‹ Le rachitismeChapitre 26 sur 56 · Elsiisser, Cranio-tabes, 1843. Stuttgart · texte numérisé non relu

Elsiisser, Cranio-tabes, 1843. Stuttgart

matière graisseuse. Ces os, à l’état sec, sont d’une porosité, d’une fragilité et d’une légèreté extrêmes (fig. 13).

Telles sont les lésions macroscopiques du rachitisme, que J. Guérin a le premier indiquées, et dont Trousseau, avec son talent habituel, a complété la description.

Il nous faut maintenant pénétrer plus

avant dans la structure des os rachitiques, et demander au microscope les renseignements complémentaires qu’il peut seul nous donner.

Avant d’entamer cette description histologique, je dois revenir en quelques mots sur le tissu spongoïde. Rufz, dès Tannée 1854 (Gazette médicale de Paris), avait vu, en étudiant avec soin les coupes macroscopiques d’os rachitiques, liue couche rougeâtre, réticulaire, semblable à une fine éponge, entre le cartilage épiphvsaire et le tissu spongieux de la diaphyse. Cette simple constatation avait une

Fig. 15.— Consomption l’a chitiquc (Beylard).

grande importance, elle a été le point de départ des travaux ultérieurs.

J. Guérin, peu de temps après (1837), reprend l’étude de ce tissu, lui donne le nom de spongoïde, qui lui est resté, et en explique la formation ; au début il se fait un épanchement de sang dans le tissu os-

seux, qui augmente de volume et de couleur, puis cet épanchement s’organise en donnant naissance à d’innombrables lamelles entrecroisées, formant un tissu comparable au tissu spongieux des os, mais plus fin, plus flexible et plus mou.

bouvier, à la même époque (Académie de médecine 1837), professe une théorie différente : le tissu osseux présenterait d’abord une résorption interstitielle avec atrophie, puis l’os perdrait une partie de ses phosphates, et passerait à l'état fibroïde ; enfin le travail d’ossification, ainsi interrompu, reprendrait pour aboutir à la guérison du rachitisme.

Broca, dans un mémoire qui fait époque, nous a donné la première description histologique du rachitisme, en prenant pour base l’ossification normale.

Toutes les fois qu’une diaphyse s’accroît aux dépens du cartilage de conjugaison, ce cartilage passe d’abord par les états chondroïde et spongoïde, avant d’arriver à l’état parfait. En d’autres termes, ce mince cartilage, d’aspect hyalin et nacré, qui sépare la tête de l’os de son corps, l’épiphvse de la diaphyse, et que M. Lannelongue appelle cartilage conjugal, devient plus épais, plus louche, entre en prolifération, puis se transforme en tissu spongieux, à trabécules fines, cassantes, avant d’arriver aux lames compactes qui forment l’os normal.

C’est à l’aide du microscope qu’on se rend bien compte de ces transformations.

Broca a bien établi en outre que l’épaisseur de la couche chondroïde est d’autant plus grande, que le travail d'acroissement osseux est plus rapide. Dans un os long, les deux extrémilés ne concourent pas, pour une part égale, à l’allongemeut du squelette; l’extrémité qui présente l’allongement le plus rapide présente aussi la couche chondroïde la plus épaisse.

Dans le rachitisme, tout le travail d’ossification est entravé, le tissu chondroïde et le tissu spongoïde s’accumulent aux extrémités desdiaphvses, en couches superposées, dont l’épaisseur, pour chaque partie du squelette, est proportionnelle à la rapidité d’accroissement de cette partie.

Le même trouble nutritif, qui accumule ces couches chondro-spongoïdes à l’extrémité des os longs, se fait sentir sur les autres os, en les ramollissant, en les décalcifiant, mais sans les enrichir de tissu spongoïde, car les os plats ne s’accroissent pas de la même façon que les os longs.

Quand la maladie guérit, le travail d’ossification normale, qui avait été arrêté, reprend de plus belle, et les produits de nouvelle formation se résorbent.

Etudions, au microscope, l’ossification normale et l’ossification pathologique, comme- le fait Tripier (Dictionnaire Dechambre). Soit une coupe de l’extrémité inférieure du fémur : on voit, entre le cartilage conjugal et la diaphyse, une couché bleuâtre de 1/2 à 2 millimètres d’épaisseur, c'est la couche chondroïde normale de Broca

