RE A
RE MERE RE nn ce CT ŒUNS RP 5 ee
l'erreur dans laquelle est tombé M. Iarvey, justement pour s'être c.atenté de l’usage exclusifet de l'abus de la méthode inductive par rapport à des questions purement de fait. Le pays latin le plus considérable, la France, a depuis quelque temps adopté le systême de la population de fait dans l'énumération quinquennale de sa population. Le pays anglais le plus considérable, sous le double rapport de la population et du territoire, la République des États-Unis fait usage du système de la population de droit:
sur ce point le Manuel américain, conteuiant les instructious pour le Recensement
de 1870, est à peu près semblable à notre |
Manuel de 1871.
J'espère que prur l’avanir M. Harvey demeurera convaincu que l'adoption du systême de droit en Canada n'a rien à faire avec le double fait que M. Dunkin ‘est un “avocat de Québec versé dans la connais- ‘sance du droit Romain,” et que ‘M.
‘“Taché est un Canadien-Français pur sang.”
M. Harvey dit ailleurs :
‘La plupart des énumérations municipales “ dont les chiffres sont connus démontrent que :e ‘“ chiffre du Recensement n’atteint pas celui de la “popuaticn, comme 9n avaitygtout lieu de s'y “attendre de l'application du système de la po- ‘ pulation de droit, mis en œuvre par des gens ‘“ on exercés.”?
Sans donner à ces prétendus rontrôles plus d'importance qu’ils n’en ont, étant des opérations inférieures de tous points à un Recensement régulier, tels qu'ils sont, ceperdant, ils vont à démontrer le contraire de ce que M. Harvey prétend. Les énuméra.
tions waunicipales d’'Ontario (il ne s'en fait point dans les autres provinces) faites quelques semaines avant le jour auquel se rapporte le Recensement,indiquent des chiftres moindres que ceux du Rerensement, et dans presque tous les cas, cet écart en moins est comparativement considérable, Du grand nombre que j'ai moi-même exa.
miné, iln'y a, à ce fait général, qu'une seule exception, s'élevant au chiffre insiguifiant de moins que un par cent, et cela pour une toute petite localité.
Jusqu'ici je n'ai entendu parler qno de deux énumérations faites depuis la publication des chiffres du Re.
censement, énumérations entreprises et exécutées avec l’idée préconçue de révoquer en doute l'exactitude du Recensement, et dans le but avoué de le trouver en défaut, Dans Ontario, la ville de Ste.
Marie, où s’est fait l’un de ces deux prétendus dénombrements, est venue confirmer l'exactitude du dénombrement officiel, d’'autant que le chiffre du Recensement portait la popnlation de cette localité à 3,120 ha.
bitants, et que “l’éæwmération spéciale,” faite neuf mois après lui en accorde 3,179.
Dans la province de Québec, la ville frontière de St. Jean a aussi exécuté une de ces énumérations, taite sans noms niaucun autre moyen de contrôle, laquelle a découvert plusieurs centanes d'habitants de plus qne le Recenseraent n'en avait trouvé, sur une population de 3,022 ; preuve évidente que le zèle local s’estsurfait en cette occasion, et que pour vouloir trop prouver on n’a rien prouvé du tout.
