Le radium, sa préparation et ses propriétés
Dans l'une de ces réunions intimes auxquelles le Génie Civil convie les membres de son Comité supérieur de rédaction, et où nous signalons les travaux que chacun de nous observe à l'entour de lui, j'ai rappelé les découvertes faites par M. et M""^ Curie dans les laboratoires de l'École de Physique et de Chimie industrielles delà Ville de Paris. J'ai fait connaître les patientes recherches auxquelles nous assistons depuis plusieurs années, et leur importance non seulement au point de vue de la physique et de la chimie, mais encore au point de vue de nos conceptions philosophiques sur la nature de la matière et sur l'énergie.
On m'a demandé, à la suite de cette communication, si je ne pourrais pas obtenir de M. Curie ou de l'un de ses collaborateurs un exposé destiné à mettre les lecteurs du Génie Civil au courant de ces remarquables recherches. M. Curie, trop absorbé par ses travaux de laboratoire, a confié à M. Dan ne le soin de rédiger cette notice qu'il a revue lui-même et dont nous avons eu le plaisir de donner la primeur aux lecteurs du Gériie Civil.
M. Daiine, qui remplit auprès de M. Curie les fonctions de préparateur est un de nos plus brillants élèves; le poste qu'il occupe l'a mis en situation de traiter ce sujet avec une très grande compétence, et d'exposer la genèse de la découverte de M. et M'"*" Curie, les résultats scientifiques actuellement acquis, ainsi que les conséquences qu'on en peut tirer.
Les publications qui ont été faites depuis l'attribution du prix Nobel rendaient nécessaire une mise au point de la question: à lire ces comptes rendus plus ou moins fantaisistes, il est impossible au public de soupçonner la somme de travail, la patience, la hauteur de vues qu'ont exigées ces recherches, et que, depuis des années je constate avec une joie légitime pour notre École et pour la France, en suivant les travaux de notre illustre professeur et de sa femme. Sans doute, depuis ces quatre dernières années, le monde scientifique connaissait l'importance des découvertes qui se poursuivaient rue Lhomond; elles avaient été exposées à plusieurs reprises dans des réunions savantes, mais la modestie de leurs auteurs avait laissé le grand public français dans l'ignorance, et ce n'est que lorqu'il a vu de quelles récompenses elles étaient l'objet, qu'il a compris la grandeur de l'œuvre de nos compatriotes. On sait en effet, que M. et M"'^ Curie ont été appelés à partager, avec M. H. Becquerel, le prix Nobel pour la Physique, et que M. Curie avait reçu, peu de temps avant, la médaille Davy qui est la plus haute récompense dont dispose la Société royale de Londres. L'Académie des Sciences
avait d'ailleurs reconnu en 1901 et en 1902 l'intérêt des découvertes de M. et M""^ Curie en leur attribuant les prix La Caze et Debrousse. Nous sommes fiers de voir aujourd'hui leur mérite reconnu, et le directeur de l'École est heureux de contribuer à mettre en lumière les recherches qu'il a vu s'y développer.
Le travail de M. Danne que nous présentons au public est le résumé de Vélat actuel de nos connaissances sur les propriétés des sels de radium ; seuls y sont mentionnés les faits définitivement acquis à la Science.
L'auteur a divisé son exposé en plusieurs chapitres distincts : il présente d'abord l'historique de la découverte, fait connaître ensuite le mode d'extraction et la préparation des sels de radium, en entrant dans des détails précis non publiés jusqu'ici, puis il étudie leurs propriétés caractéristiques, leur rayonnement et les effets qu'il produit, leur action physiologique si intéressante et qui permet de prévoir des résultats de la plus haute importance dans la thérapeutique. Enfin il traite de la radioactivité induite et de sa production, et il termine par l'examen des diverses hypothèses mises en avant pour expliquer les phénomènes constatés qui paraissent en contradiction avec les lois généralement admises de la physique et de la chimie; tous ces faits, on le sait, préoccupent au plus haut point, le monde scientifique entier.
M. Danne a dû entrer, pour certaines parties de son travail, dans des détails un peu ardus, indispensables cependant pour la compréhension de questions aussi déli-
catesj ces détails exposés avec netteté permettront, aux chimistes surtout, de lire avec fruit ces parties techniques. Quant aux parties relatives aux propriétés et aux applications des sels de radium, elles sont d'un intérêt captivant et ne manqueront pas de frapper vivement tous les lecteurs de cette étude.
Charles Lauth,
Directeur de VÉcole de Physique et de Chimie industrielles de la Ville de Paris.