‹ Le Recueil littéraire (volume 2)Chapitre 21 sur 100 · UNE JOURNÉE À LA CAMPAGNE · texte numérisé non relu

UNE JOURNÉE À LA CAMPAGNE

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Ah ! qu'il fait bon de se reposer \in peu des vicissitudes de la vie ! Et peut-on trouver un lieu plus propice et plus agréable que cette délicieuse campagne où tout ne respire que parfum et qu'harmonie célestes?... Voilà ce que je me disais, il y a quelques jours, et me promenant seul dans la campagne, je ne pouvais me lasser d'admirer les beautés idéales qui s'offraient à mes yeux ravis. Ici c'étaient les épis de Cérès dont la chevelure hérissée voilaient l'or des moissons abondantes qui répandaient une délicieuse senteur ; là, le Saint-Laurent, ce fleuve majestueux, a nul autre comparable, roulait silencieusement ses eaux claires et limpides.

Plus loin, apparaissaient également à ma vue, une réunion d'arbres géants dont les têtes altières préservent de l'orage et des rayont ardents d'un soleil d'été. C'est dans ce bocage que naissent les doux zéphyrs, qui, vers le soir se répandent dans les alentours pour nous enivrer de séduisantes et célestes voluptés.

Au milieu de tant d'attraits, je ne pus résister au sommeil qui s'empara de mes paupières pour me bercer dans de charmantes illusions. J'errai longtemps, si longtemps dans le monde des rêves que le jour avait déjà franchi une vaste distance quand la brise odorante du fleuve canadien me ramena au port de la realité, pour me faire respirer les baumes parfumés de la campagne au soir d'une belle journée d'été. Tout autour de moi avait un air grave et solennel. Phébus, dont la brillante robe d'or et de pourpre se repliait à l'horizon avec autant de grâce que de majesté, semblait vouloir nous montrer les derniers secrets de sa richesse et de sa splendeur. C'était un bien ravissant spectacle que de voir cet astre lumineux versant sur la plaine des torrents d'un feu qui embrasait l'immensité des cieux. L'écho des bois répétait, au loin, les sons mélodieux des oiseaux, en répandant sur toute la nature une harmonie divine. Des vagues légères surgissaient avec rapidité du sein des eaux du Saint-Laurent pour venir, ensuite, mourir en cadence sur la rive parsemée de fleurs.

Non loin de la place où j'étais, une croix montait vers les cieux, elle s'élevait dans l'espace, comme le drapeau du vainqueur pLane sur une haute citadelle, et là, défiant tout, même la foudre menaçante des tempêtes, elle demeurait immobile sur son dôme sacré au-dessous duquel s'accomplit tous les jours, le plus auguste mystère de notre sainte religion.

Le jour incertain, continuait à fuir vers ses profondes demeures et l'Occident gardait encore sa trace embrasée, quand l'azur brilla comme un saphir à travers les sillons empourprés du Couchant. Le tableau était vraiment féerique, car, à toutes ces merveilles, il faut ajouter l'éclat touchant du soir qui semblait animer et rendre plus doux les tendres accents des chantres du bocage. Le crépuscule fugitif vint encore parer d'une auréole de plus la beauté du firmament, et la splendide déesse des nuits, qui s'éleva accompagnée de ses nymphes brillantes, ne tarda pas à proclamer le silence des airs.

Puis, debout près d'un vieil érable, je plongeais mes regards dans

l'immensité sans bornes, qui se déroulait à mes yeux ; j'étais comme stupéfait d'entendre les beaux et touchants accords de la divine mélodie qui me frappait sans cesse.

Jamais je n'oublierai cette magnifique journée et cette délicieuse nuit, où pénétré d'émotion à la vue des merveilles sans nombre qui m'environnaient, je me suis écrié avec l'Aigle du Cédron : « Que vos ouvrages sont grands ! ô Seigneur! Mais l'aveugle ne voit point ces merveilles et l'insensé ne les comprend pas. »

Oui, ô Dieu grand et éternel, vous êtes infini en toute chose, et en voyant vos œuvres admirables, qui peut s'empêcher de pousser un cri de joie et de chanter un hymne à votre gloire?... Depuis le plus petit insecte jusqu'au plus grand monarque de la terre, tous se prosternent devant vous, et vous reconnaissent pour leur roi ; vous êtes tout, et tout est en vous... Le ciel et la terre sont des effets de votre puissance qui n'a d'autres bornes que votre souveraine volonté.

Rodolphe Bru net.

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