‹ Le Recueil littéraire (volume 2)Chapitre 22 sur 100 · LE RIVERAIN ET LE PÊCHEUR · texte numérisé non relu

LE RIVERAIN ET LE PÊCHEUR

Le riverain. — Vous aimez la pêche, à ce que je vois, camarade?

Le pêcheur. — Oh ! modérément, je préfère l'abricot.

Le riverain. ; — Vous ne comprenez pas : je vous dis que ça vous amuse de i,enir la ligne...

Le pêcheur. — Oui, la ligne droite, parce qu'elle est le plus court chemin d'un point à un autre.

Le riverain. — Je ne plaisante pas. En vérité, vous êtes un pêcheur facétieux.

Le pêcheur. — Il m'arrive quelquefois d'être facétieux ; mais je ne suis pas plus pécheur qu'un autre • n'avons-nous pas tous quehjues péchés à nous reprocher ?

Le riverain. — Je vois avec jjjaisir que vous savez arranger le calembour.

Le pêcheur. — ■ Oui, à la sauce piquante.

Le riverain. - — Ah ! ça, finissons: vous n'êtes pas sur votre terrain, et je prétends que vous respectiez raa propriété.

Le pêcheur — Qu'appelez-vous votre propriété? votre rivière? mon Dieu, je la respecte, votre rivière : je suis devant elle à genoux et chapeau bas.

Le riverain. — Ma foi, je croyais qu'une ligne était un instrument de pêche qui se termine d'un côté par un hameçon et de l'autre par un imbécile ; i'hameçon s'y trouve, mais l'imbécile ne s'y trouve pas.

Mf:TTRE QUELQU'UN AU VIOLON

Le mettre dans une prison temporaire attenant a un corps de garde.

Dans la prison du bailliage du Palais, il y avait, dit-on, un violon destiné à charmer les loisirs forcés des pages et des laquais qu'on y renfermait pendant quelques heures. C'est cet usage, qui remonte au temps de Louis XI, qui aurait fait appeler r/^Av/j- ces sortes de prisons.

HELIKA

MÉMOIRE D'UN VIEUX MAITRE D'ÉCOLE

No 11

Quels mépris ne devront pas avoir pour moi ceux qui liront ces lignes et quelle horreur n'ai-je pas ressentie depuis quinze ans contre moi-même au souvenir de cette scène déchirante. Non, dans ce moment je n'étais pas une créature de Dieu, je n'étais pas même un homme, j'étais un véritable démon incarné. Une joie féroce parcourut tout mon être et comme l'éclair, la rage et la jalousie que j'avais nourries depuis si longtemps éclatèrent plus effrayantes que jamais.

Au lieu d'être attendri, je saisis l'enfant dans mes bras et allais lui briser la tête sur la pierre du foyer, lorsque l'éblouissement et la vision de Marguerite passèrent devant moi. En même temps, mes deux bras se trouvèrent serrés comme dans un étau, cette fois encore, tous les objets disparurent à ma vue et les mots « Frappe si tu l'oses » retentirent à mes oreilles.

Mes terribles passions à force de violence avaient enfin fini par influer sur ma constitution. Un médecin que j'avais consulté dans une de mes excursions, m'avait prévenu que si je ne modérais pas la fougue de mes emportements, je ressentirais bientôt les atteintes du Haut Mal. Toujours est-il que dans le cours de la nuit, lorsque je repris connaissance, Angeline, agenouillée dans un coin de ma chambre, avait les mains élevé js vers le ciel, elle récitait en pleurant, une fervente prière, demandait a Dieu de conserver mes jours, promettant bien de faire tout ce que j'ordonnerais ; elle s'accusait d'être la cause de mon mal par le chagrin qu'elle me causait.

Cependant, je sentais aux deux bras une douleur très vive. Je relevai mes manches et aperçus les empreintes de doigts telles qu'en aurait pu faire une main de fer. Or, pas un homme de la tribu, je le savais, n'aurait pu imprimer par sa force musculaire de semblables meurtrissures sur moi et ne l'aurait osé. Le souvenir de cette étreinte formidable me revint à l'esprit. Était-ce Octave ou un protecteur inconnu qui était venu sauver Angeline ? On le saura.

Ce fut alors et peut-être pour la première fois depuis bien des années, qu'en cherchant à répondre aux questions que je m'adressais, l'idée d'un Dieu vengeur se présenta à ma pensée, et pour la première fois aussi des larmes de repentir glissèrent sur mes joues. Pendant ce temps, Angeline priait toujours. Oh ! comme dans ce moment, si je l'avais osé, je l'aurais interrompue pour lui demander pardon. Quand elle eut terminé sa fervente prière, elle s'approcha de moi, me prit la main d'un air timide ; son regard était chargé de tristesse et de larmes. J'allais parler pour la consoler lorsque des pas se firent entendre autour de ma cabane. En même temps, un beau jeune indien à la taille herculéenne, aux traits mâles et francs s'arrêta sur le seuil. Il portait le costume d'une autre tribu sauvage, nos plus fidèles amis. Je remarquai de plus avec étonnement qu'il avait le tatouage et les armes du guerrier indien qui parcourt les sentiers de la guerre. Il s'arrêta immobile et attendit.

