MATE
Te Un CRT ce PLANS
sur leurs sembiables qu'elle a des répugnances pénibles, et c'est pourtant comme supérieur que le P. Saché a dû la pratiquer
pendant presque toute sa vie religieuse.
Nous ne parlons plus ici de ces explications à huis clos, qui ont lieu entre le Créateur et sa créature, dans les examens et les méditations, où la onscience a vite fait de remettre l'homme à sa place, et où il est facile de reconnaître que l'on est fort peu de chose et de se le dire sans beaucoup de phrases ; nous parlons de l'humilité du P.
Saché dans ses rapports de supérieur avec ses subordonnés.
Nous avons déjà dit qu'il n'était pas.
homme à prendre des détours, qu'il allait droit au but, comme la règle elle-même, laquelle ne fait aucune acception de personnes et'parle à tous le même langage.
Cette âpre franchise, qui allait si bien à son tempérament et formait comme le couron-
pas:
Iait
PER CRUCEM AD LUCEM 199 nement naturel de son caractère, n'agréait pas aussi bien à tout le monde, surtout quand elle se présentait en compagnie d'une réprimande. Elle lui attira quelquefois de la part des domestiques ou autres, des reparties plus ou moins désobligeantes. Le P. Saché n'en témoignait pas la moindre surprise : il aväit affirmé les droits de la règle ou de l'autorité, le but était sûrement touché ; tout ce qui revenait par ricochet à l'homme, et non au supérieur, le Père le recevait comme son dû, et s’étonnait plutôt de n’en pas percevoir davantage ; jamais il ne gardait rancune ni aigreur de ces vivacités, et il était le premier à tout oublier.
Ce qui l'aidait à pratiquer cette vertu, c'était l'habitude journalière de la mortification, On ne passe pas à travers une
sb
SON SNS EE Ets
be 5" Te am
= ” ' * - — - Le PE de or meme a on go e Én. & ns ete - : = ENT TASER à a vos .… = -
z Eee 17
. ac | ; ait a a 2 En Fri “é + rangs oem jen TRS SERRES og ve p pe pps
ee 3
ee eg
longue et active existence sans rencontrer beaucoup de contrariétés, on n'arrive pas au sommet de la perfection sans avoir lutté contre bien des obstacles, sans laisser des lambeaux de son vêtement et de sa chair aux buissons de l'étroit sentiei, on ne vit
pas sans souffrir. Accepter avec esprit de
pénitence les peines que nous verse continuellement la source par trop féconde de nos désirs imprudents, de nos espérances téméraires, mettre un frein à notre imagination, réprimer les saillies de la curiosité et régler jusqu'aux battements trop précipités de notre cœur, c’est faire œuvre de bons chrétiens. Mais il ne saurait se contenter de cette mortification essentielle, celui qui a renoncé à toutes les joies terrestres, qui s'est dépouillé dès ici-bas de la vaine livrée du monde pour marcher plus près de Jésus, son ami, son Dieu; il veut ressentir, comme Jésus, dans sa chair mor-
telle les douleurs de la flagellation, du cru-
cifiement. |
Le P. Saché était trop épris de son divin modèle pour ne pas chercher à l'imiter dans ses souffrances, d'aussi près que le lui permettait la faiblesse de notre nature déchue, Habituellement couvert d'un cilice, adonné aux disciplines les plus rigoureuses, ceint d'une chaîne de fer aux éperons mordants, il expiait et pour lui et pour d’autres qui n'expient point, il vengeait l'honneur du très saint Corps de Jésus, que tant de chrétiens, ses membres mystiques, osent souiller par leur sensualité. Depuis longtemps la proie d’une maladie douloureuse, il endura, sans se plaindre, des maux intolérables ; il les cacha même, ainsi que ses pénitences, avec un soin si jaloux, que le hasard seul nous les fit connaître.
Ces souffrances, d'ailleurs, n'étaient qu'une forme de son zèle pour le salut des âmes et
la gloire de Dieu, et quoiqu'il eût désiré d'immoler tous ses sens, tout son corps, et de se consumer tout entier dans un martyre soudain, il ne se laissa jamais entraîner à des excès qui eussent pu compromettre le succès de ses travaux, en ruinant ses forces. Il voulait sauver des âmes, il voulait glorifier Dieu et il y travailla toute sa vie avec opiniâtreté. Malgré son désir d'être bientôt séparé de ce corps mortel pour habiter avec Jésus-Christ, il eût voulu cependant vivre encore pour travailler plus longtemps.
Nous n'avons ni le dessein ni le loisir de passer en revue toutes les vertus du P.
Saché; nous ne dirons rien de celles qu'il s'était engagé par vœu de pratiquer selon les constitutions de son ordre, la pauvreté, la chasteté et l'obéissance. Vertus fonda-
mentales et essentielles du religieux, elles
furent l'objet premier de sa sollicitude, et
si devant Dieu a été ratifié le titre d'élu, que les hommes se sont plu à lui décerner, c'est à sa fidèle pratique de ces trois vertus qu'il en est surtout redevable.
Disons seulement que sa charité n'avait point de bornes : il aimait tout ce que Dieu aime et aimait Dieu par-dessus toute chose.
