‹ Le réalisme du romantismeChapitre 211 sur 211 · Cf. p. 53 et suiv · texte numérisé non relu

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ne l'accommode pas à son moi sensible, à son tempérament individuel, il l'assujettit à la raison. Nos grands classiques avaient trop de génie pour adopter sans restrictions cette discipline, qui, exactement suivie, abolirait complètement l'art et ne pourrait d'ailleurs se concilier avec la représentation vivante des choses et des êtres; mais les « modernes » du xviir siècle et même du xvne, chez lesquels l'intelligence prévaut sur la sensibilité, sur l'imagination, sur le goût, conçoivent la littérature comme quelque chose de purement logique. Charles Perrault ne va-t-il pas jusqu'à dire qu'on juge mieux d'un auteur grec ou latin dans une traduction, et Lamotte, que, si l'on veut bien apprécier la valeur d'un poème, on doit prendre la précaution de le mettre en prose '?

Le naturalisme du xixe siècle, qui s'accorde par certains côtés avec le classicisme, en diffère par des côtés essentiels. Et cette différence provient de ce qu'il assimile la littérature aux sciences positives.

En vertu de cette assimilation, il ne représente point la nature rationnelle, il représente la nature réelle. Et ici nous retrouvons la théorie des romantiques, telle que la préface de Cromwell l'expose. Les classiques proscrivaient de l'art ce qui, dans la nature, ne leur semblait pas « raisonnable » : avant les naturalistes, les romantiques y ont admis la nature tout entière. Dira-t-on que les romantiques l'ont modifiée en y ajoutant chacun son moi sensible? Mais les naturalistes ne la modifient

1 . Voltaire, comme Lamotte, a souvent préconisé cette méthode d'ailleurs bien « philosophique ».

LE ROMANTISME DAMS LA SECONDE MOITIE DU XIXe S. 313

guère moins ; et même, nous venons de voir que, d'après leur chef, le génie des grands écrivains se reconnaît à l'empreinte dont il la marque.

Les théoriciens du naturalisme prétendaient cependant que le romantisme avait seulement « déblayé le terrain1 » pour ses successeurs. Et, d'autre part, presque tous les critiques modernes le réduisent aux déviations de la subjectivité. Après avoir étudié son esthétique générale et son œuvre, après l'avoir comparé avec l'école qui le précéda et celle qui le remplaça, peut-être sommes-nous en droit de conclure que, s'opposant au classicisme comme réaliste et naturaliste, il implique déjà et renferme tous les éléments du Réalisme et du Naturalisme.

1. Cf. en particulier Zola, le Naturalisme au Théâtre, p. 7, 9, etc.

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