaloir la langue et les usages du pays. C'était leur droit, c'était leur devoir, ils ne voulaient ni amalgame, ni compromis, ni fusion. C'est ce que les divers recteurs du Collège Ste- Marie ont compris tout d'abord.

On a beau dire, le caractère national ne saurait se transformer du jour au lendemain pour le plaisir de s’accommoder aux caprices d'autrui, et c'est bâtir un château de cartes que de vouloir élever des coutumes étrangères sur le tempérament d'un peuple qui a déjà ses habitudes toutes faites et tout opposées.

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Le régime de caserne consignée, par exemple, peut fort bien réussir en France, où le militarisme a envahi jusqu'aux plus insignifiants détails de la vie sociale et même domestique, mais il ne vaut rien pour les Américains et ne fera, Dieu merci, jamais fortune en Canada, pas plus que le sans-gêne de notre voisin Jonathan et son système de chacun pour soi. Ménager les susceptibilités sans sacrifier un seul point de la règle, favoriser la bonne entente des élèves entre eux, maintenir au-dessus de tout soupçon l'impartialité des maîtres, tel était le premier devoir du Recteur.

Le P. Saché ne se dissimulait point les obstacles qu'il aurait à rencontrer presque à chaque pas ; il désirait de réussir, il s’informait et demandait conseil ; mais c'était un homme tout d'une pièce, manquant un peu d’articulations. Il n'avait pas cette mobilité urbaine qui s'efface sans céder le chemin,

COLLÈGE STE-MARIE 125 se prête aux coudoiements, fléchit sans dévier, et traverse la foule sans déplacer personne ; il se heurtait là où d'autres eussent offert cette résistance élastique qui obéit au choc, se moule aux aspérités et ne fait que mieux sentir son contact.

Cependant il mettait dans toute sa conduite tant de candeur et de sincérité, il se dépensait si libéralement, s’intéressait avec tant de persévérance au bien-être des professeurs et des élèves, qu'il n'y avait qu'une voix dans toute la maison pour louer la vertu et le zèle du Recteur, et qu'il remplit avec un bonheur inespéré son terme d'office dans des circonstances où il était difficile, sinon impossible, d’être un recteur populaire.

Les élèves de ce temps-là se souviennent encore de l’entrain qu'il savait leur inspirer pour les jeux; lui-même les faisait partir tour à tour selon les exigences des saisons ;

{f il lançait le ballon, poussait la première bille,

ue faisait la première partie de cartes, de do- |, minos, de dames ou d'échecs, et ne quittait 111 la salle ou la cour que lorsque l'animation 11h la plus grande régnait partout. Quand les | élèves jouent bien, ils étudient bien, et toute | la série des exercices journaliers se ressent IQ de cette activité organique et prend un air (pire de santé qui fait plaisir à voir.

{ (M Si le R. P. Recteur veillait avec assiduité au bon gouvernement des élèves, il se mulil I tipliait pour la conduite du personnel de la 11] Au maison. C'était même chez lui une exagé- 111 . ration de zèle, qui lui attira parfois des il Jul ésagréments ; il se mêlait à tout et de tout, NI et ne laissait peut-être pas assez de responqu | sabilité et d'initiative à ses subordonnés. {Hi Chacun aime d’avoir quelques coudées à ( ji lui et de courir un peu sür son erre; la division du travail n’est pas seulement un

ji È principe d'économie sociale, c'est encore

une donnée importante de l'administration

domestique, et nulle part elle ne s'applique avec plus d'avantage que dans les collèges.

Le P. Saché voulait trop faire par luimême,

Ce défaut, du reste, n'était que l'envers d'une excellente qualité, le dévouement, le désir d’être utile et de rendre service ; aussi remplaçait-il tout le monde. Quelqu'un était-il subitement empêché de donner le sermon, l’'exhortation, voire même toute une retraite ? le P. Saché montait en chaire à sa place; un surveillant avait-il une indisposition qui l'enlevât à son poste ? le P. Saché faisait la récréation, l'étude; il remplaçait tel ou tel professeur pour une heure, un jour, une semaine et plus, et toujours il était prêt à conduire n'importe quelle classe du cours. Cette besogne si désagréable de suppléant universel, que l’on désigne dans

tous les pays par toute sorte de noms abo-

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minables, le P. Saché se faisait un plaisir de l'exercer et la considérait comme son privilège.

