‹ Le réalisme du romantismeChapitre 128 sur 211 · La Vie intérieure · texte numérisé non relu

La Vie intérieure

traduit ce qu'ont de généralement humain les souffrances du doute, il dira, dans la Grande Ourse :

Ta précise lenteur et ta froide lumière Déconcertent la foi; c'est toi qui la première M'as fait examiner ma prière du soir '.

Bien souvent les idées et les sentiments qu'exprime Sully Prudhomme dénotent je ne sais quelle délicatesse mièvre et recherchée. Il voudrait savoir d'où proviennent les « joies sans causes » :

C'est peut-être un bonheur ignoré qui voyage,

Et, se trompant de cœur, ne nous luit qu'un moment 2.

Devant les stalactites d'une grotte, il pense aux âmes dans lesquelles dorment des amours anciennes :

Toutes les larmes sont figées; Quelque chose y pleure toujours 3.

Quand il croit aimer, quand les pleurs lui montent aux yeux, pourquoi nose-t-il rien dire?

J'ai peur, en sentant que je l'aime,

De mal sentir; Dans mes yeux une larme même

Pourrait mentir 4.

Partout ce sont chez lui des impressions rares, des tristesses ou des inquiétudes d'une susceptibilité maladive. Chez ses aînés, la poésie s'étalait en larges nappes ; elle se divise chez Sully Prudhomme en mille filets ténus et subtils.

Comparant le moi des romantiques à celui des

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