Je le répète, il a'y aucune guarantie dans ces prétendus contrôles et dans ces sortes d'énumération exécutées par des agents non légalement responsables,suumis aux influences de sections, opérant sur une population, dans le moment mue par l’esprit de localité et se croyant tenue, coûte que coûte, de dépasser le chiffre connu du Recensement. Il est clair que les chances d'obtenir un dénombrement exact sous de pareilles cisconstances sont des chances tout-à-fait illusoires. La saine raison dit de suite que toutes les conditions manquent ici, qui sont nécessaires toujours en matières de preuve. Il fauc'rait trouver un personnel municipal et une population tout-à-fait exempts des ïaiblesses humoines, pour compter leur roir conserver le calme de l'esprit et la Gélicatesse do conscience sous une pareille pression, en l'absence des précautions nécessitées par la nature même du travail à faire. A part cela, il est admis que toute énumération qui ne comprend point l'enregistrement nom par nom de tous les individus qui coms posent une population est une opération statistique suspecte en tout état de cause, attenau que ce mode, qui ouvre la porte à toutes les erreurs, rend très difticiles si pas impossibles les procédés de vérification,
Depuis que ce qui précède a paru en anglais, la métropole commerciale du Canada, Montréal, a procédé à l'exécution d'un dénombrement, à l'exemple des villes de Ste Marie et de St. Jean. Le résultat, paraitil sur les journaux, serait un chiffre de 118,000. Le Recensement à constaté que Montréal possédait au 2 Avril dernier 107,225 habitants domiciliés. L'addition municipale, venant environ un an après, accuserait done un écart d'à peu près 8,000; chiffre évidemment composé de tous les double emplois et des erreurs d'exagération immanquables quand on fait, avec zéle et simultanément, usage des sys tèmes 72 droit et de fait, dans le but indéniabl. grossir le chiftre de la population de sa ; :alité. Certains journaux comptaient « lement là-dessus qu'ils avaient annoncé des chiffres allant de 130,000 à
M. Harvey dit autre pars:
“La Nouvelle Ecosse est depuis quelques années “en possession de rogistres de l'état eivil plus où “ inoins corrects, et le fonctionnaire qui est chargé
ne
# de l'enregistrement des mouvements de popula- “tion a fait partie du personnel du Recensement, 4 [lrésulte que cette province a été l’objet de l6- “numération la plus eomplète et y a par consé- ‘ quont gagné. Les autres provinces ont été pri- “ vées de ce grand avantage.”
Voici, bien sûr, une explication très in. |
génieuse et une théorie joliment imaginée, pour rendre compte du fait de l’'augmentation proportionnelle plus grande que le Recensement signale dans la Nouvelle Ecosse; mais les faits viennent encore ici contredire l'argument et rien n’est roide comme un fait.
Le système d'enrégistrement des mouvements de population dans la Nouvelle Ecosse, à l'exception de ce qui concerne la ville d'Halifax, est encore dans son enfance
et n'a pas atteint et n'a pas pu, en dépit des |
eforts du zél6 fonctionnaire qui préside à ce Bureau, encore atteindre quelque chose approchant l'exactitude. D'autre part la Province de Québec, qui accuse la plus petite a igmentation de population, possède pour les onzx-louzièmes de sa popu lation un système d'enregistrement aussi parfait que les meilleurs de l'Europe, et cela depuis l'origine de sa colonisation : de telle sorte que les ancûtres du plus pauvre colôn de la Province de Québec peuvent se retracer jusqu'au premier du nom qui soit venu en Canada.
En outre, l'enregistrement des mariages, naissances et morts est chose tout-à.fait distincte et séparée des procédés d’un recensement.
Le Bureau d'Enregistiement, une fois organisé comme ji! est en Angleterre par exemple, peut rendre les travaux préliminaires et la sompilation des retours plus faciles, en fournissant au Recensement un ri nombreux et exercé, ce qui toute-
is n'a pas eu lieu pour la Nouvelle |
Boosse,
Le fait est que le Recensement de la Nouvelle Ecosse n'a été ni mieux ni plus mal fait que celui des autres provinces:
le même système à été appliqué partout, les mêmes précautions prises, le personnel choisi de la même manière, l'instruction donnée par écrit et oralement aux employés la même, et les procédés de vérifi.
cation les mêmes. Pour ceux qui :ont au | fait de la façon dont les choses se sont | passées, l’assertion que je réfute et les
conclusions qui en découlent sont tout simplement amusantes.
+ Harvey, un peu plus loin, alors qu'at.
taquant le système de la poputation de droit, dit:
# Dans ce sens il paraîtrait que si le système de “#1 population de droit donne origine à quelques « injustices ce doit être dans les villes, Les voya- “geurs logeant à l'hôtel, les pensionnaires aux “ &coles et dans le: maisons de pension, les servi- «s teurs, tous ceux, en un mot, qui composent cette “ elasse sont rapportes à leur démicile respectif “qui est ordinairement, dans la campagne, en
Ainps que les étrangers, qui se trouvent - dans le pays et qui ne sont point logent presque toujours dans les
‘énumérés te villes.’
| “méme t | |
Parler d’injustice parceque les voyageurs et les éhrangers ne sont point ajoutés à des populations, dont ils ne font aucunement parte, est quelque peu se méprendre: sur l’idée du juste.
