‹ Le recensement canadien de 1891 [microforme]Chapitre 8 sur 19 · PROVINCE D'ONTARIO · texte numérisé non relu

PROVINCE D'ONTARIO

Cette province, qui est à l’ouest de la précédente, est essentiellement anglaise et protestante. Voici l'état comparé de ses trois derniers recensements :

Population Catholiques Natifs

dé PS Dee d'Angleterre Dates totale catholique anglais français de Québec d'irlande 4 d'écosse 1874 . . . 1.620 851 274.162 198.779 75.383 40.476 153.000 214.869 1881 . . . 1.926.922 320.839 219.695 101.194 59.407 130.094 221.304 189 . . . 2.112.989 358.300 257.177 101.123 58.772 103.986 221.458

au sur 1531 186.067 37.461 91.482 » 8.365 » » Pate sur! SS1 » » » 71 » 26.108 154

Les traits saillants de ce recensement se présentent ainsi :

{° La réduction extraordinaire de ia population ontarienne, dans son accroissement, qui n’est que de 9 0/0, au lieu de la progression sabituelle de 18 et 20 6/0 par décade;

2 La stagnation anorinale de la population canadienne en Ontario : puis 40 ans, elle s’accroissait de 25.000 âmes par décade, elle a acore reçu 18.000 immigrants français depuis 1881, dit M. Johnson { ui-même; or, non seulement elle paraît ne plus s'accroître, mais elle

“werd 71 âmes en 1891;

3 La décroissance de plus en plus grave de l'immigration irlandaise, qui a diminué graduellement de 33 0/0 depuis 20 ans (153.000 natifs l'Irlande en 1871, et 103.000 en 1891) ;

f La progression subite et inexplicable des catholiques anglais d°nt a stagnation est proverbiale, et qui, malgré la décroissance des

tlandais, ont augmenté de 17 0/0 en 1891.

Si on se contentait de constater ces faits bizarres et contradictoires, ä faudrait en conclure qu’il existe un jeu appelé statistique, assez #mblable à la partie de qui-perd-gagne ; de telle façon que moins on

mais dans les autres provinces, ce ralentissement est autrement grave : le progrès

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recevrait d’immigrants, plus on s’accroitrait en nombre! Mais, bien que l’on prétende que nos sociétés modernes contiennent beaucoup plus de toqués qu’autrefois, l'absurde n’a pas encore acquis une telle autorité parmi nous, que l’on puisse accepter de telles aberrations comme des renseignements sérieux. On soupçonne aussitôt que, sous cette apparente réalité, on a fabriqué, par quelques secrètes manœuvres, un état de choses artificiel qui illusionne passagèrement les esprits, comme chez le prestidigitateur Robert-Houdin.

Déjà nous avons signalé quelque chose de semblable, dans les provinces maritimes, et nous allons ici mettre de suite le lecteur en garde contre un procédé très ingénieux mais peu honnête, fort employé en Ontario; c’est un système de statistique par déversement, opéré par le moyen de la colonne Others, et que nous allons décrire. C’est dans les fascicules qui ont préparé le dénombrement que nous avons surpris le jeu de ce mécanisme, lequel, dans le recensement apparent, reste dans

l'ombre toujours comme chez Robert-Houdin; et le nom même n’en É

est pas prononcé :

Le classement des nationalités s’est opéré, en 1891, de la manière M suivante : on a établi pour base du classement une colonne dans F4 laquelle on inscrit les gens qui ne parlent pas l'anglais. Cette base M

est assez singulière, peut-être, mais nous verrons tout à l'heure pourquoi on l’a choisie. Après avoir éliminé, par tous les moyens que les

règlements nouveaux fournissent, à l'arbitraire des recenseurs, tous ceux #4 dont l'anglais est réputé la langue maternelle, on classe dans cette &A

colonne principale tous ceux qui ont été acceptés comme étant not speaking english. Quant à tous les autres, s'ils ne font pas de réclamalions, ils sont inscrits dans une colonne collective et anonyme, sous le terme commun de Ofhers (les autres).

Là ils sont de nouveau remaniés, afin de dresser la série des reli-

gions ; sans bruit, sans étiquette, sans que le public s’en doute, il 3

s'établit, par la force des choses, une section nouvelle qui englobe

tous les catholiques réputés comme speaking english, et qui n'ontli pas réclamé contre ce classement tacite. La collection spéciale desps

catholiques anglais n’est point inscrite en effet, mais ceux qui étu-

dient le recensement sont conduits bien vite à la dégager et à la mettrehs en évidence; on la trouve alors singulièrement gonflée par les Cana-B

diens qui ont été illusionnés, trompés et entraînés; elle comprent

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tous les résidus de l’insouciance, de la négligence, de l'absence, etc., etc., qui ne réclament jamais.

