X. — AU LABRADOR
Lorsque j'arrivai au camp, je fus accueilli comme de coutume ; je m'informai si Paulo était revenu. Le misérable s'était depuis un an engagé avec d'autres vagabonds pour aller faire la chasse dans le Nord- Ouest. Il était arrivé de la veille, paraît-il. Je le fis appeler et j'écoutai le récit de ses exploits.
Certes, il n'avait pas toujours trouvé viande cuite 1 Associé avec un parti d'Esquimaux, il avait parcouru les régions les plus septentrionales de l'Amérique, longeant toujours les côtes du Labrador et du détroit de Davis. Ils avaient vécu tous ensemble de la chair de quelques loupsmarins qu'ils avaient capturés çà et là.
Un jour enfin, il leur avait fallu tirer au sort pour savoir lequel d'entr'eux servirait de nourriture aux autres. Leurs chiens avaient été dévorés l'un après l'autre, le tissu des raquettes qu'ils avaient fait bouillir, leur avait même servi d'aliment. Une poussière de glace qui leur fouettait sans cesse la figure, leur avait causé une maladie des yeux dont ils eurent mille peines à se guérir. Plusieurs d 'entr'eux avaient déjà succombé à la faim et aux misères de toutes sortes ; ils avaient été obligés d'abandonner leur chasse, leurs pelleteries et leurs muniiions, et c'est avec peine qu'ils se sauvèrent des troupeaux de loups et d'ours blancs qui les poursuivaient.
Un parti de chasseurs montagnais qu'ils rencontrèrent les sauva de la mort qui les menaçait de si près, ceux-ci les emmenèrent avec eux dans leur propre village, où Paulo lui-même passa quelques jours. Il y fut reçu avec la plus cordiale hospitalité. Par la manière dont il me désigna l'endroit, je compris qu'il avait été recueilli par la même tribu et dans le même village où j'avais été confier Angeline aux soins d'une vieille sauvagesse.
Effectivement, il ajouta qu'il s'était pris d'amitié pour une vieille femme ; que bien souvent il se rendait dans son wigwam et la voyait battre une enfant qu'elle avait recueillie, disait-elle. L.'enfant portait sur son corps et sur ses membres les meurtrissures des coups qu'elle avait reçus.
Je lui avais caché le lieu où j'avais laissé Angelme, mais je ne doutai pas un instant après l'avoir entendu parler que le misérable avait reconnu l'enfant, et qu'il savait me faire plaisir en m'apprenant les traitements qu'elle recevait.
(à suivre) Dr Ch. de Guise.
M. JOSEPH LESSARD de Woonsocket, R. I. est notre agent pour les Etats-Unis. Il est par conséquent, autorisé à prendre des abonnements et à en faire la collection.
Nous prions nos lecteurs de voir la 2e page du couvert qui contient des articles très intéressants.