‘“ Ah!” s’écriait-il devant les novices Ursulines, quelque temps avant sa mort, “ que je voudrais être jeune comme vous pour aimer Dieu avec plus d'ardeur !”
Ses vieux compagnons de labeur, comme il leur restait pour toujours uni dans les tendresses d’une sainte affection ! comme il chérissait leur souvenir! Il ne parlait jamais qu'en termes émus et en versant des larmes, du Père Beaudry qui fut si longtemps, à Québec, son émule dans les mêmes travaux et les mêmes succès. Il rappelait sans cesse les aimables qualités de ce bon
Père et ne tarissait pas d'éloges sur son zèle. Aussi avec quel deuil il apprit sa mort et qu'il eut de douleur de ne pouvoir aller lui rendre les derniers devoirs! Du moins, il voulut reposer à ses côtés dans l'humble cimetière du Noviciat.
Et les nombreux novices qu'il avait initiés aux vertus de la Compagnie, avec quel affectueux intérêt il les suivait plus tard dans leur carrière, les soutenant de ses prières les plus ferventes, les encourageant de ses meilleurs conseils! Tous ceux qu’il avait rencontrés dans l'exercice intime de son ministère, et leur nombre est incalculable, avaient place dans son cœur ; il ne cessait de demander pour eux tous les biens qu'il désirait pour lui-même.
Cette charité ardente s'allumait au foyer même de l'amour, au Cœur Sacré de Jésus.
Le P. Saché était avant tout un apôtre du Sacré-Cœur, et l'on disait de lui qu'il avait
Du
lans
vait vec lus de ra- >ux me alles ‘er
As.
du
— ne
hérité de l'esprit du vénérable Père de la Colombière. Il n'avait rien de plus cher que le progrès de cette dévotion admirable,
et rien ne lui faisait tant de plaisir que d'apprendre que de nouveaux zélateurs s'employaient activement à la propager.
Lorsque le Père plus spécialement chargé de répandre cette dévotion et de diriger la Ligue dans ce pays, revenait de ses courses apostoliques, le P. Saché le saluait ordinairement par ces mots: “Ah! mon Père, beaucoup de besogne? combien de nouveaux Liguèurs ? ”
Dans sa direction spirituelle, il recommandait toujours la dévotion au Sacré- Cœur comme moyen infaillible de perfection, et surtout de persévérance. ‘“ Après avoir aimé ce Cœur divin sur la terre,” disait-il souvent, “ c’est dans ce même Cœur que nous nous retrouverons pendant toute l'éternité.”
In memoriam.
Et maintenant qu'il nous soit permis de rapprocher ensemble les traits épars de cette figure que nous venons de considérer trop en détail, et, à l'exemple des enfants pieux qui placent sur la tombe dans laquelle il dort son dernier sommeil, l'image impérissable de leur père bien aimé, détachons en relief sur ces pages où sont contenues les actions et les œuvres du KR. P. Saché, un portrait fidèle de ce Père vénéré, un tableau de cette vie humaine aux prises avec la grâce et que Dieu avait destinée à tant de travaux.
Homme, il eut à combattre les révoltes de la nature, amour-propre, impatience,
aigreur de l'esprit : faiblesses que la con-
science s'avoue avec honte et confusion ; son humeur brusque l’exposa souvent aux chocs douloureux de la contrariété, et son
cœur sensible à l'excès ne faisait qu'ac-
croître l'intensité de la souffrance : voilà le côté défectueux ; mais il était si bon, si dévoué, si franc, il mettait au service de tout le monde, avec tant de prodigalité, les trésors de son cœur et de son intelligence, qu'au point de vue même purement naturel il eût passé pour un homme le plus heureusement doué.
Religieux, toutes les qualités de sa riche nature se rehaussèrent d'un éclat divin, aucune qui ne fût pénétrée de la grâce et ne dut se rendre à sa bienfaisante influence :
si parfois le vieil homme s’échappait en des saillies impétueuses, il était bientôt ressaisi et ramené au devoir. Humble et soumis envers ses supérieurs, affable et indulgent pour ses égaux, le P. Saché était l’homme de la vie commune, il eût été content d'être toujours dans les plus modestes emplois et
prenait gaiement son parti le n'avoir rien
fait d'éclatant et de ne laisser après sa mort d'autre réputation que celle de bon religieux.
Longtemps revêtu de l'autorité, s'il se montra souvent trop rigide interprète de la règle, il a pour excuse d'en avoir été luimême le plus fidèle observateur. La règle était l'âme de sa vie, il voulait qu’elle régnât en souveraine; mais une fois ses droits reconnus, toute réprimande, toute rigueur cessait, le Supérieur faisait place au père le plus tendre, le plus affectueux.
Le saint se révélait par la solidité et la
‘perfection de ses vertus : hurnilité d'enfant,
mortification d'anachorète, zèle d'apôtre ; il
avait au Sacré-Cœur de Jésus une dévotion
toute de flamme; c’est dans ce Cœur ado-
rable que nous aimons aujourd’hui à le
contempler ; c’est là qu’il nous a donné ren-
dez-vous, à nous, ses frères, à tous, ses amis. FIN.