‹ Le recensement canadien de 1891 [microforme]Chapitre 3 sur 19 · FE A · texte numérisé non relu

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rejoints de temps en temps par quelques-uns de leurs compatriotes dispersés. Les premières années furent dures, en 1831 ils n'étaient pas 500 ; mais ils s’y développérent si bien qu'en 1871 on en comptait sur cette côte 1.667 ; en 188! leur nombre s'élevait 1.966, dont 1.600 dans les deux principaux villages.

Cette colonie ainsi que celle de Cheticamp, dans le comté d'Inverness, compte parmi les paroisses acadiennes les mieux conservées; elle s'accroit de jour en jour et devait certes dépasser 2,500 habitants en 1891. Cependant quelle que fut la bonne tenue et la bonne union qui régna parmi ces familles au sein de leur isolement, les agents de M. Johnson sont parvenus, sous divers prétextes. à n'en enregistrer que 652 comme Acadiens ; pour nous, nous croyons rester beaucoup au-dessous de la vérité en ne les portant que pour 2.000 sur toute la côte qui court au nord-est, depuis Darmouth jusqu'au comté de Guysborough.

Le sud-ouest du comté d’Halifax offre U1 groupe acadien d’un genre tout particulier, sur lequel il est nécessaire d'arrêter un instant notre attention : cette partie du comté d'Halifax à laquelle il faut joindre les comtés de Lunembourg. de Queen's et de Shelburne qui se suivent jusqu’au cap Sable, renferment le pays que. du temps des Français, on appelait le quartier de la Hére; il y était toujours resté, même après l’établissement définitif de Port-Royal en 1649, un certain nombre de familles françaises. Plusieurs des proscrits de 175:5 se réfugièrent parmi elles, et tous ensemble vécurent à l'abri dans les forêts de l’intérieur avec les sauvages, comme avait fait le fils de Poutrincourt avec ses compagnons, en 1615, après l'invasion et le pillage d’Argall. Comme eux. ils y vécurent de longues années à force de persévérance et d'énergie: ce serait une histoire très curieuse à étudier et à raconter!

Quoi qu’il en soit ils demeurèrent dans ces retraites sauvages dans un tel état d'isolement, jusque dans les premières années de ce siècle, que les autres Acadiens eux-mêmes les perdirent de vue; ils devinrent ignorés du reste du monde.

L'abbé Maillard fut peut-être le dernier missionnaire qui ait pu entretenir quelque relation de religion avec eux. M. l’abbé Lartigue, envoyé par l’évèque de Québec pour parcourir les paroisses acadiennes, en 4803, fait mention dans son rapport de quelques familles acadiennes qui vivaient au sud-ouest d’Halifax, du côté de Prospect. Depuis lors on n’entendit plus parler de ces réfugiés, jusqu'aux premiers recensements

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de la Nouvelle-Écosse de 1827 à 1837; ils avaient alors pour la plupart perdu les traces de la foi catholique, et probablement de leur langue maternelle, mais ils avaient conservé la tradition et l'amour de leur origine. Ils se réclamèrent de leur qualité de Français, et se firent inscrire comme tels sur les registres du recensement en 1871. Ils en agirent ainsi par leur propre spontanéité, car personne dans cette contrée ne s’intéressait à leurs vieilles traditions, et dans tout le reste de la Nouvelle-Écosse, personne, même les autres Acadiens, ne soupçonnait leur histoire ni même leur existence.

En 1871, ils étaient 3.000; en 1881 leur déclaration s'élève à 3.664, ce qui nous montre combien ces déclarations étaient tout à fait spontanées; à chaque recensement, en effet, l'accroissement de leur nombre est supérieur à celui de l'accroissement naturel. Pourquoi ? parce qu'à chaque recensement, de nouvelles familles viennent se joindre aux autres, après s'être tenues à l’écart au premier abord.

Peut-être en 1891 en aurait-on trouvé plus de 4.000, si Johnson le statisticien n'y eût mis bon ordre : dans son recensement, les trois comtés de Shelburne, Queen's et Lunembourg, ne contiennent que 45 Acadiens, et dans le sud-ouest du comté d'Halifax il e à désigne 5. Voici donc que # districts : Halifax-ouest, Lunembourg, Queen's et Shelburne, qui comptaient ensemble, en 1881, un total de 4.000 Acadiens environ, n’en contiennent plus aujourd’hui que 50, du moins sur le papier. On a donc supprimé dans ce seul coin de la Nouvcile- Écosse 4.000 Acadiens, c’est-à-dire près de la moitié du déficit que présente le Census de 1891 sur celui de 1881.

Certes ce groupe acadien qui existe dans le sud-est de la province, présente une situation tellement singulière, que l'agent du recensement peut y trouver une excuse, une explication très légitime; cependant pour avoir perdu, par la fatalité des circonstances, leurs croyances religieuses et leur langue originelle, ces réfugiés de la côte de l'Est n’en sont pas moins d’origine acadienne et française; c’est un fait historique qu'ils reconnaissent et dont eux-mêmes ont réclamé la constatation. Le moins que l’on eut dù faire, eùt été de consacrer ce fait historique, en insérant à la suite des deux comtés d’Halifax et de Lunembourg, une note de quelques lignes, mentionnant leur existence, leur progression, et le chiffre présent de leur population. La rédaction de cette note aurait été d'autant plus juste et d'autant plus

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