‹ Le R.P. Louis Saché de la compagnie de Jésus [microforme]Chapitre 8 sur 31 · CHAPITRE LAPRKAIRIE · texte numérisé non relu

CHAPITRE LAPRKAIRIE

À peine est-il débarqué que ses supérieurs le lancent au milieu du ministère le plus actif. Montréal eut les prémices de son apostolat en ce pays. Pendant quelques mois il s’y livra avec toute l'ardeur de de son zèle et se dédommagea du calme forcé auquel il avait dû se soumettre pendant son voyage; puis à l'automne il alla fixer sa résidence à Laprairie.

Mgr l'évêque de Montréal nous avait deux ans auparavant confié la desserte de cette paroisse, après le départ et sur les

vives instances du curé M. Power, qui

venait d'être élevé au siège épiscopal de Kingston.

De ce poste comme d’un centre d’opérations, nos Pères allaient dans toutes les parties de la province de Québec et souvent même jusque dans l'Ontario, donner des missions, prêcher des retraites et offrir leur concours partout où le besoin d'aide se faisait sentir.

Le P. Saché put s'abandonner à toute sa ferveur; l'ouvrage ne manquait pas et pendant les trois années qu'il appartint à la résidence de Laprairie, il est peu de paroisses, dans un rayon considérable, où il ne travailla fort activement au salut des âmes.

Sa parole nette et facile, sa science pratique, l’entrain qu'il savait mettre dans toutes ses entreprises, le faisaient estimer

des populations et une fois qu’elles avaient goûté à sa prédication franche et aposto-

LAPRAIRIE 47 lique, rien n'égalait leur empressement à rappeler au milieu d'elles le dévoué missionnaire pour l'entendre de nouveau.

Mais même sans s'éloigner beaucoup de Laprairie, le P. Saché aurait pu trouver de quoi satisfaire son zèle. Cette paroisse elle-même avait quelque peu dévié de son ancienne ferveur ; elle avait cédé aux mauvais exemples qu'y étaient venus étaler des étrangers sans foi ni Dieu et avait fini par tolérer sans trop d'horreur des désordres

qui autrefois l'auraient plongée dans la consternation.

Terminus du chemin de fer qui reliait New-York à Montréal, centre d’affaires de plusieurs lignes de bateaux, le village de Laprairie était devenu le rendez-vous de voyageurs, d'agents de commerce, de bateliers, d'employés des compagnies de messageries, lesquels, on le sait, s’accommodent

aisément d’une vie exempte de tout con-

trôle moral, et se créent asse: vite des habitudes d'indépendance, qu'il est ensuite difficile de ramener au frein de la religion.

Ajoutez à cela les tentatives opiniâtres que faisait depuis quelque temps un nommé Russy, Suisse de naissance, calviniste de religion, pour enrôler au protestantisme les habitants de cette contrée, et les succès trop certains qu'il avait déjà obtenus. Ce disciple de Calvin avait, à même les fonds de la Société Biblique de New-York, réussi à établir sur les confins de l’Acadie et de Laprairie une maison de prêche, et y avait rassemblé une secte de gens sans aveu, d'aventuriers, de rebelles de 1837, voire même il s'était acquis les services oratoires d'un jeune prêtre apostat.

Ces défections d'une part, et de l'autre l'empire que le désordre effronté exerce toujours sur la multitude, avaient mis en décri la piété ou, du moins, réveillé le. res-

pect humain chez un grand nombre d'habi-

tants de cette paroisse, |

Dès leur arrivée, les Jésuites n'avaient rien négligé pour réagir contre cette dégénérescence morale, et leurs efforts avaient été récompensés des plus beaux résultats ; le mal n'était pas incurable, les conversions furent nombreuses, la foi se ranima dans les cœurs, les anciennes pratiques de dévotion furent reprises avec un nouvel élan. Force fut aux joyeux viveurs de déguerpir les uns après les autres et d'aller chercher ailleurs des sympathies.

Ce retour en masse de la paroisse à une vie plus fervente s'était déjà effectué en grande partie, lorsque le P. Saché arriva ; mais il restait encore ample matière à son activité : les vieilles habitudes ne se perdent pas en un jour, et il y avait bien encore çà et là quelques paroissiens réfractaires.

D'ailleurs la petite église de Russy était

toujours là comme une menace. L'ordre régnait maintenant à l'intérieur de Laprairie, il était temps d'aller porter secours au dehors. |

La pacifñication de l'Acadie fut une des premières œuvres auxquelles le P. Saché prit part dans ce pays. La mission était ardue et demandait d'être traitée avec des ménagements infinis; car, non seulement il y avait beaucoup d'apostats dans cette paroisse, mais, de plus, un assez grand nombre des autres habitants étaient un peu en désaccord avec leur curé, et cette malheureuse disposition ne favorisait que trop les progrès de l'hérésie. Tous les obstacles cependant tombèrent devant le P. Hanipaux aidé du P. Saché; au bout d’un mois la paix était rétablie.

Leurs conférences polémiques convainquirent les néo-méthodistes que ce n'était point par le désir d'une perfection plus

vrande qu'ils avaient changé de religion, tandis que leur charité et leur tact religieux amenaient entre le pasteur et ses ouailles une réconciliation publique et des pardons mutuels dignes des premiers siècles de l'Eglise.

Une commune douleur vint bientôt resserrer encore les liens qui unissaient déjà les habitants de Laprairie à leur clergé et ouvrir à celui-ci une nouvelle carrière de dévouement et de sacrifice.

Le 4 août 1846, vers sept heures du soir, un effroyable incendie se déclara dans une maison à l'entrée du village et la flamme poussée par un vent de tempête couvrit en un instant tous les toits. Malgré les efforts réunis des gens de l'endroit et des pompiers. de Montréal, que l’on avait fait venir en grande hâte, on ne put maîtriser le terrible élément et, le lendemain matin, le village avait disparu. Seules l'église et quelques

masures isolées se tenaient encore debout.

Plusieurs jours et plusieurs nuits, il fallut camper à ciel ouvert sur le bord du St- Laurent.

Le presbytère était détruit, nos Pères s'établirent dans un hangar épargné par l'incendie, ‘“ Quelle maison ! ” s’écrie le P. Frémiot, ‘ des planches enduites de mortier en font les murs extérieurs, et à l'intérieur de simples planches juxt:posées la divisent en sept compartiments.” C'est dans cette pauvré cabane aux cloisons branlantes et quelque peu à jour, que nos Pères passèrent l'hiver suivant et la plus grande partie de l’année 1847.

If fallait organiser au plus tôt des secours et relever les courages abattus. C'est à quoi s'employa l’activité inépuisable du P.

Saché. Sa charité, son zèle soutinrent pendant cette rude épreuve des centaines de familles que l'impitoyable catastrophe avait

ruinées entièrement. La religion sut tirer parti de cette infortune pour achever de soumettre au joug de Dieu les volontés encore rebelles, et Laprairie sortit de ses cendres et de sa ruine matérielle avec un esorit de ferveur tout renouvelé.

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