‹ Le rachitismeChapitre 48 sur 56 · Revue des maladies de l’enfance · texte numérisé non relu

Revue des maladies de l’enfance

PROPHYLAXIE ET TRAITEMENT

Quand les ' enfants sont plus âgés et les os moins flexibles, le redressement doux, graduel, avec la main, n’est plus possible ; il faut employer le redressement brusque, qui exige beaucoup de force ; pour cela, on se sert d’appareils spéciaux. Après l’opération, qui se fait aussi dans le sommeil chloroformique, on met le membre dans un appareil inamovible. Le redressement brusque du genu valgum est, en somme, une rupture ligamenteuse et osseuse, un véritable traumatisme sous-cutané, plus grave que la manœuvre précédente.

Cependant le chirurgien, agissant profondément, à l’abri de l’air, le foyer n’est pas exposé à l’infection. Cetteméthode a donné de bons résultats à M. Terrillon et à M. Lannelongue 1 .

Pour remédier aux grandes incurvations des diaphyses, du fémur, du tibia, on est conduit parfois à provoquer une fracture, qui rend possible le redressement du membre ; la fracture manuelle du fémur est assez facile à réaliser chez l’enfanl.

Du côté du tibia, l’ostéoclasie ne suffit pas toujours et le chirurgien est obligé de pratiquer l’ostéotomie linéaire ou cunéiforme; cette dernière, dans les cas d’inflexion extrême, rend de réels services et permet un redressement qu’aucune autre manœuvre, ou opération ne pourrait as-

I. Notre maître, M. Lannelongue, a pratiqué maintes fois l’ostéotomie et l’osléoclasie ; il donne la préférence à cette dernière méthode.

surér. Dans ce cas, il faut inciser les parties molles, attaquer l’os au niveau de sa convexité, et enlever une partie de son tissu, après quoi on procède au redressement immédiat ou tardif du membre.

Je ne parlerai que pour mémoire de la ténotomie, inusitée aujourd’hui.

Telle est, en peu de mots, la cure chirurgicale des cas qui ont résisté à l’action médicale; ces cas, il faut en convenir, sont peu nombreux, et, avec les progrès de la prophylaxie et du traitement précoce, ils deviennent de plus en plus rares.

Quant à l’orthopédie, elle n’a, pour moi, qu'un champ très limité dans le trai tement du rachitisme. Je rappellerai seulement les souliers et les bottines orthopédiques, les appareils très lourds, très compliqués, munis de longs tuteurs métalliques qui ont la prétention de redresser les courbures des jambes ou de s’opposer à leur progrès ; celte prétention n’est que bien rarement justifiée, et la fatigue qu'en éprouvent les enfants doit les faire écarter.

Toutefois, quand il y a fracture, la prothèse s’impose ; mais alors on peut donner la préférence aux appareils inamovibles plâtrés et silicatés qui ont l’avantage d’être plus légers et moins onéreux que les bottes orthopédiques.

La scoliose rachitique, justiciable, dans ses formes légères, de Ja gymnastique suédoise, pourra exiger le port d’un corset orthopédique’.

PROPHYLAXIE ET TRAITEMENT

En résumé et pour conclure, je dirai que la prophylaxie du rachitisme est féconde en résultats heureux, et que le traitement hygiénique ou médical de la maladie est presque toujours suivi de succès. La chirurgie n'a que de très rares occasions d’intervenir, et son champ d’opérations se rétrécit de jour en jour.

Après avoir passé en revue la plupart, sinon tous les traitements du rachitisme^ il ne sera pas inutile d’indiquer quel est, à mon avis, le meilleur, le traitement de choix.

Le traitement du rachitisme ne peut être condensé en une formule unique, applicable à tous les cas. 11 doit être avant tout clinique, et s’inspirer de l’âge des enfants, de la diversité des cas, etc., etc.

Si le rachitisme est très léger, l’hygiène suffira ; on rectifiera les erreurs alimentaires, on réglera les tettées des énfants au sein, on rationnera les enfants sevrés, on conseillera Le grand air, le séjour à la campagne, etc. Dans beaucoup de cas, le rachitisme guérit tout seul.

Si le rachitisme est très accusé, si son intensité commande l’intervention du médecin, que faut-il faire?

Aux enfants très jeunes, n’avant pas atteint un an, on ne saurait donner, sans inconvénient, tous les remèdes prescrits habituellement; l’huile de foie de morue, le' phosphore, seraient mal tolérés et pourraient accroître les désordres digestifs qui font cortège au rachitisme.

On insistera sur le régime lacté, on donnera le phos-

phate de chaux sous forme de lait phosphaté, et les bains salés.

Quand l’enfant aura dépassé l’âge d’un an, on pourra commencer l’usage de l’huile de morue pure ou phosphorée; on donnera d’abord \ ou 2 cuillerées à café d’huile, pour arriver graduellement aux cuillerées à soupe. On s’arrêtera à la moindre diarrhée. On surveillera l’administration du phosphore, en ne dépassant pas la dose de 1 milligramme par jour. J’ai pu,, sans accident, donner 2 milligrammes à une foule d’enfants, et cela pendant des semaines et des mois; mais il faut se défier du phosphore.

Aux enfants qui ne digéreraient pas l’huile de morue on prescrira le phosphate de chaux (gélatineux, sirop, lacto ou chlorhydro-phosphate) à la dose de 1, 2, à 5 cuillerées à café par jour.

A tous les enfants-, qui ont dépassé lage du sevrage, qui ne sont pas trop nerveux, qui n’ont ni oplithalmie, ni bronchites, on prescrira la mer (séjour sur les plages, bains de mer chauds ou froids de très courte durée).

A défaut des bains de mer, on conseillera les eaux chlorurées sodiques, les bains salés. Les rachitiques anémiques se trouveront bien du fer (sirop d’iodure de fer), et même des douches froides qui, dans quelques cas, m’ont rendu des services.

Aux enfants qui ont de la bronchite, on ne saurait prescrire les bains ; on les remplacera par les frictions stimu-

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lantes avec l'eau-de-vie camphrée, le baume de Fioravanti, l’essence de térébenthine, etc. Les frictions sèches avec le gant de crins pourront être essayées et réussiront chez les enfants qui ne sont pas trop nerveux et trop excitables.

Le massage et l’électrothérapie conviennent à ceux qui ont beaucoup d’impotence et dont les muscles semblent atrophiés.

On n’aura recours à la chirurgie qu’en dernier ressort, après avoir épuisé toute la série des traitements médicaux.

Le redressement manuel des déviations et en particulier du genu valgum n'est applicable qu’aux enfants très jeunes; plus tard, c’est à l’ostéclasie avec appareils qu’on donnera la préférence,

Il faut peu compter sur l’efficacité des appareils orthopédiques.

En résumé, l’huile de morue pure ou phosphorée, les bains de mer ou les bains salés, les préparations phosphatées, une bonne hygiène, assurent la guérison de la plupart des rachitiques.

Préface Def jn

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