I, I, ix
j'aimerais mieux dire que ce sont les parnassiens. Ce n'est ni Lamartine, ni Victor Hugo, ni Musset, ni même Vigny; ce sont les Leconte de Lisle et les Sully Prudhomme, qu'on leur oppose pourtant comme réalistes.
Y a-t-il rien de si peu commun que le moi de Leconte de Lisle? Cette révolte contre la honte de vivre, contre l'horreur d'être un homme, ces appels au néant, cette crainte que la mort elle-même ne soit une dernière illusion, voilà de quoi procède son lyrisme. Et ses plus beaux poèmes, ceux où il se représente tantôt enviant le repos de la tombe et tantôt entendant rugir, dans l'infini des temps, la vie éternelle, combien d'entre nous sont vraiment sensibles, le sont personnellement, à l'émotion qui les inspire? Leconte de Lisle méprisa le « siècle assassin » ; il fit de son âme un sanctuaire inaccessible, et ne montra guère de lui que ce qui le rend différent des autres.
Sully Prudhomme commence son premier recueil en se plaignant que tout soit dit. Il répétera donc les romantiques. Mais il les répétera avec plus de curiosité l. Tandis que Victor Hugo, Lamartine et Alfred de Musset avaient célébré en vers magnifiques l'espoir d'une vie future, il écrit la petite pièce des Yeux :
Bleus ou noirs, tous aimés, tous beaux, Ouverts à quelque immense aurore, De l'autre côté des tombeaux Les yeux qu'on ferme voient encore 2.
Tandis que la plupart des romantiques avaient
1. Cf. Jules Lemaltre, les Contemporains, t. I, p. 37 et suiv.