ER
ment, il imposait aux autres l'illusion dont il se berçait lui-même.
Plus d’un an encore, il remplit toutes les fonctions de son ministère, La faiblesse de sa voix et de ses organes émoussés ne lui permettant plus de s'adresser à des auditoires nombreux, il se compensait en instructions familières, catéchismes, exhortations aux élèves ou aux relivieuses des communautés de la ville; il poussa même une pointe jusqu'au Lac Saint-Jean et y prêcha la retraite annuelle des Ursulines.
L’'effort avait rompu les dernières énervies de sa parole; il dut renoncer à ces exercices trop fatigants et limiter le champ de son zèle; puis à mesure que s'écoule l'année 1859 le martyre du Père devient tous les jours plus intolérable, les crises se multiplient à des intervalles plus rapprochés ; la nuit, des cris déchirants de ‘ Mon
Dieu! Mon Dieu! O Jésus!” que la douleur
nt
lui arrachait par surprise, annoncent à ses frères la marche incessante de sa longue et poignante agonie et les premières transes du dernier combat, Lui seul persiste à croire à un prochain retour de la santé, ces accès du mal ne l’intimident pas, ne l'abattent point, il faut qu'un Père de la Résidence se charge de lui faire connaître son état désespéré.
Le P. Saché l'entretenait précisément de son rétablissement prochain : “ J'en ai encore pour cinq ans, au moins,” disait-il, “Je pourrai encore confesser, travailler à l'église,
etc.
“ Mon Père.” répondit l'autre, “je vais vous parler comme je voudrais qu'on le fit pour moi en pareille circonstance. Vous êtes dans l'illusion sur votre état, je souhaite que vous nous restiez longtemps encore ; mais enfin il n’y a pas à le cacher, vous vous en allez tranquillement chez le bon Dieu....
Zoo Q «= | zu > 0 — Lu © wu À
= un zE
OÙ
N ÿ ps
- = Dore Enrapé ape ee Zen ane se" véere ; —Z— = RE VENUE SE à -
rss
Re
je voudrais bien être à votre place; il fait meilleur au ciel que sur la terre.”
Le P. Saché le remercia de sa charité, mais ne fut pas convaincu. Peu après, racontant au KR. P. Supérieur l'entretien qu'il venait d’avoir : “ Ce bon Père!” dit-il, ‘“ je sais que son intention est bonne, il l'a fait pour le mieux; mais je ne suis pas un pécheur endurci, quand le temps sera venu, je saurai bien faire mon sacrifice ; mais j'en ai encore pour plusieurs années.”
J1 ne tarda pas cependant à se désabuser et remit son sort entre les mains de Dieu avec une résignation facile et parfaite. Jusqu'au dernier instant, il jouit d'une paix.
inaltérable, et l'approche de la mort ne changea rien aux habitudes de son caractère ; 1l répondait aux questions sans fausse modestie, toujours avec humilité, toujours.
avec bonne humeur.
‘“ Vous qui étiez si actif, lui disait un
NOVISSIMA 153 Père, “ vous devez trouver le temps bien long maintenant ? ”—“ Du tout, cher Père, je ne pense qu'à mon mal.”—“* C'est une bonne manière de prier—“ Ah ! mon Père, on ne prie guère quand on est bien malade, il n'y a pas moyen, il faut l'avoir fait auparavant.”
Un jour, on le trouve sur le canapé, dans une de ses crises atroces : “ Comment ça va-t-il, mon Père ?” lui demande-t-on. Il répond avec le P. Milleriot : “ Ça va parfaitement mal. Je puis bien dire avec le prophète : De la tête aux pieds, il ny a plus rien de sain en moi.... pourtant je
ne refuse pas de souffrir.”
Lorsque le Cardinal-Archevêque vint le voir, le P. Saché, tout entier à sa souffrance, ne le reconnut pas d’abord, mais quand le R. P. Supérieur lui annonça la présence de l'illustre visiteur, il se mit à pleurer et à sourire, remerciant Son Eminence de l'hon-
ts er Te : PES TRE 7 mn em * à STE Es % à LEUR RER ÊRS FER te € LIT ENS SET ER D PÉTER RTE PR, RE TE =
neur qu'Elle lui faisait. ‘“ Comment vous trouvez-vous, mon Père ?” lui demanda le Cardinal.—‘“ Eminence, comme un pauvre homme qui a trois voleurs à ses trousses.” [1 faisait allusion à la triple infirmité qui le tourmentait si cruellement.
