PRES D'UN BERCEAU
Dans ses fines dentelles roses
Bébé, doucement, dort encor
Rêvant à de futiles choses
Qu'il caresse comme un trésor.
La mère est tout auprès et guette le sourire Du petit qui bientôt, joyeux, s'éveillera, Il entr'ouvre les yeux. Quel sera son délire Quand, sur son cœur aimant, son fils gazouillera !
Comme elle est belle Et touchante, à la fois, dans ce rôle si doux
Qui nous rappelle Le temps où nous avions notre mère aussi nous.
Mais, voyez donc, ses deux mains se sont jointes Et son regard s'est levé vers les cieux. Hélas ! elle a conçu des craintes Car l'avenir apparaît à ses yeux — L'avenir est toujours mystérieux et sombre ! — La pauvre mère tremble en songeant à celui De son petit enfant. Elle y voit beaucoup d'ombre Et bien peu de rayons : Nul bonheur n'est pour lui. Elle le voit marcher dans le chemin des larmes, Elle le voit souffrir seul et sans amitié. Et personne n'est là pour calmer ses alarmes... Personne à ses côtés dont l'amour, la pitié... Oh ! mais soudain toute la scène change L'enfant s'éveille et tend ses petits bras Angoisse et crainte avec le rêve étrange Sont déjà loin... plus de peine ici-bas !
Puis la chambre s'emplit de rires Le baiser succède au baiser.
Moment d'ivresse ! aucuns plaisirs Ne pourront jamais t'égaler.
Québec, juin 1890. Elisa.