‹ Le Recueil littéraire (volume 2)Chapitre 55 sur 100 · A MON AMI E. H. G · texte numérisé non relu

A MON AMI E. H. G

(huitain)

Sous ta plume féconde, ô barde à l'âme tendre, Les vers sans nul effort s'allignent un par un ■ La rime d'elle-même, à souhait, sait se rendre, Et le tout réuni répand un doux parfum.

Tel un amant de Flore aux ailes diaprées, Volant de fleur en tleur, de bouton en bouton, Savoure le nectar des corolles nacrées... Tels, ami, sont tes vers : je suis le papillon.

Montréal, mai 1S90. B. E. DE LA SaiîLONXIÈRE.

(triolet)

Elle avait dit : je t'aimerai !

Jeune encore, tu peux attendre !...

Tout joyeux je me retirai.

Elle avait dit : je t'aimerai !...

Longtemps après, j'y retournai Léa ne voulut pas m'entendre !

Elle avait dit : je t'aimerai !

Jeune encore tu peux attendre...

Edouard Mirât, cordonnier.

CLEMENTINE

(acrostiche)

OoMMENT ne pas t'aimer lorsqu'on te voit si belle tr^orsque dans ton regard ton âme se révèle ? Wnfant, dont le front pur est encor radieux Soi je voudrais chanter en vers harmonieux Wt ton sourire d'ange et ta grâce touchante... !z;'es-ta pas du bonheur une image vivante ? Hes pensers sont toujours innocents et sereins, ^vre de joies, d'espoirs, non, jamais tu ne crains Zi les vagues ennuis, ni les jours de tristesse Wt tu passes ainsi ta charmante jeunesse !

Québec 1890. Elisa.

PETITES NOTES

C'est avec plaisir que nous accusons réception des Annales Gauloises, revue bi-mensuelle rédigée par MM. Henri Bossanne et Léon Dequillebecq. Le dernier numéro qui est particulièrement intéressant contient, sous le tilre de « chefs-d'œuvre oubliés » une très jolie poésie d'Hégésippe Moreau : La Fermière. — Le prix d'un abonnement d'un an aux Annales Gauloises pour le Canada est de 6 fr. 50 ($1.30). Bureau de la revue : 17 rue du Commandeur, Paris.

Associatiofi Universelle — Concours tic P Académie des Palmiers — Extraits des statuts :

Akt. XIX. — \' Asaodaiion f 'n i ce rscllc irn-t a la disposition de V Académie (ks Palmiers, sa Commission littéraire et artistique, une somme d'argent et lui certain nombre de médailles, a être données eu prix, applicables indifféremment a la Poésie, à lu Prose, il la. Mimique, à la Sculpture, tt la Peinture, aux Sciences diverses, et aux personnes qui out bien mérité de l'humanité.

Art. XX. — Eu vertu de cette délégation, VAcadéinic des Palmiers organise deux concours par an, — vn tous les sio^ mois, — gratuits pour les sociétaires, afin de provoquer une noble émulation et pour mettre en lumière b^s talents et en relief les actions louables.

Art. XXI. — Le premier, dit aincours simple, se clôt le 30 errril ; le second, dit grand concours annuel, le 31 cUcemhrc. Ces tenues sont de rigueur.

Tout le monde peut prendre part au premier et au second de ces concours, ou à tous les deux successivement. Pour plus amples renseignements, demander V Annuaire 1889-90, envoyé franco contre i fr. 20 en timbres-poste, adressés au Secrétariat général, 5, rue Carnot, Courbevoie-Paris (France).

Notre voyage à New-York ne nous ayant pas donné de résultats satisfaisants, nous nous sommes décidés à continuer à publier notre journal à Sainte-Cunégonde. — C'est pourquoi nous avons été obligés de suspendre le numéro du 15 Mai. Nous prions nos lecteurs de nous pardonner ce retard. A l'avenir, le journal sera publié, comme il l'a toujours été, très régulièrement, le ler et le 15 de chaque mois.