Joignez à cela les occupations incessantes.

du Rectorat dans une maison considérable, la correspondance à faire, les visites à recevoir et à rendre, les instructions à donner aux élèves, et vous aurez une idée du va-

[HAT EP et-vient continuel que s imposait le P. Saché Hi LU Re 1 EUR pour rencontrer les obligations de sa charge. ur ih | x % L | 1} li L1 . L A | ENELR Une autre cause de soucis vint bientôt | NP requérir un nouveau déploiement d'activité : ‘INR ? ?, e. . .

MELLE : c'était la construction d’une église. Jusque- HE HA EE « . ,, » à 4 , l LL là les offices avaient été célébrés dans une {4 TN . ° . .

1 ie. chapelle qui occupait une partie des parloirs i ( . actuels, du réfectoire des élèves, de la cha- ‘4 dut "| .

qu pelle domestique et des deux classes atte-

nantes. Outre aue cette chapelle publique restreignait le local affecté aux Pères et aux

COLLÈGE STE-MARIE . 129 élèves et mettait tout le monde à la gêne, elle était loin d'être assez vaste pour contenir l'affluence des fidèles qui y accouraient de tous les points de la ville. |

Depuis longtemps déjà Mer Bourget méditait d'élever à côté du collège un temple qui fût un honneur pour notre sainte religion et prouvât aux étrangers que la foi vive de nos Montréalais ne recule devant aucun sacrifice quand il s’agit de la gloire de Dieu. |

Dans une assemblée tenue au Collège Ste- Marie, le 6 décembre 1863, Sa Grandeur fit connaître ses vues et s'adressa à la générosité de ses ouailles pour fournir les fonds nécessaires à l'érection d'une grande et belle église. “ Vous le ferez, messieurs,” concluait-il, “ j'en ai la conviction; vous m'avez appris à compter sur vous, souvent.

au prix des plus rudes sacrifices; jamais

encore, depuis vingt ans, quand j'ai jugé

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Te une œuvre nécessaire à la gloire de Dieu

| i et au: salut des âmes, je n'ai fait appel en 1! . L ? .

qu vain à mes diocésains.”

114 M. le Supérieur de St-Sulpice agpuya | chaudement le projet de Monseigneur, ainsi que plusieurs notables de la cité. Une

11 | souscription fut ouverte ; la plus pauvre fl FE a communauté de Montréal, celle de la Proil h arts vidence, présenta la première offrande. {l fi C'était un gage de bénédiction et de con- {fl | 41 fiance ; l'attente ne fut pas trompée.

-L'HE Le 22 mai 1864, avait lieu la bénédiction 11e de la première pierre de l'église du Sacré- UE be Cœur de Jésus. L'orateur du jour, M.

| ME Charles LaRocque, depuis évêque de Saintnue L Hyacinthe, paya un tribut d'éloges bien je à mérités aux promoteurs de l'œuvre. “ Vous il} [ 1 avez donné libéralement,” dit-il: “l’un de il | A vous surtout, à la vérité bien connu pour être j 1. dl coutumier du fait, a donné comme donnent

| jp | les princes !” Il faisait allusion au don gé-

néreux que M. ©. Berthelet aidé de son gendre, M. AÏf. LaRosque, venait de nous faire du terrain contigu au Collège et sur lequel allait s'élever l'église du Gesàù.

Il rappela aussi en termes éloquents la joie que causa dans tout le pays le retour des Jésuites en 1842. “Et il ne pouvait pas,” ajoute-t-il, “en être autrement! Car l'histoire du pays et les traditions de famille avaient conservé bien vif dans toutes les mémoires le souvenir de ces vénérables Pères, qui avaient laissé tant de traces ineffaçables du séjour qu'ils avaient fait autrefois en Canada, par les missions fondées.

au prix du sang et de la vie de bon nombre d'entre eux, par les monuments qu'ils.

avaient érigés aux sciences et aux lettres; par la réputation de savoir et de sainteté qu'ils avaient partout laissée derrière eux ;

par le dévouement avec lequel ils avaient

pendant une longue suite d'années, élevé et

formé à peu près toute la jeunesse du pays, surtout celle qui était appelée à occuper un rang ou un emploi dans la société.

