HISTOIRE
L'histoire sous Louis XIY a produit quelques grands noms qui auraient sufifi pour iramortalibcr ce règne ; Bossuet et Fénelon, ces deux illustres génies dont nous avons déjà parlé, furent de profonds historiens, jugeant les choses et les faits sur le côté de la philosophie chrétienne. Après eux, Vertot, Mézeray et le cardinal de Retz furent les plus célèbres.
Le premier, entré d'abord dans l'ordre des Capucins, quitta bientôt le cloître pour l'état ecclésiastique. Vertot était doué d'une imagination des plus brillantes ; cherchant à plaire, il donna à ses ouvrages historiques une forme des plus dramatiques et des plus romanesques ; il a véritablement créé le roman historique, d'une manière peut-être indirecte mais certaine. Dans aucune de ses œuvres, Vertot ne fait preuve d'un jugement sûr et la philosophie lui est totalement étrangère.
Son Histoire des révolutions romaines est sans aucun doute son meilleur ouvrage. On cite encore de lui V Histoire des révolutiojis de Portugal et VYiistoire de F ordre de Malte.
Mézeray, après avoir cultivé les muses, se livra ensuite avec passion a l'étude de l'histoire. D'un caractère curieux el railleur, il prit plaisir a rire des actions des rois et des princes de son siècle ; imbu d'idées républicaines, il parla avec amour de cette liberté imaginaire que la nation française ne devait réellement posséder qu'un siècle plus tard, au prix du sang. Son Histoire de France, malgré de grands défauts, a des beautés incomparables qui ont fait de Mézeray, l'historien le plus célèbre de France après Bossuet el Voltaire.
Jean François-Paul de Gondi, cardinal de Retz, l'homme le plus intriguant de la cour de France, se mêla activement, quoique prêtre, aux troubles de la Fronde ; moitié républicain, moitié royaliste, il sut s'attacher et le parti du roi et le parti du peuple.
Le cardinal de Relz a donné dans ses fameux Mémoires la relation hdéle des faits dont il fut le témoin, il excelle, dans ces notes admirables, à tracer d'un seul coup de pinceau tout un caractère, tout un portrait. « Ses Mémoires, dit le président Hénault, sont très agréables à lire. »
Nous avons, le plus brièvement possible, donné quelques notes biographiques et littéraires sur les principaux génies qui ont illustré les lettres françaises au XVIIe siècle. Chacun de ces écrivains et orateurs célèbres nécessiterait tout un volume pour le bien juger, examiner sous toutes ses faces ses ouvrages les plus remarquables ; nous n'avons voulu que réunir quelques appréciations qui suffiront peut-être pour donner une certaine idée de la littérature française dans ce siècle de bon goût.
Pour clore ces notes, il est de notre devoir de nommer les écrivains secondaires dont quelques-uns ont produit de véiitables chefs-d'œuvres.
Arnauld, dans son livre De la fréquente communion, Nicole, dans
son Traité de la perpétuité de la foi, se montrèrent de zélés partisans du jansénisme.
Après les noms de Mad. de Sévigné et de Mad. de Maintenon, nous remarquons celui de Mad. de Simiane.
Parmi les auteurs dramatiques, on admire encore avec raison les ouvrages de Scarron, Puget de la Serre et Rotrou.
Thomas Corneille, frère du grand Corneille, a eu une grande réputation de son temps.
« Il est, dit Voltaire, un homme d'un grand mérite et d'une vaste littérature ; si vous exceptez Racine, auquel il ne faut comparer personne, il était le seul écrivain de son temps, qui fut digne d'être le premier audessous de son frère ». Ses meilleures tragédies sont, Bérénice, Timocrate, Darius, Ariane.
Le genre delà Fable, a eu après l'uiimitable La Fontaine, deux représentants distingués dans Lamothe et Florian. Celui-ci surtout se distingue par de précieuses qualités.
L'éloquence sacrée du XVIIe siècle s'honore des noms de saint Vincent de Paul, cet apôtre de la charité, le père des pauvres, du P. de la Rue et de Cheminais de Montaigu.
La poésie fugitive au XVIIe siècle a produit Maynard et Voiture.
Racan, Legrais, dans l'églogue, Mad. Lafayette, dans les nouvelles littéraires, Mlle de Scudéry, dans les romans, Mad. Deshouillières dans Vydylle ont acquis une réputation des plus enviées.
Ici finissent nos notes sur la littérature française du XVIIe siècle ; la réunion de tant d'écrivains et d'orateurs de génies ont placé le siècle de Louis XIV le premier de tous les siècles du moins de ce côté de la littérature.
{à suivre) Paul Durand.