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fonds d'humilité.” Enfin convaincu que Dieu l'appelait à ce ministère lointain, il demanda et obtint d'aller au Canada.
Il partit de Paris le 23 mars 1845 et arriva à Montréal, le 18 mai de la même année.
La traversée de l'Atlantique n'était pas alors comme aujourd'hui une prosaïque navigation d'une semaine, un voyage de plaisir entre deux sabbats, comme disent nos Juifs ; c'était bien un voyage au long cours ; on avait le temps d'être malade, fort malade, puis de se rétablir, de s’habituer à la mer, avant de toucher les côtes du Nouveau-Monde.
Le P. Saché, désintéressé désormais de toutes ces expériences nautiques, s’estima heureux d'en avoir épuisé la séric ; il lui tardait de fouler cette terre du Canada où ses aïeux avaient, dans les armées de la
36 BRUGELETTE—LAV AL—CANADA France et de l'Eglise, enduré tant de fatigues et cueilli tant de gloire.
Le panorama de Montréal fut une fête pour ses yeux : la ville et ses alentours s'enveloppaient de soleil et de verdure naissante ; l'impression fut bonne, et le missionnaire se dit que pour la beauté de son site et la pureté de son ciel d'azur, la ville de de Maisonneuve n'avait rien à envier aux plus beaux paysages de la belle France.
Il se prit d’une affection toute spontanée pour ce théâtre de ses futurs labeurs ; les habitants de Montréal ne se montrèrent pas moins bienveillants à l'égard de leur nouvel ami.
Il y a loin en effet de la froide réserve, disons mieux, du glacial accueil que rencontrèrent autrefois, en 1625, les premiers Jésuites venus à Québec, à l'empressement que nous témoigne aujourd'hui la population de ce pays. Alors on voyait en eux
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ces hommes pleins de ténèbres et savamment pervers que flétrissait l’auteur de l'Anti-Cotton, des hommes qui aiguisaient partout dans l'ombre ce traditionnel poignard que l’on semble avoir de la peine à bien décrire ; maintenant le Canadien qui ajoute foi aux niaiseries de ces pamphlétaires, doit d'avance renoncer à toute prétention d'estime, car le mot d'Horace lui sera appliqué à la lettre: Æ/ebat el insignis Zot& cantabitur urbe. Alors on refusait à nos Pères un gîte dans les limites de la ville, maintenant le Québecquois réclame leur présence et se tient honoré de leur amitié. Mais il faut le dire, dans l'intervalle les Jésuites avaient planté la croix sur toutes les collines et dans toutes les vallées du Canada, depuis les Monts- Déserts jusqu'aux Montagnes Rocheuses, depuis la Baie d'Hudson jusqu'au Golfe du Mexique ; ils avaient veillé sur notre peu-
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ple à son berceau, protégé son enfance” élevé sa jeunesse dans les principes féconds de la science et de la piété.
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Que nous sommes fiers de compter ces apôtres parmi nos devanciers ! Ils ont jalonné d'avance à notre zèle une carrière que nous parcourons en colonnes plus serrées, il est vrai, mais sans presque jamais dépasser la ligne d'exploration qu'ils ont tracée.
Que nous sommes fiers encore des Jésuites français de la nouvelle Compagnie, qui, parles exemples de courage, d'abnégation, de sacrifice qu'ils ont donnés à notre peuple, ont fait revivre les anciennes traditions avec une fidélité si ressemblante, que le Canadien s’est dit en les voyant : ce sont nos Jésuites qui reviennent !
Les succès qui s’attachèrent partout à
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l'éloquence chaude et savante du P. Cha-
zelle, les acclamations qui saluèrent l'arri-
vée des premiers Pères à Laprairie, le
dévouement que nous manifestèrent en
toutes circonstances le clergé et les fidèles
de Montréal, justifièrent les paroles du
saint évêque Bourget, lorsque dans son
“ Appel aux Jésuites,” en 1841, il disait au T. R. P. Roothan :
“ Tout les rappelle dans cette contrée
qui n'a jamais cessé de vénérer leur mé-
moire et qui est encore couverte des mo-
numents précieux de leur courage intré-
pide.
“ Ils y trouveront des évêques et un
clergé qui se feront gloire de concourir à
leurs saintes entreprises, et un peuple plein de foi qui, dans ce moment, uni à ses pas-
teurs, ne cesse de lever au ciel des mains
suppliantes et de prier le maître de la vigne
d'envoyer un assez grand nombre d'ouî
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vriers pour récolter l'abondante moisson qui se présente; ils y trouveront une jeu- :
nesse ardente qui par son application à l'étude, dédommagera ses maîtres des sacrifices qu'il leur aura fallu faire pour répandre le bienfait de l'éducation dans cette partie du Nouveau-Monde.
“ Il est à croire que l’ancienne harmonie qui a toujours régné au Canada entre le clergé séculier et les Jésuites n’en sera que plus resserrée; en se revoyant après tant de malheurs et de si longues années de séparation, qu'ils seront tendres les saluts de ces frères toujours si unis! ”
L'événement ne trompa point les espérances de l'illustre évêque de Montréal; partout les Jésuites furent reçus à bras ouverts et malgré les renforts qui leur sont depuis venus de tous côtés, jamais ils n'ont pu jusqu'à ce jour satisfaire à toutes les demandes.
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Ils n'avaient pas été un an au Canada que déjà un noviciat s'ouvrait à Montréal même. C'est à l'activité infatigable de ces hommes que nous devons, après Dieu, notre vocation dans la Compagnie; c'est à leur vertu que nous devons l'estime dont nous entoure le peuple canadien; c'est à leur fidélité à la règle de saint Ignace que nous devons l'esprit religieux qui règne dans nos maisons ; c'est à leur initiative que se rattache l'élan de presque toutes nos œuvres dans le pays.
Ces vieux athlètes, hélas ! disparaissent peu à peu de la scène, ces hardis travailleurs ne cultivent plus dans les larmes le champ qu'ils s'étaient partagé ; ils jouissent dans le Ciel de la récompense des bons et fidèles serviteurs et ne soutiennent plus que de leurs seules prières ‘eux qu'ils ont instruits à leurs travaux avant que de partir.
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Les rares survivants de cette première phalange voient tous les ans leurs rangs s'éclaircir et comptent avec une exactitude douloureuse, mais qui n'est pas sans espoir ni sans orgueil, les vides que laissent leurs vieux compagnons d'armes disparus.
Pour nous, qui occupons la place de ceux qui ne sont plus et serrons les rangs à côté de ces chevaliers du Christ, nous ne saurions voir ces guides et directeurs de notre enfance religieuse s'incliner tour à tour vers la tombe ou s'y endormir du dernier sommeil, sans éprouver ce sentiment de solitude pénible qui saisit les enfants à leur retour des funérailles de leur père; il y a au foyer une place inoccupée que rien ne semble devoir jamais remplir.
Le P. Saché fut un des missionnaires de ces temps héroïques et sa perte, l'an dernier, réveilla des regrets auxquels les malheurs des années précédentes n'avaient pas
BRUGELETTE—LAVAL—CANADA 43 encore pu nous habituer. Mais avant de composer ses membres pour l'éternel repos,
quelle course il a fournie dans cette vallée
du Saint-Laurent dont la verte parure charmait tant ses regards le 18 mai 1845!
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