‹ Le Recueil littéraire (volume 2)Chapitre 90 sur 100 · MARINE · texte numérisé non relu

MARINE

La marine, au temps de Louis XIV, ne comptait pas un grand nombre de vaisseaux ; les découvertes importantes qui se firent dans le siècle suivant lui donnèrent un plus grand accroissement ; cependant, parmi les marins célèbres qu'a produits la France du XVIIe siècle, nous admirons trois noms, trois génies dont la gloire, toujours pure, toujours grande, fait celle de leur patrie ; ce sont Jean Bart, Duquesne et Duguay-Trouin.

Le premier, né en 1650, à Dunkerque, fut le plus populaire des marins français ; courageux, ardent, intrépide, audacieux et généreux, il sut, par la réunion brillante de tant de belles qualités, exciter l'admiration la plus sincère de ses compatriotes et la crainte de ses ennemis.

Chef de corsaire à vingt-cinq ans, Jean Bart porta l'effroi et la terreur chez les ennemis de la France ; il purgea les mers des pirates qui s'emparaient des navires marchands et descendaient sur les côtes y portant la dévastation et la ruine.

Cet illustre marin bravait tout ; la mort, ordinairement si redouté ne l'effrayait point, et cependant sous une si rude écorce, il cachait un cœur noble et compatissant. Il est inutile ici de raconter ses actions éclatantes et de louer de nouveau son courage. La postérité l'a jugé brave et grand capitaine et elle a eu raison.

Abraham Duquesne, né à Dieppe en 1610, rivalise avec Jean Bart et plusieurs même afiirment qu'il lui est supérieur.

Il est une des gloires les plus pures de la France. Comme Jean Bart, il poursuivit a outrance les corsaires de la Méditerrannée et bombarda Alger. Il força le doge de Gênes, qui avait osé braver la puissance du grand roi, à venir s'humilier aux pieds du monarque français.

Duguay-Trouin, né dans la ville qui a produit le hardi navigateur que nous admirons tous, l'illustre Jacques Cartier, s'immortalisa parla prise de Rio-Janeiro.

Il désola le commerce de l'Angleterre, de Hollande et du Portugal. Il était modeste, plein de désintéressement mais inflexible lorsqu'il s'agissait du point d'honneur.

Après ces noms immortels, nous remarquons ceux de Forbin et de Tourville qui ont remporté sur les mers des victoires éclatantes.

{la fiîi au p7-ochain numéro) Paul Durand.

(Spécialement écrit pour Le Recueil Littéraire) CHRONIQUE DE QUINZAINE

Les ouvriers ont inauguré le mois de septembre par une démonstration qui, si l'on en croit les journaux, a atteint toutes les espérances des organisateurs. Suivant moi, les ouvriers n'ont pas à se plaindre de leur sort, surtout depuis qu'ils en ont chipé des leurs parmi les échevins et même parmi les membres du parlement. Tout cela est bel et bon, mais de cette pensée agréable découle une autre plus triste : je veux parler de l'émigration. L'expatriation est chez nous une véritable plaie qui prive le Canada d'un grand nombre de bras qui lui sont nécessaires ; nos ouvriers, foulant aux pieds honneur et patrie et serments, s'en vont chercher l'or de l'autre côté de la frontière, profitant sans doute de ce que nos confrères américains tiennent un vrai bazar où se frôlent les produits humains, de tous les points du globe. Cette manie de l'exil volontaire existe depuis longtemps : dès 1853 elle inspirait à Crémazie une pièce magnifique qui commence par ces vers :

" Loin de vos vieux parents, phalange dispersée, 0 jeunes Canadiens qu'une fièvre insensée Entraîne loin de nous aux régions de l'or, Avez-vous bien compris ce grand mot : la patrie ? Ce ciel que vous quittez pour une folle envie. Ce ciel du Canada, le verrez-vous encore ? "

Vingt ans après, Lemay, pour guérir la même blessure, s'écriait à son tour r

" Pourquoi donc fuyez- vous notre belle patrie,

Jeunes gens au bras vigoureux ?