“Mais ce qui avait contribué davantage à garder ce souvenir si vivant, c'étaient les jeunes gens qui fréquentaient les Collèges établis au pays depuis que les Jésuites, forcés par une pression étrangère, y avaient fermé le leur; c'était, dis-je, le concert de louanges que ces jeunes gens entendaient, en toute occasion, leurs maîtres et leurs professeurs adresser au mérite et aux vertus des illustres Pères qu'ils avaient remplacés dans les soins de l'éducation.”

Puis il continuait : “ Il y a longtemps que, de vous-mêmes, vous avez compris que les Jésuites au milieu de vous sans une église convenable, n'y étaient qu'à moitié.

Vous vous rappeliez qu'autrefois à côté de leur résidence à Ville-Marie, ils avaient bâti dans des vues de zèle et de bien public,

une église qui subsisterait sans doute encore sans les ravages du grand incendie de 1803, et dans laquelle plusieurs des anciens citoyens de cette ville encore vivants ont dû bien des fois dans leur jeune âge aller s'agenouiller et prier! Et au premier appel fait à votre bonne volonté, vous vous êtes mis à l'œuvre pour la reconstruire, cette église des Jésuites, sur des proportions plus en harmonie avec le goût et les besoins du temps, et surtout plus en harmonie avec les sentiments de vos cœurs | ”

Je trouve dans le Diarium du Collège ces quelques notes jetées à la hâte et pêlemêle au sujet de la cérémonie de ce jour:

“ On a fait de grands préparatifs au jardin

pour la pose de la première pierre de la

nouvelle église. Monseigneur l'Evêque en chape et miître, ayant à ses côtés Mgr Vinet, curé du Sault-au-Récollet et le R. P. Tellier, se rend solennellement à l’estrade qui est

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Et | dressée près de la pierre que l'on doit béik | nir. Nombre de prêtres les précèdent, les

| | Nôtres les suivent, les élèves viennent

di après. Monseigneur dit quelques prières LUE et aussitôt Mons. LaRocque, curé de St- Jean Dorchester, monte en chaire pour le 4 discours. L’auditoire est très nombreux.

1e ie L'une des choses les plus touchantes qui se soient passées à l'occasion de cette céré-

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4 él LA monie, c’est que ce même Mons. LaRocque, El descendu de la chaire, d'où il avait chaleureusement engagé ses auditeurs à contri- | QE buer par leurs aumônes à l'érection de ï pl l'église, a voulu que le P. Procureur accep- | tât de lui l’'aumêne de vingt dollars en or. Au reste, tout se passa merveilleusement. Acte de la cérémonie a été formellement rédigé, ce qui nous dispense d’un plus ample récit.” Ha | Cet acte d'une cérémonie par où s’inauir 1 ll gurait une œuvre qui, selon le mot de l'il- | lustre prédicateur, couronnait le rappel en

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Canada des enfants de saint Ignace, cet acte doit trouver place ici, c'est le plus important que le P. Saché ait jamais signé de sa vie: en voici la traduction :

“ I, Après avoir, dans les premiers jours de son laborieux épiscopat, médité, promu et exécuté, pour le bien du public et des particuliers, grand nombre d'autres œuvres pieuses, Mer Ignace Bourget entreprit de faire élever, en l'honneur du Sacré Cœur de Jésus, un temple qui pût figurer avec honneur parmi les plus beaux et les plus grands édifices de la cité.

“II. Dans l'habitude depuis longtemps de venir généreusement en aide à un Pontife qui n'a d'autre trésor, d’autres ressources que la divine Providence, M. Olivier Berthelet, avec sa munificence ordinaire, prend spontanément l'initiative, de concert avec M. Alfred LaRocque, son gendre ; étroitement unis, non moins par la vertu que par

les liens du sang; riches, bien plus encoré de piété et de dévouement que des biens de la terre, ils consacrent immédiatement plus de cinq mille louis à la seule acquisition du terrain contigu au collège de la Compagnie de Jésus, où doit s'élever l'édifice sacré.

“ III. Fidèles à la foi de leurs ancêtres, dociles à la voix d'un Pontife qu'ils révèrent comme un père, les habitants de Montréal, citoyens et étrangers, en même temps qu'ils applaudissent à cette généreuse initiative, si piquent eux-mêmes d'émulation.

Dans une assemblée publique, composée des citoyens les plus distingués de la ville, un comité est nommé pour organiser une

souscription. Chacun alors, selon ses

moyens, travaille à réaliser l'œuvre projetée, de manière à ce qu’elle réponde à l'attente publique, à la dignité de la religion et de la cité, à la générosité des citoyens.