Quel est l’objet du dénombrement de la population d’un pays? Serait-ce le vain et puéril désir d'accumuler sur le papier le plus gros chiftre possible? N'est.ce pas, au contraire, dans le but honnête et raisonnable de connaître l'état réel de la force ou de la faiblesse de l’aglomération et äe chacuve partie dicelle; de connaitre la propor.ion des sexes, des âges &e., &e.; n'est-ce pas pour déterminer les éléments de vigueur ou de débilité afin de déterminer les influences qui s'y rapportent, d’en découvrir les causes pour aider à ces causes ou les neutraliser selon le c:s? En ajoutant à la population d’une ville frontière (comme on l'a fait dans une dénombrement locai) les quelques centaines de voyageurs et d'étrangers qu’on y à trouvé réunis, est-ce que par cette manœuvre on ajoute à la force productive et défensive de cette localité? N'y aurait-il pas au contraire là dedans le danger, pour l'administration du pays, de compter sur des forces et des ressources imaginaires et de tenir comme défenseurs du sol des gens actuellement ennemis, des gens dont le premier mouvement au cas d'attaque serait de retourner chez eux :
Quand le système de la population de fait est de bonne foi mis en pratique, la différence dans le résultat esë tout à fait insignifiant d’un côté ou de l’autre Ceux | qui l’ont adopté n’en ont point agi ainsi pour grossir le chiffre de la population (but qui scrait peu avouable pour un statisti.
cien) ; mais seulement parceque certains | prétendent que cela simplifie les procédés en même temps qu'ils allèguent que ie nombre des temporairement absents, qui | sont omis, est compensé par le nombre des temporairement présents,qu’on enregistre ; ou, pour me servir des mots du régistrataire générel d'Angleterre: ‘les étrangers tiennent place des anglais absents.” Conséquemment les statisticiens qui désirent un | système capable de grossir les chiffres et de les faire paraître ‘plus respectables,'? doivent mettre de côté tout aussi bien le système | dela population de fait que celui de la population de droit, pour adopter le superbe sysètme de 1851 et 1861 qui faisait flèche de tout bois, mais qui, tout bien imaginé qu'il est pour l’objet voulu, ne saurait tout de même faire atteindre le ‘ chiffre | prédit.”
ivent point
s les
\geurs à des ment ‘sur
e ln in et er le
pas,
l'Aa1e la ation daitre
&e. ; ents
iner
déà selon popumme ocai) 's et st-ce joute éfenait-il dan- , de urces seurs emis, t au eux :
on de 16, la à fait Ceux ainsi | (but itisti. ‘tains cédés 18 le , qui e des stre ; istrangers onsét un t de vent ème po
suisait imairait
iffre
Le simple fait qu'un recensement a 66 exécuté d'apres l’un ou l’autre des deux sy 1têmes ne saurait être un argument contr:
l'exactitude de ce recensement. Le:
deux systèmes ont leurs partisans et sont tous deux pratiqués; ni l’un ni l'autre n'est un talisman de salut, ni l’un ni l'autre l'abomination de la désolation. L'un peut être préférable à l'autre dansdes circonstances données, Le systême de la population de droit a été adopté, par les Etats Unis et par les autorités canadiennes, comme étant le meilleur dans les circonstances des difficultés d'organization, de l'énorme étendue des territoires et du caractère fédératit des institutions politiques. Il a cet immense «\vantage qu'il ne nécessite pas cette hâte extrême que requiert naturellement l'adopt:on du systéme de la population de fait.