(fig. 14). Elle présente des cellules cartilagineuses de plus en plus arrondies, en allant vers la diaphyse, les noyaux et le protoplasma se divisent, formant de nouvelles cellules qui s’entourent de capsules secondaires, contenues dans les capsules primitives agrandies. Ces capsules primitives ainsi agrandies arrivent au contact et forment des traînées parallèles à l'axe de la diaphyse ; ces traînées, dites boyaux deBroca, sont séparées par une substance granuleuse, puis striée, dont la largeur est plus grande en haut qu’en bas (rivières de Broca). Cet auteur ap- Yig 14 - Tissu chondroïde no,- jj rlmdaüon l’ e „seml)lc mal de Broca (nvulation). 1

du phénomène. Les premières granulations calcaires se déposent au milieu des rivières, puis sur les bords et enfin sur les capsules primitives; alors les capsules secondaires se dissolvent, les cellules qu’elles renfermaient entrent en prolifération, remplissent les capsules primitives, qui finissent par communiquer ensemble par résorption partielle des travées calcifiées qui les enserrent. Nous avons alors la

couche spongoïde normale de Broca qui a succédé à sa couche chondroïde-, elle aune épaisseur de 1/5 à 1/2 millimètre; sa couleur est grisâtre ou gris Jaunâtre (fig. 15).

A cette première phase en succède une autre que j indiquerai brièvement : nous avions des travées calcifiées provenant de la substance fondamentale du cartilage, et des alvéoles remplies de cellules embryonnaires provenant des anciennes capsules cartilagineuses; les vaisseaux vont maintenant pénétrer dans les alvéoles médullaires, les cellules embryonnaires augmentent de volume le long des trabécules calcifiés, elles se pressent les unes contre les autres, et elles s’entourent

plus tard les canalicules se

forment et le tissu osseux est constitué. Voici comment le rachitisme agit pour troubler ce processus normal d’ossification :

La couche chondroïde normale de Broca, ou couche de cartilage proliféré, est très épaissie (4 à 12 millimètres au lieu de 1 à 2 millimètres) ; la couche spongoïde normale de Broca ou couche de cartilage proliféré et calcifié, peut présenter des différences encore plus grandes; cette dernière couche s'engrène ave; la pré-

cédente au point qu’on voit parfois des points blanchâtres calcifiés isolés dans la couche supérieure, et des points bleuâtres isolés dans la couche inférieure.

On note la présence de vaisseaux dilatés.

Au dessous de cette couche et se continuant avec elle, il existe un tissu rouge vasculaire et spongieux semblable à de l’os ramolli partiellement par un acide (CorniletRanvier).

Broea croyait à la simple augmentation de cette couche ossiforme interposée entre le cartilage et l’ôs. Or c’est bien un tissu particulier (tissu spongoïde de Guérin) qui envahit souvent la diaphyse, et nous apparaît très rouge, très vasculaire, très mou. Sur des coupes fraîches, les travées du tissu spongoïde montrent des corpuscules anguleux, plus gros que les corpuscules osseux, dépourvus de canaux anastomotiques.

Tandis que, dans l’Ossification normale, l’infiltration calcaire respecte les capsules secondaires du cartilage proliféré, dans le rachitisme, les capsules secondaires ne se dissolvent pas et se calcifient ; les granulations calcaires restent distinctes et sont séparées par du tissu cartilagineux qui a conservé sa souplesse.

En même temps les canaux vasculaires du cartilage s agrandissent, s’abouchent les uns dans les autres, se jettent dans les espaces médullaires de l’os ancien et forment ainsi un véritable tissu caverneux. Donc le tissu spongoïde est formé de travées cartilagineuses infiltrées

de sels calcaires; les espaces que limitent ces travées continuent à s'agrandir, si le processus se poursuit, ce qui est le contraire de l'ossification normale, où la formation de nouvelles couches osseuses rétrécit les espaces médullaires. La moelle de ces espaces, d’abord fluide, rouge, formée de cellules rondes et de nombreux globules du sang, devient plus consistante dans les espaces les plus anciens, ses cellules prennent une forme étoilée et la substance fondamentale qui les sépare apparaît vaguement fibrillaire. Dans le canal médullaire, les couches périphériques de la moelle s’organisent en tissu conjonctif jeune, d’aspect membraneux. Sous le périoste, la couche de moelle se transforme en un tissu conjonctif mou, qui plus tard unit intimement l'os au périoste. Dans cette couche sous-périostique, parfois très épaisse, on peut trouver des travées onduleuses, analogues aux fibres de Sharpey, et finalement le tissu ostéoïde de Virchow 1 .

En résumé, le cartilage de conjugaison, qui sert à l’accroissement des os en longueur, passe, avant de former de l’os, par deux états transitoires qui sont le tissu chondroïde normal et le tissu spongoïde normal de Broca ; le tissu chondroïde normal, c’est le cartilage proliféré; le tissu spongoïde normal, c’est le cartilage proliféré et ossifié. Or ces deux états transitoires de l’ossification nor-

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