“ IV. À peine quelques mois écoulés, dans

des temps difficiles, malgré les intempéries excessives de la saison, au milieu de tant d'autres dévouements admirables de la charité catholique ; le succès de la souscription, les matériaux accumulés, le nivellement du terrain, tout permet à l'Evêque diocésain de planter sur les lieux le signe du salut (20 avril.) Enfin, les fondements de l'édifice ayant été creusés dans une longueur de 200 pieds sur 100 pieds de large : le jour même de la Ste-Trinité, le 13e avant la fête du Sacré Cœur de Jésus, sous le vocable duquel le temple sera dédié, le 11 des Kalendes de juin (22 mai), après un discours prononcé devant un nombreux auditoire par M. Charles LaRocque, orateur distingué et curé de St-Jean Dorchester, cette pierre angulaire est mise en terre. En ce moment, le ciel jusqu'alors sombre ét couvert, s'éclaircit tout à coup, et semble sourire à de si heureux commencements.

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“ L'an du salut, mil huit cent soixante-

quatre.

‘“ Du glorieux pontificat de Pie IX, le

dix-huitième.

“ Sous le règne de notre gracieuse souveraine Victoria, reine d'Angleterre et du

Canada.

“ Le Vicomte Stanley Monck étant gouverneur de la province,

“ Jean-Louis Beaudry, maire de la cité.

“ Le Très.-Rév. P. Beckx, général de la Compagnie de Jésus.

“ Le Rév. P. Remi Tellier, supér. gén.

de la Mission.

“ Le Rév. P. Louis Saché, recteur du

Collège et Pensionnat.

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Au très-pieux Pontife, Aux citoyens et aux étrangers, Qui vont doter d'un nouveau monument de leur piété, La Religion et la Patrie,

Dont ils ont déjà plus d'une fois si bien mérité,

Les Pères de la Compagnie de Jésus reconnaissants, Après avoir rendu grâce à Dieu, Excités par le souvenir des vertus, des travaux, Et du sanglant dévouement de leurs devanciers sur le sol canadien, Ont érigé ce monument de la reconnaissance et du bienfait,

Pour en transmettre la mémoire à la postérité la plus reculée,

Le P. Saché signa de grand cœur cet acte de reconnaissance ; mieux que personne peut-être, il comprenait tout ce qu'il y avait d'héroïque dans cette générosité de nos bienfaiteurs, et ce qu'il leur faudrait de sacrifices pour mener à bonne fin cette entreprise, dont le succès lui paraissait incertain, disons le mot, presque impossible.

Sans être pessimiste, ce bon Père était cependant par nature porté à ne voir tout d'abord que le mauvais côté des choses.

Son esprit pénétrant allait tout de suite à

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la recherche des inconvénients, et Dieu sait si cette fois la battue fut abondante ! “ On se jetait dans un engrenage de dettes, la crise commerciale, qui déjà commençait à se faire sentir, enlèverait des affaires les surplus dont se nourrit l'aumône; il faudrait emprunter et accumuler bientôt les intérêts sur le capital, le Collège grevé de charges trop onéreuses résisterait mal à un échec même de peu de durée, la baisse financière une fois établie, nos œuvres seraient partout entravées, notre ministère paralysé, les études abrégées, la santé sacrifiée, la Mission à la merci du premier créancier venu.” les conjectures allaient leur train, chaînaient d'embarras et de misères, l'avenir grondait et menaçait, comme le fleuve à l'approche de la débâcle des grandes eaux.

Le P. Saché fit part aux Supérieurs

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de ses appréhensions avec sa franchise habituelle, ses raisons étaient plausibles, pleines de bons sens et de prévoyance; mais ce n'étaient après tout que des probabilités à l'encontre de probabilités plus rassurantes, on passa outre.

Montréal a raison de s'enorgueillir de l'église du Gesü; mais si les espérances du R. P. Tellier ont été réalisées, si nous avons “une église spacieuse, pieuse et de bon goût,” une église qui “ fait honneur à notre sainte religion et qui est un honneur pour la ville,” d'un autre côté les prévisions du P. Saché n'ont été que trop justifiées par les événements, et malgré les persévérants et nobles efforts de nos amis qui plusieurs fois durent nous venir en aide, notre Mission aurait fini par consommer sa ruine, si Dieu n'eût mis à notre tête, il y a quelques années, un homme capable, par ses talents d'administrateur, de lutter contre tous les

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