À ce propos, il est bon de remarquer que c’est une idée tout à fait erronée que celle (dont on s’est fait un argument contre le recensement) de croire que la dénombrement d'une grande population ou d’une Ÿèste étendue de pays peut se faire en, un jour et qu’on peut en publier les résultats dans une semaine. Mais pareille rapidité serait elle possible qu'elle ne serait guère un avantage dans les circonstances ordinaires et certainement point un spécifique contre les erreurs. M. Harvey lui-même donne une excellente raison pourquoi no"s, en Canada, ne devons pas sacritier à.l'impatience d’aller très vite, quand il dit, parlant des difficultés que présente l’organization de la statistique et l'exécution des dénombrements sur le coutinent de l'Amérique : “ des devoirs qui requièrent des études et une pratique spéciales sont ainsi de nécessilé confiés à ds personnes manquant de connaissance et d'expérience et nommées à la hâte.” N'est il pas évident, d’après cela, que l’adoption d’un système qui nécessite dix fois plus d'employés et une hâte plus considérable aurait pour effet inévitable d'ajuuter aux difficultés et aux chances d'erreur, si pas proportionnellement du moins dans une grande mesure ?
Durant la dernière période décennale, la population du pays n'a pas augmenté dans la même proportion que ci-devant: Il eut été impossible de prévoir le chiffre de cette dif.
férence avant le recensement ; cependant, ceux qui se sont occupés de l'analyse des mouvements de notre population étaient préparés à recevoir le résultat qui a pris par surprise cette large portion du public qu’avaient trompée les chifires anticipés par de faux calculs.
L'état des: faits révelés par le Recenses
ment peut-être f\cilement soutenu par |
dés arguments pris aux événements de la
dernière décade, A l'exception des trois dernières années [dont deux seulement appartiennent à cette période] l'immigration depuis un assez long espace de tempsétait réduite à un chiffre insignifiant, pendant qu'une émigration considérable partait de tous les coins de nos quatre proviuces et particulièrement de la province de Québec.
Cette émigiation, allant aux Etats Unis, était déjà commencée depuis longtemps mais n'avait encore jemais atteint les proportions des dix dernières années,
Un vide immense a été crée, pendant cette période, au sein de la population mâle de la République voisine, par une guerre civile à outrance et ae longue durée et lé fait coïncidant de l'abolition du travail compulsoire des esclaves. La demande s'est présentée sous la double forme de beaucoup à faire et de l'élévation des salaires. Comme on devait s'y attendre, notre peuple, comparativement peu nom:
breux, a été appelé à fournir une partie considérable des remplaçants; delà diminution absolue du chiffre de la populæion et diminution proportionelle dans l’augmentation de notre peuple. S'obstiner à fermer les: yeux à une explication aussi simple et aussi palpable des résultats constatés, indiquerait chez nous un manque de calme et de sérieux déplorable,
L'esprit réfléchi de M. Harvey, en dépit de ses arguments à l’encontre de i’exactitude du dernier Recensement, n’a pu échapper entièrement à cette logique aes faits et, pour peu qu'on soit
| uccoutumé à l'analyse de l'association des
idées, on trour > dans l'écrit de M. Harvey la preuve décisive qu'au fond de l'âme et en réalité il est plus convaincu de l’exac titude du Recensement qu'il ne le croît lui-même. Il dit :
‘6 J1 paraîtrait qu’arrivée à un certain chiffre la “ population dans les anciens comtés s'arrête ; “ cela se fait quand il se trouve un nombre sufli- “sant de propriétaires agrizoles pour retirer des & terres avec leurseul travail et sans l'emploi du “ capital nécessaire aix améliorations du drain- “ age du défonçage et des engrais artificiels, tout “ie profit possible. Dans l’état présent du conti- “ nent, avec des terres nouvelle ; de facile accès, il “ peut être plus avantageux pour le cultivateur “d'envoyer ses fils coloniser que de s'eflorcer “ d'augmenter sestrécoltes par l'application de la “ Kkçicnce et du capital” Qu'il en soil ainsi parait “ être évidemment l'opinion dominante.”
Cette exposition est très vraie et pèse d'un très grand poids dans le débat; mais le conclusion qui en découle logiquement est que l'accroissement de notre popuiation doit nécessairement subir une diminution proportionelle à la cause ici indiquée, laquelle s'ajoute aux autres forces qui ont crée et qui maintiennent le courant d’émigration qui nous amoindrit.
