ROMANCE
Crétinval En ce bas monde, on ne fait que passer, Puis il faut tout laisser.
On aime, on est aimé Et tout de suite Il faut que l’on se quitte.
Puisqu’un hasard a croisé nos chemins, Pourquoi ne pas aussi croiser nos mains ?
Puisqu’il nous faut passer, passons moins vite, Vivons un peu, nous partirons ensuite, Je vous fais pe 1 voit ça dans vos yeux.
Ne craignez rien, madame, je suis vieux.
À mon âge, on n'est pas bien dangereux...
Quand méme un pas pourrait nous rendre heureux, Nous ne nous risquons guère
A passer la frontière.
No 12 ROMANCE Bloffard
“'ouvenez-vous Des jours si doux Où nous promenions nos rêves Par les champs et par les grèves.
Nous regardions émerveillés Trembler la lune sur les blés :
La brise y dessinait des ombres...
Ces souvenirs s’en sont allés, Avec les r abres dans les blés, Puis sont arrivés les jours sombres.
Souvenez-vou; Des jours si doux Où nous promenions nos rêves Par les champs et par les grèves.
Cora
Souvenez-vous
Des aveux fous
Que votre ardente jeunesse Arrachait à ma tendresse, L'imprudence de mes quinze ans Allait jeter à tous les vents L'atrour dcit mon âme était pleine.
Ces souvenirs, depuis longtemps, Sont partis sur l'aile des vents Et, comme c:1*+, perdus dans la plaîne.
Souvetiez-vous
Des aveux fous Que votre ardente jeunesse Arrachait à ma tendresse.
(!ls reprennent ensemble le refrain)
No 13
Li-Fou-Tché-Nou
Rabkar, l'ombre de vos aïeux Demande une vengeance ;
Civa, dévastatrice essence,
A frémi de colère au fond des cieux !
La pierre sanglante
Où luit le couchant
Rendait plus vaillante
La main du rajah puissant.
Source de lumière,
Avant que vous fussiez né,
Elle avait donné
La sagesse à votre père.
Dans son passé vivait votre avenir.
Vous avez méprisé ce souvenir, Vous mourrez, prince !
Bloffard Ah ! mince !
Choeur
Non, non, monsieur du Chinois, Ne vous fourrez pas les doigts Où vous n'avez pas d'affaire ; Remisez pour cette fois
Vos talents d'apothicaire.
Li-Fou-Tché-Nou
Il faut obéir aux lois, Même quand on est Chinois.
Choeur Non, non, monsieur du Chinois, etc.
Vivre ne m'est plus qu’un poids !
Je ferai ce que je dois.
Choeur Non, non, monsieur du Chinois, etc. Lolila
Non, vivez ! Et vous arrière, Ridicule apothicaire.
Sachez, monsieur, que les rois
Sont à l'abri de vos lois.
Li-Fou-Tché-Nou
Il faut obéir aux lois, etc.
Choeur
Non, non, monsieur du Chinois, etc.
No 14
Cocur La Palice n'eüt pas mieux dit, Méme un quart d'heure avant sa perte.
Eût-on cru tronver tant d'esprit Sous ce front que le poil déserte ?
Dites donc, monsieur Panachoux, Dans.yotre sac plein de mystère,
Vous reste-t-il de ces bijoux De sagesse extraordinaire ?
Panachou.
On devrait bien rester chez soi, Quand on est dans de tell's déveines.
Chez nous, tout est tranquille, et savez-vous pour- [quoi ?
Parce‘qu'y a d'la police à Varennes !
(Le choeur reprend le refrain)
Fin du 1er acte.
PAC HEUPPS
is Jar)
DEUXIEME ACTE No 1:
Les Hindoues
Nous sommes les fleurs jolies, Les petites fleurs pâlies Du clair Orient.
Fleurs d'amour et de jeunesse Que le soleil d’or caresse En leur souriant.
Sous son enveloppe frêle, Notre âme, frèle comme elle, Semble sommeiller, Mais parfois la fleur se dresse, Et, tel le mimosa, blesse Qui l'ose éveiller.
Lolila
Astre qui jamais ne s'éteint,
Notre amour voudrait toujours vivre.
Seul l'éternel amour l’enivre £
Sa nuit veut être sans matin.
Quand la fin clôt notre paupière,
Il y reste un sourire encor,
Sourire oublié par la mort,
Dernier reflet, lueur dernière
De l'amour sur la terre.