Les recenseurs n'ont pas créé de la sorte un classement raisonnable ; mais ils ont combiné une agglomération artificielle ; aussi, qu’est-il arrivé ? En maint endroit le nombre des catholiques anglais, en 1891, a été si démésurément grossi, tellement disproportionné, avec les recensements précédents, et avec la situation présente, que le doute s'est éveillé immédiatement dans les esprits ; il a été très facile alors de se rendre compte des impossibilités dans lesquelles se trouvait acculé ce système de combinaisons imaginaires.

Bien plus, dès que ces méchantes ruses ont été dévoilées, elles ont fourni des indices révélateurs très compromettants pour la véracité du census; partout où l'on trouvait un accroissement considérable et inattendu de catholiques anglais. on a présumé aussitôt qu’il s'était opéré, en ce lieu, un déversement de catholiques français que l'on avait fait passer pour des Anglais ; on cherchait! et ceux qui étaient au courant de l'histoire et des mœurs de ces populations immigrantes, découvraient presque toujours et assez vite la réalité. De là les réclamations du Nouveau-Brunswick. C'est ainsi que les subtilités frauduleuses se trahissent par l'excès même de leur ingéniosité.

Joignez à ces investigations les plaintes et les réclamations qui surgissaient dans le pays lui-même, les relations des journaux, les correspondances privées. les actes publics, et toutes les fraudes se découvrirent peu à peu ; sans avoir besoin de refaire le recensement, tout le monde put reconnaitre qu'il était faux. Voici ce que l'honorable M. Tassé a pu dire, en 14892, au Parlement canadien sans être démenti :

A quel homme sérieux fera-t-on ervire que la population française d'Ontario, loin d’avoir augmenté dans la dernière décade, à diminué de 71 âmes ? A moins que tous les dénombrements antérieurs ne soient faux, il est impossible qu'il en soit ainsi. En 1851, il y avait 27.424 Canadiens-Français dans Ontario ; 35.676 en 1861 ; — 75.833 en 1871; — 102.743 en 1881.

Nous constatons done ici, au contraire, une pénétration régulière et toujours croissante des Canadiens-Français dans cette province, à tel point qu'il ne s’y trouve pas aujourd'hui un seul comté où on ne rencontre un groupe français.

… C'est un fait indiscutable que l'augmentation de la population catholique dans la puissance est due princpalement à la progression de la race française... En calculant sur le croît des catholiques dans l'Ontario, nous devrions y gagner au moins 25.000 âme, bien loin d’y perdre... Honorables messieurs, la race au nom

de laquelle j'elève la voix ne demande ni faveur ni privilège ; tout ce que nous voulons, c’est justice et franc jeu.

« Aux faits avancés par le sénateur Tassé, dit M. Reclus, nous ajouterons que la paroisse canadienne récemment créée pour Toronto et sa banlieue du comté d’York, qui n’était qu'embryonnaire en 138: compte maintenant plus de 4.000 âmes. De nulle part, pendant ces dix ans, ils n’est venu la nouvelle que des Canadiens aient quitté le pays; au contraire, ils arrivent journellement en grand nombre, principalement le long de la ligne du Pacifique et de ses embranchements ».

Dans l'Ontario, comme dans les provinces maritimes, nous voyons donc, qu’en 1891, le bureau central du recensement a été, dès l’origine, soupçonné et même accusé d’avoir altéré son œuvre, soit par des suggestions propres à préparer les déclarations, soit dans le clas sement et l'interprétation des déclarations elles-mêmes.

Il convient donc, maintenant, de chercher dans le détail même des dénombrements la preuve de cette malveillance que l’ensemble fait présumer tout d’abord.

Cette province d'Ontario présente 4 groupes principaux, où se développe la population française, puis 2 groupes moindres fort isolés de tous les autres. Le tout ensemble contient ‘26 comtés et 4 cités. Le 1 groupe et le plus important, est situé sur la frontière Est de lo province, et se répand sur 10 comtés et 3 cités. Le 2° groupe est établi au centre du pays, sur 6 comtés et 1 cité; son centre est à Hastings. Le 3°, au Nord, dans le pays de Nipissing et de Simcoë, se répand sur 3 comtés. Le 4 a son centre sur la rivière de Détroit d’où il rayonne dans à comtés. Enfin, le 5°, tout à fait au Nord, ne se répand que dans le comté d’Algoma et le 6° a pour siège la ville de Toronto et le comté d’York qui l'entoure. Le reste de la province comprend 23 comtés et 3 cités qui ne renferment que des Canadiens très dispersés ou en fort petit nombre.

Les 5 comtés, et les 2 cités, qui forment les premiers articles du tableau ci-après prêtent peu à la critique; la progression des Canadiens & été s: rapide et si considérable dans cette contrée depuis 30 ans, qu’elle ne pouvait être ni contestée, ni sérieusement amoindrie. Peut-être pourrait-t-on déterminer quelques rectifications assez minces, dont l’ensemble s’éléverait à peine à 7 ou 800 âmes, mais la discussion multiple de

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