‹ Le R.P. Louis Saché de la compagnie de Jésus [microforme]Chapitre 3 sur 31 · MUST · texte numérisé non relu

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On avait exercé, selon la coutume, un grand nombre d'enfants à balancer en cadence des encensoirs fumants, à décrire dans leur marche des figures symboliques, et les plus remarquables par leur beauté, vêtus en anges, à jeter des fleurs sur le passage de l'Ami des enfants ; le petit Louis, était ange-fleuriste. Tout alla bien d’abord ; les petits pieds frappaient bien la mesure, les petites mains puisaient à temps dans la corbeille et lançaient bien les fleurs : c'était la grande joie. Mais voilà que tout à coup un ruban se casse quelque part, la corbeille roule par terre, les fleurs se répandent.

“ Ah ! que j'eus de chagrin, ah ! que je pleurai!” s'écriait le bon vieux Père, encore tout ému au souvenir de cette lointaine infortune.

Pendant qu'il suivait les leçons du Curé de Beaumont-la-Ronce, le jeune Saché se

lia d'amitié avec un compagnon de son âge

et de ses études, il se nommait P. Janvier et devint chanoine de la Cathédrale de Tours, fondateur de la Congrégation de la Sainte-Face de Notre-Seigneur ; c’est l'auteur bien connu de la vie du saint homme de Tours, M. Dupont.

Disons-le tout de suite à leur honneur, cette amitié fut inaltérable, elle dura autant que leur vie; ni l'émulation du condisciple ni le succès balancé des deux rivaux ni la différence de vocation ni l’âge ni la distance ne purent diminuer leur affection mutuelle.

Dieu leur avait ménagé ce grand bienfait de l'amitié dès l'aube de leur vie pour les soutenir l'un par l’autre dans la vertu. Ensemble ils firent leurs premiers essais dans les connaissances humaines, ensemble ils se nourrirent à la table sainte du pain des élus. Nous ne pouvons préciser la date de ce grand évènement de la vie chrétienne, mais si nous devons juger des

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DANS LE MONDE 13 dispositions avec lesquelles ils reçurent cette première visite de l'Hôte divin, par les expressions de piété et de sainte joie qui à ce souvenir s'échappent de leur cœur vingt ans, quarante ans plus tard, nous pouvons affirmer que leur ferveur fut alors tout angélique. ‘“ Jamais,” s’écrie le P.

Saché, le matin de ses vœux dans la Compagnie, ‘“ jamais je ne fus si heureux depuis le jour de ma première communion !” Heureux le chrétien qui peut rapprocher ainsi dans la joie de son âme bien des jours de sa vie!

Parvenus à l'âge de 15 ou 16 ans, les deux émules furent envoyés au petit séminaire de Tours pour y achever leurs études classiques. Ce fut pour eux l'occasion de nouvelles luttes pacifiques, où ils se disputèrent pendant plusieurs années tous les

premiers prix de leur classe. Leur piété y trouva aussi de nouveaux encouragements. Les classes se faisaient dans l’antique monastère des Minimes, que Louis XI fit bâtir pour servir d'habitation à saint François de Paule. Ce monarque, on le sait, tenait en grande estime le saint thaumaturge et voulut à tout prix le fixer près de son palais de Plessis-les-Tours, sa demeure favorite. De ce palais royal, où la diplomatie moderne semble avoir eu son berceau, et que Walter Scott nous a si bien décrit dans un de ses plus beaux livres, il ne reste plus que des ruines à peine visibles, tandis que la maison de François de D'aule à résisté jusqu'ici au choc du temps et des passions humaines ; souvent reparée et embellie, elle se dresse encore à quelques pas de ce qui fut le château historique de Plessis-les-Tours. Les épreuves ne lui ont pas manqué. Pendant les guerres de reii-

té À gion, les huguenots s'abattirent un jour sur e- à la paisible demeure des serviteurs de Dieu, n- saccagèrent ses cloîtres, pillèrent ses richeslis à ses, brûlèrent les reliques de saint François nt F de Paule et en jetèrent les cendres au vent. le | Ces souvenirs de la vie militante du chréu- 3 tien et beaucoup d’autres que des monuès ments fidèles nous ont conservés dans ces sa ! lieux, durent se présenter souvent à l'esprit Dù 1 de nos deux jeunes étudiants pendant qu'ils n ; vaguaient à loisir à travers les cloîtres en Ÿ témoins de tant de vertus, dans les allées il ; ombreuses des préaux, autour des fontaines Si - aux jets perpétuels comme les effusions de 4 d'un cœur rempli de l'amour de Dieu, dans ps : l'air embaumé de cette aubépine impérise l sable que saint François planta de sa main et es ; qui se couvre encore tous les ans de fleurs le À parfumées. Au milieu de leurs causeries t intimes, où ne se dissimulait point leur

attrait irrésistible pour le sacerdoce, ils

s'excitaient à la piété, à un redoublement.

de fidélité à la règle, afin d'attirer sur leur carrière les bénédictions du ciel. Leur vertu, leurs talents, leur caractère aimable: faisaient d'eux les modèles de leurs condisciples, et quand ils quittèrent le couvent des Minimes pour entrer au grand séminaire, ils ne laissèrent après eux que de bons et glorieux souvenirs.