Plus loin M. Harvey dit:
& Est-ce que les propriétés rurales auraient été “ trop subdivi:ces?—HEt assiste-t-on au cominen-
“cemeut de ce procédé d'élimination qui a eu “lieu par la force des choses, dans les montagnes “de l’Ecosse, où les propriétaires fonciers ont dû “ forcer les petits fermiers à laisser leurs chau- “imidres pour s'aller établir dans un nouveau “pays? Si c'est le cas, et si la population que ‘peut maintenir lesystème d'agriculture prati- ‘ qué dans Québec et Ontario # atteint son maxi- “ mum, l'endroit eù doit s’aller fixer le surplus de ‘ population de ces deux provinces est clairement “indiqué, Le courant d'émigration ne se di- ‘ rigera vers le nord que par degré, bien qu'après “avoir traversé les hauteurs des Laurentides un autre rang de comtés peut se former sur les 8018 ‘‘argileux qui se trouvent au nord de ces mon- “tngnes, L'émigration ne se dirigorn pas vers le ‘sud; elle se maintiendra sinon vers le même # dauré de latitude, at moins aussi près que pos- “ aible de cette parallèle, les courants migratoires ‘en font toujours ainsi; ils tiennent aux zones ‘d'une végétation analegue, L’'émigration peut “avoir déjà grossi les populations du Minésota, “du Wisconsin et de partie An Michigan. Les +: Jlinois et l’Iowa peuventavoir séduit quelques- ‘uns de nos émigrants, mais le canadien rare- “ment s'établit dans ces endroits, L'émigration “du pays, si on favorise ce mouvement, préférera “ demeurer soumise anx vieilles institutions, et “nous verrons, lorsqu'il existera un chemin de “fer, qu'elle cherchera à coloniser les territoires “du Nord-Ouest et s'avancera probablement ‘aussi loin que possible sur l’Assiniboine et la # branche sud de la Saskatchéouane, pour éviter “les froids extrèmes de la R'vière Rouge ?”
Encore 1ci les réflexions faites par M.
Harvey vont toutes à maintenir l'exactitude du Recensement, en tant qu'elles appu:ent sur le fait d'une émigration consid“rable qui a dû produire ‘névitablement une diminution dans l'accroissement proportionnelle de notre population.
Je ne m'arrêterai pas à examiner les aphorismes proclamés dans le passage que je viens de citer qui nous aflirme, ‘que ‘ l’émigration ne se dirige pas vers le sud ; ‘“ qu’elle se maintient sous le même de- ‘“ gré de latitude ou dans son voisinage * immédiat, qu'elle préfère deneurer sous “l'action des mêmes institutions.” Je ne puis cependant m'empêcher d'exprimer ma croyance dans le fait que les courants migratoires se dirigent très souvent vers le sud, qu'ils atteignent des degrés de latitude souvent très éloignés du point de départ, et tendent vers des institutions bien différentes les unes des autres.
M. üarvey termine une partie de ses remaraues par la réflexion suivante:
“ En l'absence d’une émigrution continuelle ve- ‘nant d'Europe ou d'Asie, sommes-nous done, “comme les races aborigènes qui nous ont pré- “cédé sur ce continent, destinés à disparaitre “complètement?”
Evidemment l’auteur devient ici plus sombre que ne le comporte l'état de choses qu'il examine. Une augmentation de po-
pulation qui s'établit à raison de un par |
cent par année n'est point une menace d'extinction; c'est à peu près la proportion signalée pour l'Angleterre et le Pays de Galles, qui recoivent depuis bien des années une immigration irlandaise plus considérable que l'émigration partant de ces deux pays: à tel point qu'il y a main-
tenant plus d'Irlandais à Londres qu'à Dublin. On peut encore signaler d'autres circonstances d'une nature encourageante:
l'émigration aux Etats-Unis parait maintenant “voir atteint son maximum, et on observe les commencements d’une réaction qui marchera à mesure que le prix des salaires s’égalisera et que diminuera la manie d'émigration, née de causes qui tendent tous les jours à disparaitre. La fécondité de nos familles,dans l’ensemble, n'a point diminuée, et l’émigration européenne a semblé, pendant les trois dernières années, mieux comprendre les avantages que notre pays offre aux colons.
