CHAPITRE VI
DIAGNOSTIC
Sommaire : Diagnostic très facile pour les cas intenses, délicat pour les cas légers. — Difficulté grande pour les cas de rachitisme partiel. — Cyphose rachitique et cyphose du mal de Pott. — Signes différentiels. — Diagnostic entre le rachitisme et la syphilis osseuse héréditaire. — Caractères du Tibia Lannelongue. Hydrocéphalie et rachitisme. — Paralysie infantile. — Rachitisme et ostéomalacie.
Quand le tableau symptomatique du rachitisme est au complet, le diagnostic saule aux yeux, et nulle hésitation n’est permise ; il n’y a pas de maladie infantile qui puisse simuler les nouures et les courbures des os, le chapelet rachitique, etc., etc.
Donc aucune difficulté pour les formes bien dessinées et bien accentuées.
Ce qui est délicat, c’est de reconnaître le rachitisme au début et dans son expression atténuée. Il faut être prévenu, il faut avoir vu beaucoup de cas, pour n’en laisser échapper aucun.
Voici les éléments du diagnostic de ces formes
Renseignements sur l’hygiène alimentaire de l’enfant, sur ses antécédents morbides; a-t-il des troubles digestifs, de la diarrhée ? la marche est-elle retardée, les dents se font-elles trop attendre ?
Quand on sera éclairé sur ces divers points, on examinera la tête, les côtes, les membres, on tiendra compte des anomalies observées ; on palpera le ventre, on cherchera la dilatation de l’estomac.
Si toutes ces investigations, faites avec soin, donnent des résultats positifs, on sera en mesure de préciser le diagnostic. Un seul signe serait insuffisant, la réunion de tous les signes observés donnera la certitude.
Cependant on ne pourra, dans quelques cas, émettre que des soupçons ; le rachitisme en effet, plus que toute autre maladie, a des frontières indécises, et ne se prête pas à une limitation étroite.
On peut prévoir et l’on doit craindre l’apparition du rachitisme chez tous les enfants mal nourris, chez tous ceux qui sont malades, quand ils n’ont pas dépassé l’âge propice.
Toutes les influences hygiéniques ou pathologiques qui atteignent les nourrissons peuvent aboutir au rachitisme ; et si les enfants, placés dans ces conditions défavorables, deviennent pâles, inertes, indifférents, immobiles après avoir été remuants, gais, pleins d’entrain et dé bonne humeur, s’ils ont des sueurs nocturnes, on peut considérer leur état comme une phase prodromique du rachitismêV
DIAGNOSTIC
Mais les malades, ne l’oublions pas, peuvent en rester là; une réaction salutaire spontanée ou provoquée peut enrayer la marche des accidents.
Si le diagnostic des cas légers est délicat, celui des cas anormaux ne l’est pas moins. Quand le rachitisme, au lieu d’être diffus et généralisé, reste partiel et localisé à un membre, à un segment de membre, à un os, il. peut être méconnu, et le diagnostic exige beaucoup d’attention.
Par exemple, voici un enfant qui présente une déformation de la colonne vertébrale, une gibbosité plus ou moins accusée; il n’a rien sur les autres parties du corps, ou, s'il a des traces de rachitisme, ces tracés ne sont pas proportionnées à la lésion vertébrale, et l’on peut admettre la coïncidence du mal de Pott et du rachitisme chez le même sujet. Il faut trouver les éléments du diagnostic différentiel dans l’examen de la lésion locale ellemême.
Quand la cyphose est nettement anguleuse, formée par la saillie postérieure d’une apophyse épineuse vertébrale, le mal de Pott est évident; le rachitisme est incapable dereproduire cette déformation angulaire aiguë, qui résulte de la destruction et de l’effondrement d’un corps vertébral. La gibbosité du mal de Pott, la cyphose tuberculeuse est à petite courbure, ou mieux anguleuse et pointue ; la cyphose rachitique au contraire est toujours une bosse à grande courbure, largement arrondie. Nul doute que le rachitisme soit incapable de produire la gibbosité angu-
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dn mal de Polt, avant l'effondrement complet des corps vertébraux. Il », a pas de critérium absolu, mais de fortes présomptions tirées de l'exploration soigneuse do la colonne vertébrale.
L entent étant couché horizontalement sur le ventre on promène le pouce de la main droite sur toutes les apophyses épineuses, depuis la région cervicale jusqu au sacrum ; on presse sur chacune de ces apophyses, on les percute tour à tour; si l’enfant accuse une douleur vive en un po.nt, on pense au mal de Polt, et on redouble d attention dans l’examen de la colonne vertébrale. On tiendra compte de l’état de la sensibilité et de la motilité des membres. On n’oubliera pas de rechercher les abcès par congestion au niveau des flancs, de la fosse iliaque de la racine des cuisses, etc. On scrutera les antécédents personnels et héréditaires des petits malades. On ne négligera rien pour arriver au diagnostic exact, car l’erreur peut avoir de fâcheuses conséquences.
Si le mal de Pott est admis, l’enfant sera condamné à la réclusion dans une gouttière de Bonnet pendant 2 ou 5 ans; si c’est le rachitisme, une saison aux bains de mer, à Sahes-de-Béarn, etc., peut assurer la guérison.
Je voudrais que, dans les cas difficiles, on remît le prononcé du jugement à une séance ultérieure, plus ou moins
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éloignée, et que le rachitisme (maladie relativement favorable) ne fût écarté qu’à bon escient.
Il est une autre déviation de la colonne vertébrale, la scoliose, qui peut prêter à des divergences d’interprétation. Le mal de Pott lui-même peut simuler la scoliose 1 . (Fig. 24.)
Cette déformation latérale de la colonne vertébrale, très commune chez les jeunes filles au moment de la puberté, pendant la poussée de croissance qui se produit à cette époque, est-elle le reliquat d’un rachitisme ancien, ou le produit d’attitudes vicieuses attribuables à la scolarité? Le doute est permis. Il est certain que le rachitisme peut produire la scoliose; j’en ai vu plusieurs cas, à la période d’état de la maladie, chez des enfants de 2 ou 3 ans. Mais cette scoliose de la première enfance persiste-t-elle jusqu’à l’adolescence? Je n’ai pas pu suivre mes malades assez longtemps pour me prononcer catégoriquement. Jusqu’à plus ample informé, je considère toutes les scolioses, aussi bien celles de la seconde enfance que celles de la première, comme rachitiques, de même que j’englobe dans le rachitisme tous les genu valgum uni ou bilatéraux observés à tous les âges.
Le rachitisme partiel, asymétrique, limité àun membre, un tibia, peut faire songer à la syphilis osseuse héréditaire; celle-ci peut également procéder symétriquement