Au grand séminaire, Louis fut ce qu'il avait toujours été, pieux, sage, ardent à l'étude. Après un brillant cours de philosophie et de théologie sous la direction des Prêtres dits de Picpus, il reçut les ordres sacrés et fut aussitôt employé dans le diocèse de Tours.

Tl est arrivé au terme de ses plus chers désirs, nourri de prière et de piété dès sa plus tendre enfance, élevé, pour ainsi dire,

sur les marches de l'autel, Louis n'a soupiré qu'après le jour où, prêtre, il offrirait le divin sacrifice. Son rêve est réalisé, ses vœux sont remplis ; pourquoi donc se seritil encore tourmenté d'une vague inquiétude qui ne lui laisse aucun repos ? Jamais il n'a éprouvé pour le siècle la moindre inclination, toutes ses aspirations montaient vers le sanctuaire ; il est prêtre, et pourtant il ne goûte point cette plénitude de paix intérieure qu'il s'était promise; Dieu lui fait entendre de secrets appels à une vie plus parfaite, appels que le jeune lévite a peur de trop bien comprendre et auxquels cependant il n'ose fermer l'oreille. Le ministère qu'il exerce, lui plaît, les succès qu'il y obtient, répandent sur la face de l'avenir un sourire des plus engageants ; mais il se demande si la voie facile que lui ouvrent ses talents, n'offre pas à sa vertu uti danger qu'il importe de prévenir au plus tôt,

s'il lui convient bien, d'ailleurs, à lui prêtre de Jésus-Christ, de rechercher les aises de de la vie, de refuser la croix et ses labeurs.

Deux longues années se passèrent dans ces oscillations entre la nature et la grâce ; puis un beau jour l'abbé Saché prit le parti de s'en expliquer nettement avec le Saint- Esprit au cours d'une vaillante retraite, et voici, écrit de sa main, le résultat de sa délibération :

“ Aujourd'hui, 30 août, à la fin de ma “ retraite, après une délibération sérieuse, “après de longues hésitations, je me suis “ déterminé à demander ma réception dans “ Ja Compagnie de Jésus. Je suis résolu, “si on me juge propre à faire partie de “ cette sainte Société, de poursuivre acti- “ vement mon admission et de travailler à

lever tous les obstacles.

“ Les principaux motifs qui m'ont déter-

“ miné sont une plus grande sûreté pour

rêtre s de eurs,.

dans âce :

parti ainte, et e sa

“ mon salut, une plus grande facilité pour “ travailler à la sanctification du prochain. “ Si je n'avais consulté que mes goûts et

“ mon &en-étre temporel, il est probable que

‘“ je serais resté où je suis; mais ma rai- “son chrétienne me dit depuis longtemps, “et maintenant plus que jamais :

“ Ma lâcheté qui si souvent a déjoué

“ mes désirs de perfection, doit me faire

“ désirer d'être dans la nécessité de tra-

“ vailler sérieusement à cette perfection,

“d'être dirigé, soutenu, excité. Cette

‘“ direction, ce soutien, cet encouragement,

“je les trouve dans la religion ; dans le

“ ministère, ils seraient incertains et impar-

‘ faits.

“ D'un autre côté, si je suis appelé,

“ comme je l'espère, à contribuer au salut

“ des âmes, les emplois variés des mem-

‘“ bres de la Compagnie, la direction de mes

“ Supérieurs m'aideront à tirer pai! du

ee ————

“ talent, quel qu'il soit, dont j'aurai à ren- “ dre compte à Dieu.”

Une élection appuyée sur des motifs si chrétiens ne pouvait manquer de recevoir de Dieu une sanction durable, comme elle devait entraîner l'approbation d 1 Supérieur

à qui elle fut communiquée. Aussi lorsque, le 18 septembre 1840, le jeune abbé alla frapper à la porte du noviciat de St-A cheul, reçut-il du P. Maître des Novices l'accueil le plus paternel.

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