CHAPITRE PREMIER
HISTORIQUE
Sommaire : Au milieu du xvu" siècle, première description du rachitisme. — Ancienneté plus grande do la maladie. — Synonymie (iîorbus Anglicus , Rickets, Rachilis, Chartres , Articuli duplicati, Doppel joints, Doppelte Glieder, Noaures). — Travaux des auteurs du xvin 0 siècle. — Anatomie pathologique faite par les savants du xix a siècle. — Tentative de l’arrot pour rayer le rachitisme du cadre nosologique et le confondre dans la syphilis héréditaire.
Si l’histoire du Rachitisme ne date que du xvu e siècle, exactement de 1650, époque à laquelle parut le mémorable traité de Glisson 1 , il n’est pas probable que la maladie fût nouvelle, et que l’Angleterre ait été son berceau.
Glisson, d’après les témoignages recueillis auprès des médecins anglais, fait apparaître le rachitisme, de 1612
1. Cet ouvrage, auquel ont collaboré les D” Bâte et Regemorter, co-rapporteurs de la commission de 8 membres nommée par le collège des médecins de Londres, a pour titre : « De rachitide, traclatus opéra primo acpotissimum Glissonii conscriptus, adscilis in operis societatem Bâte et Regemorter, LondinilSbO». D’après Trousseau, il y aurait eu, avant 1650, une première édition de ce livre remontant à deux ou trois ans à peine ; mais cette édition est inconnue de la plupart des médecins.
à 1620, dans les comtés de Sommerset et de Dorset, pour s’étendre ensuite à toute l’Angleterre. Je n’irai pas chercher, dans Hippocrate, la preuve de l’antiquité du rachitisme 1 : le père de la médecine n’a pas donné de description suffisante de la maladie; ses successeurs ont imité son silence. Mais il existe une foule de maladies, dont l’apparition n’est pas moderne, quoique leur description le soit bien, et l’argument qui fait dater le rachitisme de l’admirable description symptomatique de Glisson ne me paraît pas valable.
Ou conçoit la possibilité, pour certaines espèces morbides, de changements considérables dans le temps et dans l’espace.
La peste, qui ravageait l’Europe au moyen âge et au commencement des temps modernes, y est inconnue aujourd’hui. Par contre le choléra.n’a fait son apparition en Europe qu’au xix e siècle.
La lèpre, universelle autrefois, reste actuellement cantonnée dans quelques contrées du monde civilisé. La syphilis, peut-être absente, tout au moins rare dans l’antiquité, n’a fait explosion dans l’ancien monde qu’à la fin du xv e siècle.
D'autres maladies, qui nous déciment encore, la variole, la fièvre typhoïde, sont appelées à disparaître devant les progrès de l’hygiène.