CHAPITRE I
C'est à Beaumont-la-Ronce, petit village de la Touraine, que naquit Louis-Césaire Saché, le 23 décembre 1813. Des bruits de guerre durent se mêler souvent aux refrains maternels qui le bercèrent dans son enfance. La nation française ne s'était relevée de la crise aiguë d’une guerre civile que pour tomber dans de nouveaux accès de démence militaire et provoquer une invasion, non plus de ses enfants exilés, mais de ses ennemis. La Touraine vit ses plaines fertiles dévastées et flétries par l'occupation étrangère, ses villes et ses
bourgades rançonnées par une soldatesque
ë DANS LE MONDE
enivrée de triomphes. Le petit bourg de Beaumont-la-Ronce porta sa part de tous ces désastres ; il fut cependant assez heureux pour ne pas ressentir encore de longtemps le souffle d'impiété qui desséchait partout la France.
Les parents du jeune Louis avaient traversé la période révolutionnaire, sans ajouter, il est vrai, à leur modique fortune, mais aussi sans rien perdre du trésor plus précieux des traditions chrétiennes. Cet héritage, ils le transmirent à leurs enfants dans toute son intégrité, et Dieu voulut en retour multiplier dans leur famille les vocations religieuses : Louis avait deux de ses sœurs dans la Congrégation des Filles de St-Vincent de Paul, et lui-même devait se faire religieux de la Compagnie de Jésus. Sa première éducation en lui formant
le cœur à toutes les vertus chrétiennes, le prépara de loin à l'état de perfection au-
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le quel Dieu le destinait. Le Curé de Beaude mont-la-Ronce, frappé des heureuses dispo- ” sitions de l'enfant pour l'étude et la piété, J l'attira dans son presbytère et lui enseigna en même temps que les éléments de la doctrine catholique, les premiers rudiments i des lettres profanes et des langues an- ” ciennes.
» Il nous reste peu de détails sur l'enfance , de Louis. Le P. Saché ne se laissait pas
facilement entraîner à parler de ses faits
et gestes ; c'est seulement dans son ex-
trême vieillesse et quelques semaines
avant sa mort, quon put à force de ruse
l'induire à raconter les deux traits suivants :
Il avait quatre ans, et avait été bien sage;
pour le récompenser, on le conduisit à une
fête foraine qui se donnait dans un bourg
voisin. Au milieu du tumulte et du va-et-
vient de la foule, l'enfant se trouva tout à
coup séparé de son gardien et ne put le
10 DAAS LE MONDE retrouver. Le soir venu, comme il errait un peu à l'aventure, son allure embarrassée attira l'attention de quelques promeneurs :
“ Comment t'appelles-tu, mon enfant ? ” lui demanda-t-on.—"“ Je m'appelle petit Louis.” —“ Oui, mais petit Louis qui?” Il n’en savait rien. ‘“ Et où demeures-tu, comme cela ? ”—‘ Chez la mère ’Zais.” C'était le surnom d'une voisine qui lui donnait des bonbons et chez qui le petit Louis passait ses loisirs ; on ne put rien apprendre davantage. (Cependant un attroupement s'était formé, chacun voulait voir et interroger ce petit homme qui avait l'air sage, qui n'était pas timide et ne pleurait pas du tout; des paysans de Beaumont-la-Ronce le reconnurent et le ramenèrent à sa famille. Plus tard, à huit ans, le petit Louis éprouva une grande joie et une grande
tristesse ; c'était le jour de la Procession, de la belle procession du Saint-Sacrement.
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