Le 23 octobre, il reçut les derniers sacrements des mains de son vieux frère d'armes et ami de cœur, le KR. P. Vignon, et le lendemain il entrait dans le repos du Seigneur.
LS
La mort avait à peine fini son œuvre que disparaissaient sur le visage du défunt toutes les traces de la dernière agonie. Le front se rasséréna, les tempes s’affermirent, les joues se colorèrent de teintes légères et fondues, où le grand âge se dissimulait sous une fraîche carnation de jeunesse, ses lèvres retrouvèrent l’aimable sourire que la douleur avait un moment éloigné ; tout, dans
la placide immobilité de la mort, racontait le long séjour qu'une âme vertueuse et maîtresse chez elle, avait fait dans ce corps maintenant inanimé. En voyant ce visage si calme et si rayonnant, et auquel une couronne de cheveux, blancs comme la neige, prêtait une nouvelle candeur, on ne pouvait s'empêcher de dire avec les Romains défilant autrefois devant le lit de repos de Stanislas Kostka : C'est un saint.
Ce fut pour tous ses amis un grand deuil quand ils apprirent le départ pour une autre vie du vénérable serviteur de Dieu; leurs lettres de condoléances, adressées au R. P.
Désy, Supérieur de la Résidence, sont remplies des plus affectueux souvenirs et des plus beaux éloges du défunt ; toutes proclament hautement sa sainteté éminente.
Qu'il nous suffise d'en citer quelques courts extraits.
Sa Grandeur Mer Langevin, évêque de
ISG NOVISSIMA
Rimouski, écrivait : “ La nouvelle de la mort du Révérend Père Saché m'a beaucoup affligé. En lui je perds un ancien et vénérable ami, un sage conseiller, un modèle de toutes les vertus ‘sacerdotales et religieuses. Je ne doute aucunement qu'il soit déjà en possession de la couronne immortelle.”
‘“ Veuillez accepter mes plus sincères et affectueuses sympathies,” disait M. l'abbé A. Pelletier, “ pour la grande perte que vous venez de faire dans la personne de ce bon et éminent Père Saché; ce sera un Jésuite de moins sur la terre, mais un saint de plus au ciel.
“ C'est un précieux souvenir pour moi de me rappeler que je l'ai fait venir autrefois pour travailler à la vigne du Seigneur, dent j'étais chargé. Par les heureux effets produits, on voyait que le bon Père Saché
était passé en gagnant ou fortifant les âmes dans le service du Seigneur.”
Le témoignage des Sœurs de la Charité n'est pas moins affectueux. ‘“ Avec ma Communauté,” écrivait la Révérende Mère Supérieure Générale, “je m'unis de cœur pour déplorer la perte que vous venez de faire en la personne du KR. P. Saché. Pour vous, il était un Père bien-aimé; pour nous, il a été un ami sincère et dévoué, nous ayant donné, pendant de longues années, d'innombrables preuves d’exquise charité, qui ont laissé des traits ineffaçables dans notre reconnaissant souvenir.
“ Nous avions espéré que Notre Seigneur laisserait encore à notre imitation ce saint et vénéré Père, modèle si accompli pour les personnes religieuses. Mais puisque telle n'a pas été la volonté du Bon Maître qui, sans doute, avait hâte de faire entrer son fidèle serviteur dans la joie de
ES DE DR SPÉEMRE sr r"58 = en - Le mur
me > it
son Divin Cœur, qu'il jouisse, ce bon Père Saché, du fruit de ses vertus et de ses œuvres |”
Voici un autre hymne de louange entonné par les Sœurs de l'Hôtel-Dieu. “Si profonde,” disent-elles, “est la vénération que nous portons au Révérend Père Saché, si haute est l'opinion que nous avons de sa sainteté, que tout en voulant prier pour le repos de son âme, comme la reconnaissance nous en fait un devoir, nous nous surprenons souvent à l'invoquer, et le jour où nous avons appris la triste nouvelle de sa mort, on entendait de part et d'autre, à l'ouverture de la récréation, ces réflexions si vraies
LU Le fl A Lun
u | æ ‘y « # | « NE LE 1 " r 8 [ 4 4 l AE.
