Préface de la pièce
LES GENRES LITTÉRAIRES. 20b
contre toute tentative de renouveler le genre dramatique, d'y introduire un peu de réalité vivante, retardèrent pendant cinquante ans la réforme nécessaire. Lorsque Pierre Lebrun donna sa Marie Stuart, en 1820, on lui reprocha de transporter la scène, qui se passe durant les cinq actes à Fotheringay, d'une salle de ce château dans une autre. Alfred de Vigny fait jouer en 1829 le More de Venise; malgré les changements et les retranchements qu'y a subis le drame de Shakespeare, la représentation est, à chaque instant, interrompue par des sifflets; ce fut, dit-il, « un scandale qui eût été moins grand, si le More eût profané une église 1 ». Quand Hernani, quelques mois après, inaugure la dramaturgie nouvelle, l'accueil qu'il reçoit montre assez combien les préjugés restent encore tenaces. Victor Hugo pourtant ne mit pas sa pièce à la scène telle qu'il l'avait écrite : il supprima des « développements de passion », des « détails de mœurs », des « saillies de caractère », en attendant le jour où les progrès du public lui permettraient de les rétablir 2. Hernani n'en déchaîna pas moins un violent tumulte. On protesta contre la transgression des unités de temps et de lieu. On ne put souffrir que don Carlos demandât : « Est-il minuit? » et qu'un de ses courtisans lui répondît : « Minuit bientôt3 ». On se plaignit que le dernier acte « commençât dans les féeries d'un bal de l'Opéra » et qu'il « finît sur un