comme il est d'usage chez eux, que je lui adressasse la parole. « Que veut mon jeune frère, lui dis-je en m'asseyant sur mon lit ? Depuis quand est-il dans le camp et pourquoi n'est-il pas venu fumer le calumet avec l'Ours Gris? » (c'est ainsi qu'on me désignait parmi des indiens dans le wigwam du grand chef). « Je suis venu, répondit-il, mais le mauvais génie s'était emparé de l'esprit du Grand Chef et au moment où je suis entré, il allait écraser la tête d'une pauvre jeune fille. L'Ours Gris, ajouta-t-il d'un air dédaigneux, n'a-t-il donc plus assez de force pour combattre des hommes, puisqu'il s'attaque aujourd'hui aux femmes. Le Grand Chef de Stadacona sera bien surpris, lorsque je lui dirai qu'Hélika qu'il m'a envoyé chercher pour réunir ses guerriers, je l'ai trouvé assassinant une enfant qui ne lui a jamais fait de mal? Que diront aussi Ononthio et ses guerriers, si jamais ils entendent parler de ce que j'ai vu hier soir? J'ai attendu que le génie du mal fut parti de ton esprit, que tu puisses me comprendre pour te remettre un message pressé et important ».

Ces paroles étaient dites d'une voix ferme et pleine de mépris.

Dès ce moment, les empreintes que je portais sur mes bras étaient expliquées.

Je fis signe au guerrier de s'asseoir et m'empressai de décacheter ce message. C'était effectivement un ordre du gouverneur de Québec qui m'invitait ainsi que tous les autres chefs des diverses tribus alliées aux français, de se rendre immédiatement à un conseil de guerre. Il fallait, ajoutait le message, faire la plus grande diligence, car les anglais et les iroquois avaient déjà fait irruption sur notre territoire ; des renseignements positifs le mettaient à même d'affirmer que plusieurs des nôtres avaient été massacrés par ces derniers.

Il n'y avait pas à balancer un seul instant. En peu de temps, j'assemblai la tribu et réunis le grand conseil de guerre. Il fut unanimement décidé que nous irions porter secours à nos frères, et repousser, pour toujours, s'il était possible, ces puissants et barbares ennemis. Toutes les diverses peuplades, Malachites, Abénakis, et Montagnais se joignirent à nous et deux jours après l'arrivée du courrier, ayant remis les femmes et les enfants sous la protection du grand Esprit des visages pâles, nous prîmes les sentiers de la guerre.

Malgré l'activité fébrile que j'avais déployée, je n'avais pas oublié de pourvoir aux besoins futurs d'Angeline. Depuis la dernière nuit dont je vous ai parlé, une transformation complète s'était faite en moi. Était-ce l'effet de la peur, ou était-ce dû aux prières d'Angeline, peutêtre aussi à une protection céleste? Je ne puis m'en rendre compte encore aujourd'hui ; mais j'en avais fini avec mes idées de haine et de vengeance. Le bras de Dieu s'était appesanti sur moi. J'avais usurpé ses droits, violé ses commandements, c'était à moi désormais qu'il appartenait de souffrir. La pauvre et chère enfant entendit avant mon départ les premières paroles de tendresse que je lui adressais sincèrerement. Elle reçut avec une gratitude infinie l'assurance que je lui donnai que je travaillerais toujours, au retour de notre expédition, à la rendre heureuse. Je la confiai aux mains de la vieille indienne qui nous avait déjà sauvé la vie et qui depuis deux jours était arrivée je ne savais d'où dans notre camp. Son fils Attenousse, car c'était bien lui qui

était le porteur du mt;ssage du gouverneur, était reparti la veille de notre départ pour aller prendre le commandement d'une tribu montagnaise dont il était le chef.

Je remis de plus à la vieille des papiers importants qu'elle transmettrait à un missionnaire que je lui avais désigné et qui devait bientôt revenir, laissant une procuration à ce dernier et l'autorisait à retirer les fonds nécessaires afin de pourvoir amplement à la subsistance d'Angeline et de celle qui en prendrait soin. Mes fonds étaient déposés, comme la chose se faisait alors, dans le Trésor Royal, et reçus en bonne forme m'en avaient été donnés. Toutes ces dispositions prises, j'étais tranquille sur le sort d'Angeline, c'était d'ailleurs un commencement de réparation qui lui était dû, ainsi qu'à ses parents dont j'avais été le persécuteur et le bourreau.

Cet homme de bien auquel j'avais confié l'exécution de mes dernières volontés en partant, ce bon prêtre, dont la charité et les bonnes œuvres étaient sans bornes s'appelait monsieur Odillon. Il me représentait l'ancien curé de ma paroisse, si bon et si vénérable. Dans mon imprévoyance, je n'avais pas songé que si lui-même venait à manquer ou bien était forcé de s'éloigner sans avoir pu remplir la mission de pourvoyeur que je lui avais confié, Angeline et la mère d'Attenousse se trouveraient toutes deux dans un complet dénûment comme la chose est arrivé. Cette vieille sauvagesse était la même qui s'était mise à ma piste le jour de la mort,

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