q : ’ fi % LE : [A1 mi 21 :
} { y Lr, QE 4 à 4.2 NE:
4x d : une, tk MA 1 DARE ro 1".
ati LRQ 14} #9 À ' 4 MY ’ \ | O0 : ‘Ÿ 8 LE 114" L'
auxquelles toutes les voix faisaient écho:
NQE 2e dt or =
Pr tn
‘ Cher bon vieux saint!” ‘Il est au ciel!” LR ‘ I] a tant travaillé pour la gloire de Dieu !”
“ Et comment se défendre de parler ainsi après avoir eu si souvent l'inappréciable bonheur d'admirer chez ce vénérable vieil-
- ac sn Z £ er x: page à L = a pe 2 = SR MN TE LE DIS EEE M AMONT Sen ANS it - 7 æ + = 3 et--+ le
lard l’heureux assemblage des aimables vertus qui font les saints et les grands saints ?
“ Nous nous rappellerons toujours avec une douce consolation les rapports que nous avons eus avec ce cher Père. Et puis quel gracieux souvenir que celui de ses aimables visites au parloir de notre Communauté ! Elles reposaient doucement notre âme, en y imprimant un parfum de piété extraordinaire. Il possédait l’art de parler d= Dieu, et des choses spirituelles d'une manière toujours agréable. Il était si bienveillant, si paternel! ‘ Qu'il fait bon, nous disait ce cher Père dans sa visite du 3 janvier, ‘ qu'il fait bon s'aimer ainsi en Dieu !””
“ Nous sommes dans le deuil ;”” disaient les Sœurs d1 Bon Pasteur, “ en la personne du bon et vénéré Père :‘-rhé nous perdons un de nos premiers et plus insignes bienfaiteurs. (C'est donc justement qu'en ce
RES TRE LT TRI a TE
Nr à wii hi ü UE PH | HE
A mr a Ver + ge
« E VE ES É ne = goes md RS EE ar LE Ses
RS
jour nos larmes s'épanchent sur sa tombe, et que notre prière accompagne son âme vers cet autre monde où elle vient d'entrer.
Son âme, oh! elle a été sans doute accueillie par le Dieu rémunérateur de tout bien qui récompense l'humilité, le zèle et la charité. Oui, voilà bien les aimables vertus que nous avons pu admirer en tout temps dans le vénérable défunt.
“ Pour notre communauté, sa charité a été sans bornes ; il a consacré à nos pauvres repentantes les derniers jours de sa vie, quand ses forces défaillantes devaient lui imposer un repos absolu. Cette pensée nous rendra à jamais chère sa douce et pieuse mémoire, que la reconnaissance immortalisera en notre souvenir.”
Au service funèbre qui eut lieu à Québec avant qu'on transportât les restes du P.
Saché au Sault-au-Récollet, la chapelle de la rue Dauphine ne put contenir la foule
des prêtres et des laïques, qui venaient prier une dernière fois près de la dépouille mortelle de leur ami, et bien des pleurs coulèrent de tous les yeux lorsque Mgr. B.
Pâquet, se faisant l'interprète des sentiments de tous, termina ainsi l'éloge du
regretté Jésuite :
“ Tout en lui faisant nos adieux, mes frères, offrons-lui nos remerciements.
“ Oui, prêtre selon le cœur de Dieu, vénéré religieux, noble fils de saint Ignace, adieu et merci!
“ Adieu et merci, au nom de Son Eminence le Cardinal qui aurait tant aimé à vous rendre ce dernier devoir.
“ Adieu et merci, au nom de tout le clergé de l’archidiocèse que vous avez aidé de vos sages conseils et soutenu dans les épreuves si nombreuses du saint ministère.
“ Adieu et merci, au nom du Séminaire
RTS ER PE D RE PME — L ù te = = .
eu ja Sr ras. KR 2%
tre