N'a-t-elle plus besoin ni de votre industrie, Ni de votre sang généreux ? ' '

Ces deux poëtes sont plus éloquents que le chroniqueur du Recueil, c'est pourquoi je ne puis mieux finir que par un autre extrait du même morceau de Crémazie :

" Au nom de vos aïeux, qui moururent pour elle. Au nom de votre Dieu, qui pour vous la fit belle, Eestez dans la patrie où vous prîtes le jour ; Gardez pour ses combats votre ardeur enivrante. Gardez pour ses besoins votre force puissante. Pour ses saintes beautés gardez tout votre amour. "

Ce que c'est que l'incognito !

Il y a, paraît-il, un des collaborateurs du Recueil, qui a voulu, on ne sait pourquoi, connaître le vrai nom de Ludovic. Que cet indiscret veuille bien accepter les vers suivants :

On veut savoir comment se nomme Celui qui signe " Ludovic " ; Sans nul doute, c'est un jeune homme ; Mais son vrai nom, c'est là le hic.

Cette demande est ciirietise, Je puis voiis l'affirmer vraiment, Car ma muse peu sérieuse S'en amuse fort gentiment.

Pourtant, il faut une réponse

A toute sage question ;

Mais que voulez-vous que j'annonce ?

Vous laisserai-je avec un : " Ifon ! "

Pas tout-à-fait : c'est trop sévère, Au chroniqueur il est permis De dire, pour vous satisfaire :

" Ludovic est de vos amis. "

Après cela, ni nom, ni verbe :

Je trouve que c'en est assez.

Et vous laisse avec le proverbe :

" Cherchez bien et vous trouverez. "

Dans mon dernier écrit s'est glissée une faute, une faute à faire blêmir monsieur Lusignan : je veux parler de l'épellation du mot orthographe. » Je m'empresse de signaler cette erreur, dont je ne crois pas avoir la paternité. On est prié de lire aussi « madame du Janze, » au lieu de « madame du Lauze. »

Quelques combles pour terminer :

Savez-vous celui de la méchanceté ?

— Battre la campagne. (Je crois que plusieurs lectrices du Recueil ont déjà répondu • « Battre sa compagne ! «)

Celui de la force : ^'

— Soulever l'opinion publique : c'est ce que Testo raterait et que plusieurs de nos orateurs réussissent parfois.

Celui de la cruauté, enfin ?

— Tuer le temps.

Voilà un microbe que monsieur le docteur Malin-Conico aurait dû découvrir en même temps que celui de la vieillesse.

i septembre 1890. LUDOVIC.

PETITES NOTES

Nous accusons réception du Journal d'Hygiène Populaire, organe officiel du Conseil Provincial d'Hygiène et de la Société d'Hygiène de la Province de Québec.

Cette intéressante publication mensuelle, qui compte aujourd'hui sept ans d'existence, se recommande fortement à l'attention de nos lecteurs et principalement de nos lectrices.

M. le Dr J. I. Desroches en est le rédacteur en chef et M. le Dr J. A. Beaudry l'administrateur.

Le Journal de Waterloo, publié à Waterloo, P. Q., vient de nous arriver. Cette excellente publication, qui compte neuf ans d'existence, fait honneur à son propriétaire, M. J. A. Chagnon. V. G.

(Spécialement écrit pour Le Recueil Littéraire) UN MOT NOUVEAU

Sous ce titre, dans le dernier numéro du Recueil Littéraire, je suggérais un mot français pour typewriter et comme je pensais qu'il devait y avoir un mot français pour désigner cette invention, je faisais appel à ceux qui en aurait entendu parler, de bien vouloir nous l'apprendre et voici ce qu'on m'écrit à ce sujet :

" St- Henri de Montréal, 28 août 1890.

" Monsieur Chaussé,

" Ne serait-il pas préférable de dire mécanigraphe au lieu de machinégraphe comme " je l'ai déjà vu quelque part. Il me semble que le mot convient mieux.

" Un ami de St-Henei. "

Mon ami a peut-être raison, le mot mécanigraphe dérive aussi des mots grecs : mêchanê ou mêkhane (machine) tigraphô (j'écris). La différence qu'il peut y avoir est que mécanigraphe sonne mieux à l'oreille.