Ainsi ne nous laissons pas abattre par la tristesse, mais d'autre part tâchons de n'avoir point d'illusions. Il nous est impossible de grandir aussi vite que certains de nous avaient espéré, sachons porter avec calme et une dignité modeste toute l'importance à laquelle nous pouvons légitimement prétendre.
M. Harvey, qui toujours attaque le recensement avec des suppositiOns, dit encore :
“Sion avait omis dans le Recensement cinq “ par cent de la population de Québec et huit par “ cent de la population du Nouveau Brunswick et “ d'Ontario, les trois cent mille q on croit avoir # droit d'attendre d’un chiffre exact, donneruaient “à notre population un total plus respectable,”
D'abord il ne faut pas oublier que tout ceci est de pure imagination ; nul être humain n'ayant les moyens d'établir rationnellement de pareilles données; parcequ'il n'est point au pouvoir du philosophe d'en avoir l'idée par intuition, point au statisticien de les découvrir par induction, point au mathématicien de les contrôier par le calcul.
Les faits sont:
19 Que le recensement a été l’enquête légitime et légalement exécutée, d'après un système approuvée per l'autorité compétente, avec l'aide 4e douze surintendents, de deux cent six commissaires directeurs et reviseurs, et de près de trois mille énumérateurs, tous formés à i'avance à l'exé.
cution de leur besogne, tous assermentés au commencement et à la conclusion de leurs opérations, et chacun agissant pour la partie du pays à lui la mieux connue, à laquelle il est le plus intéressé, la mienx placee dans ses affections.
2° que les résultats du recensement signalent une augmentation annuelle d’un peu plus que 1 pour cent.
3° que la Province de Québec est la seule dont l'augmentation est moindre que la moyenne de 1 pour cent.
4© que la masse de la population de Québec est renommée pour la fécondité extraordinaire de ses familles, fait que M.
Harvey lui-même reconnait dans Îe lan-
dt, AN |
gage pittoresque suivant :—-‘pres jue chaque ‘€ maison ressemble & un terrier de lapins pul- “ Julant de petits.”
Les conclusions naturelles et logiques, découlant à p'iori de cet exposé des faits, seraient que le recensement à été une opération aussi exacte que possible dans
les circonstances actuelles du pays et que, |
s’il y avait eu dans l’exécution du dénombrement des erreurs d'omissions, la probabililé sersit que ces erreurs ont dû avoir lieu dans la province de Québec.
Les conclusions contraires, tirées de pa-
reilles prémices, me semblent tout à fait du | | grants au dehors, la population catholique
genre de la décision d’un certain magistrat
qui,selon l’histoire, aurait rendu jugement | | l'année 1870 (période couverte par le re-
dans une cause portée devant lui, comme suit : ‘La preuve en cette cause ne me ‘satisfait point du tout; telle quelle, on “la dirait en faveur de Flanagan, mais “comme le dit Flanagan a les cheveux “roux, je crois devoir en justice donner & jugement à Jones pour la moitié de la ‘somme demandée, Flanagan payant les (6 frais"?
Je suis heureux, avant de terminer, de pouvoir tomber d'accord avec M. Harvey au moins sur un point, nommément l’important sujet ds l’enrégistrement des actes de la vie humaine. Evidemment l’enrégistrement des mariages, naissances, et sépultures ne peut être la matière d’un recensement; la constatation de ces actes ne pouvant se faire d'une manière tant
soit peu exacte que par le procédé jour- |
nalier de l’enrégistrement. La population catholique de la province de Québec possède, et cela depuis les premiers jours de la colonisation Européenne en Canada, des régistres de ces actes. On ne peut guère imaginer un dossier plus intéressant que la collection de ces régistres. En dehors de leur importance, ou plutôt de leur nécessité, ces actes forment un ensemble qui constitue une page statistique importante et particulièrement attrayante, non-seulement au point de vue canadien, mais au point de vue de la science ellemême, en ce sens que c'est le seul document de l’espèce qui remonte, sans interruption et dans tous ses détails, à plus de deux sciècies et demi en arrière et qui donne l’histoire entière des mouvements d'une population, depuis l’époque de sa première origine.
