JUIN 1890 HOCHELAGA DEPICTA
l'ancienne bourgade
« Plus de cent ans, dit un auteur anglais, avant que de Maisonneuve consacra à la Vierge Marie, avec les rites solennels de l'Eglise, la capitale de sa colonie, une bourgade fortifiée existait au pied de la montagne trappean qui donne son nom a Montréal. Depuis combien de temps occupait-elle cette position prééminente, nous ne pouvons que conjecturer. Mais, le fait que dans la première partie du XVIe siècle, c'était la place forte d'une nation apparamment prospère, montre que ses admirables avantages naturels avaient été reconnus, même par les incultes prédécesseurs de ses habitants presque civilisés. Le spectacle qui se présenta aux regards du hardi marin de St-Malo et de ses braves compagnons fut un présage de la grandeur et de la prospérité de Montréal, dans les jours a venir, alors que le fruit des batailles serait remplacé par le son strident des industries diverses, » (i)
Plus loin il ajoute : « Ce ne fut pas une chance aveugle qui plaça les grossiers et primitifs guerriers, chasseurs et agriculteurs à l'endroit où Jacques Cartier les trouva. Pour la sécurité, pour un asile, pour la facilité des rendez-vous, pour faire le commerce aucun autre point pourrait être plus favorable. Le même instinct qui guidait les hordes à demi-civilisées dans les premiers âges des pays orientaux, aux sites de Ninive, de Babylone, de Memphis, de Tyr, poussa les enfants de la forêt à faire une place forte de Hochelaga. Bien qu'ils ne puissent concevoir les possibilités de son développement sous une direction supérieure à la leur, ils virent que la situation était favorable pour satisfaire leurs besoins et ainsi sans le savoir, il prédisaient et ses plus lointaines et ses plus grandes destinées. »
A l'époque où Cartier visita Hochelaga, c'était une bourgade composée d'environ cinquante cabanes d'écorce cousues ensemble « de cinquante pas de longueur sur douze ou quinze de largeur. Chaque cabane se composait de plusieurs pièces distribuées autour d'une salle carrée, où se trouvait le foyer et se tenait la famille. Le village était entouré d'îine triple enceinte (2) circulaire palissadée. Il régnait en plusieurs endroits, vers le haut de cette enceinte, des galeries contre lesquelles des échelles étaient appuyées ; des amas de pierres étaient déposés
(1) Ferlaud ne jjartage pas cette dernière opinion et comme lui je crois qne "Les destinées futures du royaume de Hochelaga ne dvirent pas apparaître aussi brillantes à l'esprit de Jac(iues Cartier malgré toute la partialité qu'il devait ressentir pour un pays découvert par lui et devenu ainsi pour lui un titre de gloire. L'on n'en saurait être surpris ; car, même sur le continent d'Amérique, peu de villes ont marché aussi rapidement que Montréal vers une grande prospérité. "
(2) A propos de ce mur d'enceinte le père Charlevoix et M. Garneau n'ont pas compris Cartier. — Note de l'abbé Proulx.
auprès pour la défense. Dans le milieu de la bourgade se trouvait une grande place. » (Garneau.)
La palissade, dit encore Ferland, avait vingt pieds de hauteur et était formée d'un triple rang de pieux. Ceux de la rangée du milieu étaient plantés droits ; ceux des deux autres rangées, se croisaient par le haut, et le tour était fortement lié avec des branches. .Une seule porte donnait entrée à l'intérieur.
Quant à sa situation, et à ses habitants, les opinions sont partagées. Cependant l'abbé Proulx semble avoir défini exactement et son endroit et ses habitants. D'ailleurs, et peut-être sans le savoir, il corrobore les avancés de Horatio Haie et de Benjamin Suite au sujet de la nation, qui devait être iroquoise. Pour le site il est selon moi le premier qui ait indiqué le inont Saint-Joseph où s'élève aujourd'hui la cathédrale.
Parlant de Jacques Cartier à Hochelaga, L. Guérin rapporte : « Ici, tout le charme et l'enchante et l'antique Atcadie apparaît à ses yeux. Les hommes, les femmes et les enfants se pressent au devant de lui avec des cris joyeux, les uns formant des danses agrestes, les autres lui présentant le fruit de leur pêche et de leur chasse. A peine a-t-il mis pied à terre que d'échelons en échelons, ayant été annoncé comme un Dieu, il se voit entouré par des mères indiennes apportant leurs petits enfants à brassées pour les lui faire toucher et dans leur confiance, assurer ainsi la vie de ces êtres chéris. Emu de ces scènes touchantes le navigateur fit asseoir et ranger toutes les femmes d'un côté et les hommes de l'autre et à tous distribua ses largesses. »
Puis Cartier admire le pays, se fait conduire sur la montagne qu'il appelle Mont-Royal et d'où les historiens font dériver le nom de Montréal a l'exception de Gérald E. Hart qui prétend que la ville aurait été nommé ainsi par le marin de St-Malo, en l'honneur d'un de ses compagnons, Monpied, sieur de Montréal.
Quoiqu'il en soit le navigateur, après avoir longtemps contemplé les lieux ne s'éloigna pas sans regret du pays où il avait reçu un si bon accueil.
E. Z. Massicotte.