CHAPITRE II
ÉTIOLOGIE ET PATHOGÉNIE.
(les causes du rachitisme et leur mode d’action.)
Sommaire : Fréquence du rachitisme dans les villes et dans les campagnes. — Climats et conditions météorologiques. — Influence de la pauvreté et de la richesse. — Différences sexuelles. — Age des sujets. — Époque de la première dentition. — Rachitisme congénital. — Opinion de Depaul. — Rachitisme tardif. — Hérédité directe ou indirecte. — Syphilis et rachitisme. — Réfutation de la doctrine de Parrot. — Répartition géographique du rachitisme. — Rachitisme des animaux. — Rôle indirect de la syphilis héréditaire. — Rôle de la syphilis acquise. — Rôle des autres maladies aiguës ou chroniques. — Influence prépondérante d’une mauvaise alimentation (allaitement artificiel, mixte, sevrage et aliments prématurés). — Expériences confirmatives de Jules Guérin. — Action de la chaux, du phosphore, de l’acide lac- ■ tique. — Troubles' digestifs prémonitoires et Dilatation de l’estomac. — Explication de la décalcification des os. — Principales théories pathogéuiques.
La fréquence du rachitisme, à Paris et dans toutes les grandes villes de l’Europe, est extrême. En neuf ans j’ai observé, dans un seul faubourg parisien (La Villette), plus de 1600 enfants rachitiques; et je ne parle que de ceux
qui ont attiré mon attention et qui figurent sur les registres du Dispensaire que je dirige.
Ritter, à Prague, a trouvé la proportion de al pour 100 parmi les enfants de sa .polyclinique; M. Hénoch, qui le cite, accuse la même fréquence à Berlin *. Tous les auteurs signalent à l’envi la grande diffusion urbaine du rachitisme.
En Asie, en Afrique, le rachitisme est plus rare, exceptionnel même parmi les indigènes ; mais ce privilège ne tient ni au climat, ni à la race ; il dépend des mœurs et des conditions sociales.
Dans les pays civilisés, en effet, la cause principale du rachitisme, l’allaitement artificiel, est très répandu ; il est inconnu chez les peuples sauvages.
Le milieu urbain est très favorable à la production du rachitisme, car il réunit tous les facteurs de la misère physiologique qui décime le prolétariat des grandes villes: alimentation insuffisante, logements insalubres, privation d’air, de lumière, de vêtements; etc.
Mais le rachitisme existe aussi dans les campagnes, où l’ignorance et la misère se prêtent un mutuel appui, très favorable à sa production.
Il est même très répandu dans certains départements français (Nièvre, Calvados, Seine-et-Marne, etc.) qui se signalent par l’état florissant de leur industrie nourricière.