Les hindoues et les autres Personnages reprennent le choeur.
No 2 “La légende de la Princesse aux roses” LE RAJAH
Voilà mille ans,
Au temps des Cendrillons et des Princes Charmants, Une princesse,
Belle comme le jour, se mourait de tristesse. Tout était mort
Dans son jardin : les roses, les lis, les fleurs d’or. Par un soir pâle,
Un soir troublant d'automne, aux nuances d’opale,
Un prince vint Qui, sans parler, de la princesse prit la main. Leurs lèvres closes, S'ouvrant pour les baisers, firent tomber des roses Dans le jardin.
Il en tomba toute la nuit. Or, le matin, De sa tristesse Les fleurs avaient guéri la petite princesse. Ce sont aussi des baisers Que ces roses voudraient être. Sur vos beaux yeux abaissés, Elles voudraient aller mettre Leurs enivrantes senteurs.
Car elles savent, les fleurs, Avec des langueurs de rève, Obtenir quelquefois trève Aux rigueurs des coeurs froissés :
Ce sont aussi des baisers.
Lolila et les Hindoues
Ce sont aussi des baisers, etc.
No 3 ROMANCE Cora
ler Couplet it le Croyez-vous la femme semblable À ce mystérieux rocher Qui, dans l'immense mer de sable, Semble toujours interroger ?
Oh ! non, sa dédaigneuse lèvre, Vous la verrez frémir un jour, Quand la brülera cette fièvre :
L'amour !
, Ile Couplet Croyez-vous qu'une âme de femme Soit toujours comme un lac profond
Que même l'ouragan qui clame Ne peut remuer jusqu’au fond ?
Non ! l'âme qu'on croit impassible
Vibre, elle aussi, quand vient son jour,
Quand souïfle ce vent invincible :
L'amour !
Chocur des recnants
Oui, nous sommes des revenants,
Des vrais—espèce des plus détestables— Quand même on nous envoie à tous les diables. Nous revenons à tous moments.
Nous sortons tout droit de l'enfer,
Le pire des fours crématoires :
Ce lieu si chaud, mème en hiver,
Est tapissé de billets promissoires.
On y voit des tas de papiers
Ornés de mainte signature Qu'arrachèrent les créanciers
Aux dériards de toute nature.
Le véritable enfer, c'est ça,
Et les véritables fantômes
Sont les créanciers qui sortent de là Pour venir tourmenter les hommes.
Reprise : Oui, nous sornnes des revenants.
Choeur
Tu dois de toutes parts, Tu dois dans tous les bars, Tu dois à ton bottier,
Tu dois à ton cocher,
Tu dois à ton tailleur,
Tu dois à ton coiffeur,
Tu dois à tes amis,
Et peut-être à tes ennemis.
Un des démons
C'est le roi des tapeurs,
Il ne se fait jamais de bile, Toujours il trouve des prêteurs, A les rouler il est habile.
Il emberlificote le gogo,
Il le fascine, il vous l’avale, Comme un boa ferait d'un veau, Puis, le bon apôtre, il détale.
Chocur C'est le roi des tapeurs, etc.
Cora Qu'allez vous faire ?
En Bloffard Tiens, toujours là ?
Cora Cela vous gêne ?
Bloffard
Au contraire ! Restez, vous m'inspirez, Cora, Ce que je dois répondre à tous ces démons-là.
Vous manquez de manières,
Messieurs mes créanciers.
Vient-on parler d’affaires
Quand il s'agit d'amour et de baisers.
L'amour est chose très fugace,
Il faut le prendre quand il passe ;
Mais vous, revenants, qui pouvez revenir, Revenez tant que ça vous fera plaisir !
Créanciers
Nous manquons de manières,
C'est vrai, mais, créanciers,
Nous prisons les affaires
Au-dessus de l'amour et des baisers.
L'argent est chose bien fugace,
Il faut le prendre quand il passe.
Mais nous, revenants, qui pouvons revenir, Nous reviendrons...
Tant que ça nous fera plaisir...
Reprise : Oui, nous sommes des revenants, ete.
No 4 RECITATION RONDEL DES MOIXES Mélinite
Les moines boiteux, les trois frères, Ont voulu monter à la tour,
Les moines au nez de vautour,
Pour voir les nonnes solitaires.
Sur leurs pieds de bois faits au tour, —T'els des chandeliers funéraires— Les moines boiteux, les trois frères, Ont voulu monter à la tour
Voir les belles vierges austères
Dont la guimpe est le seul atour.