LR RECUEIL LITTÉRAIRE 121

HELIKA

MÉMOIRE D'UN VIEUX MAITRE D'ÉCOLE

No 20

— Hélas ! répondit celui-ci, elle est fort triste mon histoire et ne sera pas bien longue : Vous m'appelez Normand et c'est bien le cas de me donner ce nom puisque la terre où j'ai vu le jour se trouve dans la Normandie. Mon père était autrefois un riche fermier, II avait acquis de grandes propriétés mais non content de la jouissance de nos biens, il lui pris la sotte fantaisie d'ajouter un titre de noblesse au nom respectable de Cornichon qu'il portait. Pendant quelques années, il fit de folles dépenses qui nous amenèrent dans un état de gêne considérable. Pour compléter toutes ses sottises, il acheta un château en ruines qu'on appelait !a Cocombière, il acheva d'éparpiller le peu qui nous restait pour le rendre presqu'habitable. Je ne sais quel mauvais drôle lui fait croire que par cette acquisition il devenait baron ; aussi ne l'appelait-on plus si on ne voulait pas l'offenser, que le Baron de la Cocombière.

« Je passe brièvement sur les détails des toilettes extravagantes qu'il faisait chaque jour et qui le rendaient l'objet des risées et des huées des campagnards du voisinage. Quand je passais avec lui, accoutré d'une manière aussi ridicule qu'il l'était lui-même, nous entendions les gamins s'écrier ; Voilà Monsieur Concombre et son Cornichon qui passent. Nous recevions ces insultes avec un dédain superbe et sans sourciller. Pour ma part j'aurais tordu le cou à un de ces drôles, si mon père se renfrogant dans sa dignité, ne m'en eût empêché en m'expliquant qu'il serait malséant pour moi et indigne du sang qui coulait dans nos veines de toucher a l'un de ces vilains.

(! C'est avec ce genre d'éducation que j'atteignis mes vingt ans. Nos ressources pjcuniaires étaient complètement épuisées et je songeais à chercher une position lucrative, lorsqu'un bon matin mon père arriva dans ma chambre d'un air tout radieux • Mon fils, me dit-il, il va falloir endosser tes plus beaux habits et aller demander en mariage la fille du Marquis de Montreuil dont le domaine avoisine le nôtre. Je vais moi-même présider à ta toilette et voir à ce que le laquais qui t'accompagnera soit en grande tenue.

« Les ordres de mon père étaient pour moi sans appel. Une heure donc après, coiffé d'un chapeau à plumes, habit gallonné en rouge bleu et vert sur toutes les coutures, bottes à l'écuyére toutes rapiécées, j'étais installé sur une rosse, pendant que le laquais espèce de jocrisse qui devait me suivre à distance et enharnaché d'une manière aussi ridicule, avait en fourche un âne dont la maigreur l'avait obligé à mettre une demi-botte de foin pour se protéger des foulures. Ce foin d'ailleurs devait lui servir de selle.

« Ce fut dans cet état que je me présentai au château du Marquis, vieux noble d'ancienne roche. J'y fus fort bien reçu et avant que je lui déclarasse le but de ma visite, le Marquis m'invita à entrer au salon où sa fille, charmante personne bien élevée, exécutait un air de musi-

que. Rougissant comme une pivoine j'entendis lire la pancarte que j'avais donnée sur laquelle étaient écrits d'une manière illisible mes noms, titres et qualités. Pendant cette longue énumération que mon père avait lui-même griffonnée, je voyais la jeune fille se tordre en tous sens pour s'empêcher d'éclater. Cependant elle put se dominer et me montrant un fauteuil elle m'invita à m'asseoir. J'allai donc m'y installer, mais croyant qu'il était incivil de l'occuper tout entier je m'appuyai simplement sur un des bords. Malheureusement, j'avais mal calculé les lois de l'équilibre, le fauteuil culbuta avec moi. Dans l'effort que je fis pour me retenir, je renversai une table chargée de pots de fleur dont la terre et l'eau vinrent me couvrir entièrement la figure. Jamais de ma vie je n'ai entendu de pareils éclats de rire. Je jugeai à propos de tenter un mouvement de retraite, mais par malheur en faisant mes salutations de reculons et mes excuses les plus sincères, j'allai poser le talon de ma botte sur les pattes du chien favori couché à peu de distance.

« Le caniche poussa des cris affreux, je le pris précieusement dans mes bras et le caressai pour tâcher de le consoler, le croiriez-vous, la vilaine bête laissa couler de F eau qui m'humecta. La chaleur que me procura ce bain improvisé me fit perdre complètement la tête, il m'échappa des mains et tomba lourdement par terre.