L'éuorme travail statistique, comparé au très petit nombre de ceux qui ont pu y prendre part, qui s’est fait dans le Dé.
partement de l'Agriculture depuis mil huit cent soixante et quatre, est maintenant presque terminé. De cette longue liste des enregistrements annuels des actes de la vie de la population catholique de la Province de Québec (à laquelle sont joints les résumés de tous les recense-
ments (jui ont eu lieu duns les quatre provinces) nous ctablissons (sauf les erreurs des calculs à reviser) que le nombre total des mariages catholiques depuis le temos de Champlain (1608) jusqu'à l’année 1870 inclusivement, a été de 373,146, que le grand total des naissances a été de 2,24,917, et que le grand totai des morts a été de 1,060,760. Ceci établit un grand total de l’excédant des nai-sances sur les morts de 1,183,557; cela comprend les
| catholiques de toutes les origines dans la
Province actuelle de Québec, Si Québec n'avait jamais envoyé d’émi-
de cette Province aurait été, à la fin de
censement), de 1,183,557, plus un nombre égal au grand total de l'immigration catholique, depuis le commencement.
Mais il y à eu uneémigration catholique comparativement considérable, de Québec à la Louisiane, au Michigan et autres par ties de l'Ouest de ce continent pendant l'occupation trançaise et depuis la cession du Canada à l'Angleterre. Cette émigration catholique est a'le en augmentant d'année en année, depuis 1837 et 1838 jusqu'à la fin de la décade 1860-1870, époque à laquelle le courant à semblé subir un certain ralentissement,
En faisant usage des tables des naissances et ‘’écès ci-dessus mentionnées, et en ajoutant le chiffre de l'émigration catholique de la Province de Québec à dater da commencement, le déficit constaté, d'époque en époque, dans le grand total de l’excédant des naissances sur Les morts plus le tctal de l'immigration, représente le nombre des émigrants qui à laissé lu Province. Pour trouver le grand total des pertes ainsi subites il faut ajouter au chütre de l’'émigration le total de l'augmentation naturelle de cette population d'émigrés, Le résultat de ces calculs ne peut souffrir beaucoup d'erreurs, attendu que le total maximum possible de ces erreurs, ordinaires à tous les travaux statistiques, est insignifiant comparé avec le chiffre obtenu par la preuve directe.
Ce que je viens de dire suftit à démontrer l'énorme valeur des renseignements dont l'étude explique la faible augmentation qu’accuse, depuis quelques années, les mouvements de la population de la Province de Québec. On y trouve la preuve indirecte de l'exactitude du Recensement, en tant que l'addition du déficit au chifire du Recensement atteint aussi près que possible le taux normal de l'augmentation d'autrefois. Je ne suis pas libre d'entrer pour le présent dans de plus amples détails.
S'il arrivait que le dernier recensement, le plus soigné qui ait jamais été fait en
Canada, soutenu logiquement par le fait des mouvements notoires qui ont eu lieu au sein de notre population, et confirmé par l'histoire du passé, fut mis en doute pour le moment, le temps viendra où son exastitude sera forcément reconnue,
Le triomphe de la vérité, sur les illusions, l'enflure populacière et les préjugés de localité, peut être retardé mais ne peut être empêché.
Comme dernier mot qu'il me «soit permis de-rernarquer qu'il importe peu que le résultat d'un recensement soit publié | uuelques mois plus tôt ou plus tard, mais qu'il est essentiel, au contraire de prendre le temps néeessaire à rendre toutes les opérations aussi exactes que possible. Les |
statistiques sont faites pour durer toujours, elles doivent être conséquemment un œuvre de patience et de soins jue la hâte
ine «oit pas venir compromettre, Peu
d'hommes savent apprécier l'énormitè des travaux de ce genre ; M. Harvey a su le
| faire, d'ure manière franche et généreuse,
et je l'en remercie, C'est un sujet commun de plainte en Europe que les ennuis et les dérangements auxquels sont soumis
| lés statisticiens ofliciels, en conséquence de
cette soif morbide des nouvelles, est une des causes les plus fatales d’entre celles qui retardent les progrès de la science et mettent en danger les résultats des travaux statistiques.