HISTORIQUE
La découverte des phénomènes de la radioactivité se rattache aux recherches poursuivies, depuis la découverte des rayons de Rôntgen, sur les effets photographiques des substances phosphorescentes et fluorescentes. La connaissance des propriétés des rayons de Rôntgen a, en effet, engagé divers savants à rechercher si la propriété d'émettre des rayons très pénétrants n'était pas intimement liée à la phosphorescence.
En 1896, M. H. Becquerel, en étudiant les rayons émis par les corps phosphorescents, observa que, parmi eux, les sels d'uranium étaient la source de radiations spéciales ayant de grandes analogies avec les rayons de Rôntgen et les rayons cathodiques. Cette émission de rayons ne puisant pas son énergie, au moins d'une façon apparente, dans l'absorption préalable de rayons calorifiques, lumineux, ultraviolets, cathodiques ou de Rôntgen, on se trouvait là en présence d'un phénomène absolument nouveau, bien différent de la phosphorescence et de la fluorescence, puisque dans ces dernières la matière ne se comporte que comme un transformateur de rayons de courtes longueurs d'onde en rayons de longueurs d'onde plus grandes.
L'uranium métallique et ses composés ont la propriété d'émettre ces rayons d'une façon spontanée et continue.
Ces nouveaux rayons impressionnent les plaques photographiques à l'abri de la lumière; ils peuvent traverser toutes les substances solides, liquides et gazeuses, à condition que l'épaisseur en soit suflî-
samment faible; en traversant les gaz, ils les rendent faiblement conducteurs de l'électricité.
En 1898, M. Schmidt et M'"^ Curie trouvèrent, séparément, que le thorium jouit de propriétés analogues. M"^ Curie donna le nom de substances radioactives aux corps tels que l'uranium et le thorium, et appela rayons de Becquerel les rayons qu'elles émettent spontanément. ]yjme Curie, reprenant les études de M. Becquerel, confirmait, en outre, l'hypothèse émise quelques années auparavant par ce savant, que la radioactivité des composés d'uranium et de thorium se présente comme une propriété atomique. Les phénomènes observés ne dépendent, en effet, que de l'élément uranium ou thorium contenu dans le composé.
Au cours de ses recherches, M°^^ Curie remarqua que certains composés naturels présentaient une activité tout à fait en désaccord avec les résultats précédents. Ainsi la pechblende (minerai d'oxyde d'uranium) se montrait quatre fois plus active que l'uranium métallique; la chalcolite (phosphate cristallisé de cuivre et d'uranium) était deux fois plus active que l'uranium.
Or, d'après les considérations énoncées plus haut, accordant à la radioactivité le caractère de propriété atomique, aucune de ces substances n'aurait dû se montrer plus active que l'uranium. D'autre part une chalcolite préparée artificiellement par la méthode de Debray, au moyen de produits purs, ne possédait qu'une activité normale deux fois et demie plus faible que celle de l'uranium métallique.
L'excès d'activité mis en évidence dans ces minéraux ne pouvait donc être dû qu'à la présence d'une petite quantité de matière fortement radioactive, différente de l'uranium, du thorium et des corps simples alors connus. On a pu résoudre le problème en faisant l'analyse de la pechblende par voie humide et en mesurant la radioactivité de tous les produits obtenus. Et en 1900, M. et M"e Curie, après un travail long, pénible et coûteux, découvraient deux éléments nouveaux un million de fois plus actifs que l'uranium : le polonium, corps voisin du bismuth, et le radium, corps voisin du baryum. Depuis, M. Debierne a séparé Vactinium, substance radioactive nouvelle, appartenant au groupe des terres rares.
Le radium constitue un élément nouveau; il a été obtenu à l'état de sel pur, et a puissamment contribué au développement de l'étude
des phénomènes de la radioactivité. C'est lui seul qui fera l'objet de la présente étude.
La découverte du poloniuna, du radium et les nombreuses recherches effectuées sur ces substances ont été faites par M. et M'"*^ Curie, dans leur laboratoire de l'École de Physique et de Chimie industrielles de la Ville de Paris, grâce à la bienveillante hospitalité accordée à M"^^ Curie par M. Schiitzenberger, le regretté directeur de cette école, et par M. Lauth, l'éminent directeur actuel.