Discours du Poème dramatique
toriser dans ses ouvrages « les choses passant la croyance ». Il déclare en termes exprès que « le sujet d'une belle tragédie doit n'être pas vraisemblable1 ». Plus une tragédie « étonne » les auditeurs, plus elle lui paraît belle.
On objectera sans doute que Corneille n'appartient point à la génération proprement classique; on alléguera que Racine, attaqué par les Saint- Évremond et les Fontenelle comme rabaissant l'idéal de la tragédie, lui reproche de « s'écarter du naturel2 ». Racine est-il donc plus réaliste? Il l'est certainement, à considérer ses sujets et ses personnages, « pris, selon le mot de La Bruyère, dans le bon sens, dans la nature3 ». Mais ce qui le rend encore moins réaliste que son devancier, c'est le souci de la noblesse tragique.
Rappelons seulement de quelle manière il imite Euripide; un ou deux exemples suffiront pour montrer à quel point il pousse ses scrupules.
Euripide fait raconter la mort d'Hippolyte par un esclave; cet esclave, palefrenier du jeune prince, n'omet aucune des circonstances qui ont dû particulièrement l'intéresser ou le frapper; il parle le langage de son état; il exprime sa douleur avec une naïveté toute populaire. Chez Racine, Théramène est, non pas un palefrenier, mais le gouverneur d'Hippolyte; il ne rapporte de la catastrophe que ce qu'il peut tourner en vers harmonieux; et, quand ses larmes coulent malgré lui, il s'excuse de manquer aux devoirs d'un sujet.
Semblablement, Ylphigénie grecque nous met