‹ Le Recueil littéraire (volume 2)Chapitre 77 sur 100 · EFFETS DE NEIGE · texte numérisé non relu

EFFETS DE NEIGE

(extrait de mon journal)

Sur terre, il neigeait.

Depuis le matin, de gros fiocons étoiles formant chacun un hexagone admirable, tombaient obliquement avec une extrême lenteur, et une régularité parfaite. Ils semblaient se poser délicatement sur le sol, sans bruit, sans secousses, sans rien. Semblable à ces tissus flexibles qui* drapent le corps sans dissimuler les formes, le manteau de neige, qui allait envelopper la nature pour plusieurs mois, se prêtait aux moindres caprices du terrain, indiquant les plus petites sinuosités.

En haut le spectacle était curieux.

A une certaine hauteur, le ciel paraissait une masse compacte, d'une couleur laiteuse, qui se divisait insensiblement par petits morceaux de plus en plus éloignés à mesure qu'ils s'approchaient.

i^lânant dans les rues, je m'amusais à contempler, à jouir. Le sort des flocons m'intéressait. Les uns s'accrochaient aux toits des maisons et demeuraient là, résignés ; les autres descendaient plus bas, effleuraient la froide pierre et disparaissaient bientôt, ne laissant qu'un pleur, qu'une larme pour traqe de leur passage. Certains se suspendaient aux enseignes, aux corniches, formant une architecture fantastique par dessus l'architecture humaine ; d'autres encore s'arrêtaient sur les fourrures des passants, et s'y faisaient de petits nids soyeux ; quelques uns, les plus galants, se posaient sur la figure jolie de nos Canadiennes. Les audacieux allaient même se consumer sur les lèvres carminées, dans un baiser virginal, plein d'amour. Le reste avait une destinée moins belle : ils jonchaient la terre gelée, l'asphalte, le bois, puis étaient foulés par les pieds des hommes et les sabots des bêtes.

C'était monotone et pourtant c'était beau.

Les voitures peu à peu étaient remplacées par les sleighs rapides et l'air se remplissait de sons argentins.

Le soir, lorsque comme par enchantement, le fluide électrique se chargea de chasser les ombres de la nuit, les lumières brillantes se reflétèrent avec un plus vif éclat, et la ville paraissait joyeuse de sa toilette d'épousée. Montréal tendue d'hermine attendait les plaisirs, et le Carnaval se montrait à l'horizon.

E. Z. Massicotte.

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