Puis, l'âme boiteuse à son tour,
Ils ont fui vers leurs monastères,
Les moines boiteux, les trois frères !.....
Récitation FU ME DIRAIS Archibald Neverscoop
Tu me dirais des choses abraca labrantes,
Que tes sanglots sont gais, et mes farces navrantes
Tu me dirais que le pôle est à l'équateur,
Que ce vieux bloc de glace y crève de chaleur,
Que ses icebergs d'opéra-comique fondent
Pendant qu'à le découvrir les gens se morfondent.... Je te croirais.
Tu me dirais que LaFontaine est un fumiste,
Que sa grenouille est un conte de faux-buliste,
Oue c'est plutôt le boeuf qui se ft tout petit,
Ét que ce fut pour la séduire qu'il le fit ;
Qu'un autre boeuf en eût fait autant à sa place,
Puisque, après tout, il faut que génisse se passe..... Je te croirais.
Tu me dirais que ces vers emhaument fa prose,
Que monsieur Jourdain eut pu les pondre—et pour [ cause—
Tu me dirais que l'amour n'est pas un vain mot,
Mais que c’est la vertu qui s'fout’ du populo :
Tu me dirais, avec une voix qui larmoie :
Je suis ton chien, mon âme à Dieu, mon coeur aboie....
Je te croirais.
Tu me dirais qu’on a retrouvé sur la tête
De Roosevelt la tarasconnante casquette
Qui servait de gibier au chasseur Tartarin ;
Tu me dirais que Clémenceau chante au lutrin,
Et le Tzar dans le grand sextuor de Russie,
Que l’âme militaire en France est rétrécie,
Qu'’à l'aviation la France s'est jetée
Afin de conserver son nom de filie ailée
De l'Eglise... ..Tu me dirais que le biplan,
Le monoplar, le quadruplan, le multiplan
Avant longtemps supplanteront le....rrrrrataplan,
Je re te croirais pas.
No 5 TRIO Panachoux
Qu'elle est belle ta chevelure !
Je connais dans mon potager, Maint légume dont la pelure
Ne saurait l'approcher.
Ce petit changement, ma belle,
A mes yeux t’embellit encor ;
Car à mon vieux coeur il rappelle Celle qui le faisait battre si fort.
Cora
Si ma tête n'est plus d’ébène,
Si les blés lui prêtent leurs ors,
Mon âme, elle, est aussi sereine :
On peut se faire blonde sans remords.
Bloffard
Dis-mai quel moissonneur d’un divin messidor — Pardon de la réminiscer :—
Jeta par négligence Dans ton noir firmament cette faucille d’or.
Je t’aimais brune, et je t'adore blonde.
Etre les deux, C'est merveilleux, C'est faire mieux, Mieux que la plus belle fille du monde.
No 6 Li-Fou-Tché-Nou
Hier, voyant une hirondelle, Un’ fringal' du diable m’a pris.
Mon coeur a volé d’un coup d’aile Au pays où l’on mang’ des nids.
Dites, savez-vous sur la terre Quelque chose de plus gentil, De plus gentil qu’un petit nid, Surtout s’il est alimentaire ?
Ici, ma foi, vous n’savez pas manger, Vos sauces ne sont pas bien fortes ; Vous n’y mettez ni vers, ni ch'nill’s, ni cloportes ; Aussi ça m'dégoût’ de voyager.
Refrain :
Je veux revoir ma Chine,
Ma chèr’ Chin’, ma chèr’ Chin’, ma chèr’ Chine Ma Chine, Ma Chine !
Bloffard Tu veux revoir ta Chine, Ta chèr’ Chin’, ta chèr’ Chin’
Eh ! bien, fais machine en arrière, machine,
Machine, machine !
(Le choeur reprend le refrain)
No 7 Choeur
Quelle grande âme. et quel grand coeur !
Quelle bonté sublime !
Jamais conquérant ni vainqueur
Ne dut être aussi magnanime !
Honneur à toi qui sus Sans crainte d'une tache ardue, Cultiver en méme temps la laitue La laitue et les vertus.
Cet homme est admirable, Cet homme est estimable.
Toute l’antiquité Semble terne à côté De cet homme estimable De cet homme admirable.
Enfoncé Diogène !
Quand on est de Varenne, Ce n’est guère banal D'éteindre son fanal Au sieur de Diogène, Quand on est de Varenne.
Reprise : Quelle grande âme, etc.