<( De la redoublement de cris du chien, redoublement aussi d'éclats de rire de l'assistance.

« Tout confus, je saisis mon chapeau à plumes que j'avais déposé sur le plancher à côté de mon siège, tel que le cérémonial de mon père me l'avait ordonné, et je me retirai de reculons, saluant à droite et à gauche les valets et les cuisinières que je prenais pour le Marquis et sa demoiselle qui s'étaient esquivés sans doute pour rire plus a leur aise.

« Apercevant la porte du dehors dans mon mouvement de retraite, je m'y dirigeai avec précipitation.

(( En m'y rendant, toujours en saluant de reculons crainte d'être incivil, je heurtai violemment une grosse fermière qui entrait. Elle portait sur sa tête un vase rempli de crème. Je ne sais comment la chose se fit, mais la fermière dont j'avais barré les jambes tomba sur moi et le pot de crème m'inonda la figure. Certes ce n'était pas un petit poids, je vous prie de le croire, que celui de la fermière et lorsque je fus débarrassé de sa masse, grâce aux valets qui nous relevaient en étouftant de rire, j'enfourchai ma monture que mon laquais tenait à grand 'peine.

« Je piquai des deux éperons les flancs de la rosse, elle partit à la course mais ce fut pour gagner l'étable où il lui restait sans doute un peu de picotin. En y entrant, malgré tous mes efforts pour l'arrêter, naturellement je fus désarçonné. J'étais tombé à la porte de l'écurie et lorsqu'on me ramena ma bête les valets n'avaient pas encore fini d'enlever avec du foin et des balais les ordures qui couvraient la partie de mes habits sur laquelle j'étais tombé.

«Je remontai de nouveau et ce ne fut qu'à force d'être poussé, battu par les valets et enfin grâce à une corde que mon laquais lui passa au cou pour la faire remorquer par son âne, que l'infâme Rossinante se décida à se mettre en marche. Je m'éloignai de ces endroits accompagné d'éclats de rire que je n'oublierai jamais de ma vie.

« Mon indigne jocrisse avait entre ses dents au moins la moitié du foin qui lui avait servi de selle pour s'empêcher de faire chorus avec la valetaille du château, tandis que son âne poussait des braiments comme contre-basse

« En entendant raconter cette belle équipée, mon père en fit une maladie qui le conduisit en peu de temps au tombeau. Après sa mort, tous nos biens furent vendus, et je m'éveillai un bon matin n'ayant pour tout partage que le chemin du roi.

(( J'ai oublié de vous dire que ma mère était morte depuis un grand nombre d'années.

« J'étais fils unique, n'ayant pour tout bien que cette arme, (et il leur montra sa carabine) que mon père m'avait donnée dans des jours meilleurs.

(c Voilà pourquoi je me suis embarqué sur un bâtiment qui faisait voile pour le Canada et me suis fait trappeur. »

Je l'avoue franchement, celte mirobolante histoire réussit à m'arracher un rire que je n'avais pas connu depuis bien des années.

Pour ks deux autres qui l'avaient écouté avec un grand sérieux jusqu'à ce moment, je crus qu'ils n'en finiraient plus tant leur hilarité était grande.

Lorsqu'ils se furent calmés, Baptiste s'écria •

« Sacrement de pénitence, c'était son juron favori, je veux que la corde qui servira tôt ou tard à pendre les trois coquins que nous avons rencontrés aujourd'hui m'étrangle si je crois un seul mot de ce que vous venez de dire. Il vaudrait mieux tout bonnement avouer que comme moi vous êtes poussés comme des champignons, remettant votre appétit au lendemain quand vous n'aviez rien à manger la veille. Pour moi qui me connais en homme, je vous sais deux vigoureux gaillards, honnêtes et déterminés. La franchement donnons-nous la main ce sera entre nous à la vie et à la mort, si vous le voulez. Nos origines et nos titres de noblesse sont du même niveau et sans frime après que nous aurons 50upé, je vous raconterai la mienne. »

Ils échangèrent ensemble de cordiales poignées de mains et le silence ne fat bientôt troublé que par le pétillement du feu et le bruit de leurs mâchoires.

Les appétits satisfaits, Baptiste commença sa narration : Son enfance avait été misérable comme celle de presque tous les enfants trouvés. Abandonné su- le bord du chemin, il avait été recueilli par une espèce de mégère qui l'avait élevé dans un but de spéculations. Elle parcourait les villes et les villages, exploitant la pitié des personnes charitables par l'éiat de maigreur et de dénuement dans lequel elle le maintenait en le privant de nourriture et en vendant les hardes qu'on lui donnait pour en employer l'argent à acheter des liqueurs spiritueuses dont elle se gorgeait.

Lorsqu'il eut atteint l'âge de sept ans, il avait déserté pour échapper à ses mauvais traitements et était venue rejoindre un campement de sauvages qu'il nomma et que je reconnus comme faisant partie de la tribu où j'étais chef, et au milieu de laquelle il avait passé une dizaine d'années. La guerre étant survenue, il s'était engagé comme volontaire dans le corps expéditionnaire du Commandant Ramsay qui partait pour l'Acadie.

Les ennemis du sol une fois repoussés, il s'était embarqué à bord d'une corvette française ayant nom La Brise. Pris comme corsaire et vendu en qualité d'esclave, en même temps que son chef sauvage qui commandait sur le même vaisseau à cinquante volontaires de sa nation, il était parvenu à s'échapper après des dangers sans nombre.

Il avait depuis sillonné les mers en tous sens et était revenu se faire trappeur avec le dessein bien arrêté de revoir ses anciens amis. Comme il était certain que le chef devait être mort dans les fers de l'esclavage n'en ayant eu aucune nouvelle depuis, il désirait surtout rencontrer la fille de ce même chef qui avait été une Providence pour lui avant son départ et la protéger dans le cas où elle serait dans la nécessité, en reconnaissance de ce qu'elle lui avait fait.

On peut imaginer avec quel intérêt mêlé de surprise j'écoutai cette histoire. Elle était d'ailleurs de nature à m'intéresser à plus d'un titre. D'abord la rencontre de Baptiste que j'avais double plaisir à revoir puisque je le connaissais depuis nombre d'années et que c'était le même qui enfant, était venu nous demander asile. En l'absence de Paulo, il était le commensal le plus assidu de ma cabane.

Angeline lui avait voué une amitié toute fraternelle. Elle lui avait même donné des leçons de lecture et d'écriture qui avaient considérablement développé son intelligence déjà remarquable. Aussi le pauvre orphelin, peu habitué aux bons procédés, la traitail-il avec une déférence et un amour tout filial, bien qu'elle n'eut que peu d'années de plus que lui. C'était elle, la chère ange, qui l'avait engagé à prendre du service à bord de La Brise pour me porter secours au besoin. Ces derniers détails, je les ignorais entièrement.

J'étais doublement heureux de la rencontre de Baptiste. Bien que j'eusse la certitude que je ne m'étais pas trompé sur les scélérats qui avaient commis les actes de brigandage à Ste-Anne, j'allais cependant éclaircir tous mes soupçons, car Baptiste connaissait parfaitement Paulo ; aussi m'empressai-je de sortir de ma cachette.

Malgré le peu de bruit que j e fis, l'oreille exercée des trappeurs les avertit de l'approche d'un étranger. Croyant à une attaque subite, ils disparurent derrière les arbres et je vis briller à la lueur du feu les canons de trois carabines. J'élevai la voix et continuai à avancer en disant : u Est-ce que par hasard trois hommes jeunes et vigoureux comme vous l'êtes auriez peur d'un compagnon chasseur ? )> Je m'approchai complètement désarmé jusqu'auprès du feu.

A ma vue, Baptiste laissa tomber son fusil, puis la bouche ouverte, l'œil fixe, il me contempla avec un étonnement indicible. D'un saut, il fut auprès de moi, m'embrassa les mains, fit mille contorsions, mille gambades, tant était délirante la joie qu'il éprouvait de me revoir. Ses autres compagnons le regardaient faire avec une surprise et un ébahissement non moins grands. Sans nul doute, ils crurent que leur chef devenait fou à lier.

Lorsqu'ils eurent repris leurs sens et que Baptiste leur eut donné quelques explications, il me fallut répondre aux pressantes questions de Baptiste qui me demandait des informations sur mon sort et celui d'Angeline.

{à suivre) Dr Ch. de Guise.

Page 1