Un confrère qui signe G. Des Chausser s, me fait l'honneur d'une critique dans Le Monde Illustré du 6 septembre. Je le remercie cordialement de s'être donné le trouble de m'apprendre que le mot : mécanigraphe existait quand j'ai écris mon article. Mais il me semble que sa critique aurait eu plus de poids si mon confrère avait signé soîi nom au bas de son article.

J. Alcide Chaussé.

BIBLIOGRAPHIE

Nous venons de recevoir de notre aimable collaborateur, M. EUivedpac, quatre volumes de poésies r Ellivedpaciennes illustrées. Mes papillons, Echos de la villa des Arcades et Pompons d'or.

Que de pièces charmantes dans ces volumes ! Signalons seulement Le rêve d Ali, couronné par le « Cénacle littéraire d'Avignon, » La charité, poème dédié à Son Altesse Royale Marie de Lusignan, Cri du cœur, pièce très patriotique écrite en 187 1, alors que l'auteur n'avait que seize ans.

Il nous est inutile de faire ici l'éloge de M. EUivedpac ; disons seulement que c'est un vrai poète, qui, soutenu par le feu sacré, a fourni et fournit encore de la copie à plus de cent journaux de Paris et de la province.

Tous ceux de nos lecteurs, amateurs de belle et bonne poésie, qui désireraient faire plus ample connaissance avec M. EUivedpac, n'ont qu'à lire son dernier volume, les Pompons d'or. A notre confrère, nous offrons nos sincères félicitations. V. G.

PETIT COURRIER

A. B., Montréal : Ai reçu. Très bien. — Miss E. Ebrtone ; A. EUivedpac : Poésies dans prochain numéro. — J. U. B., Fernet- Ville : Vais vous écrire. — G. 0. T., Montréal : Bien. — J. Aie. Ch., Montréal : Poésie passera dans prochain numéro.

HELIKA

MÉMOIRE D'UN VIEUX MAITRE D'ÉCOLE

No 27

Le repas terminé, j'invite mes amis à s'étendre sur leurs lits. Peu de minutes après le Gascon et le Normand ronflaient à pleins poumons, tandis que Baptiste se tourne de mon côté et semble se consulter intérieurement. Il a certainement quelque chose d'important à me dire, car il me regarde en pleine figure et balbutie quelques paroles sans suite.

Enfin il se décide à s'approcher de moi en disant : « Ne me grondez pas trop fort, Père Hélika, mais avant que de revenir j'ai été la voir et elle m'a reconnu. Oh ! la chère enfant qu'elle est belle et comme elle m'a demandé avec empressement de vos nouvelles. Puis sans me laisser le temps d'ajouter un mot ! Et les bonnes religieuses et la mère d'Attenousse qui se trouvait là, avec quelle anxiété elles se sont informées de vous ! Nom d'un nom ! je ne suis pourtant pas une Madeleine, mais vrai, j'ai été trop bête pour leur répondre. J'étais, comment vous dirai-je, tenez aussi incapable de parler que quand ma pauvre mère me dit dans ses derniers moments en m'embrassant : Baptiste, je vais te laisser pour toujours, mais Dieu prendra soin de toi. Sois honnête et religieux avant tout. Je ne pus dire un seul mot. A travers mes larmes, je voyais tout danser et tourbillonner autour de moi. Je m'agenouillai seulement pour recevoir sa bénédiction. Le lendemain ia sainte femme n'était plus. Elle était morte sans que j'aie pu lui donner l'assurance que je suivrais à la lettre ses dernières recommandations. Maintenant, je vous avouerai que c'est ainsi que je me suis trouvé en entendant les belles paroles que la Dame Supérieure et l'Assistante me disaient. Stupide et pleurnichant comme une vieille femme je sortis ne sachant où donner la tête. Un homme m'attendait à la porte et est venu me reconduire jusqu'au canot. Il avait sous le bras un gros sac qu'on vous envoyait sans doute. »

Baptiste à ces mots me présente ce sac que j'ouvre en sa présence. Il contenait des provisions que mes bonnes soeurs lui ont fait remettre pour leur descente. Il y a de plus une enveloppe dans laquelle il doit y avoir une charmante petite lettre. Elle est si mignonne et si gentille.

« En effet, ajouta-t-il en se frappant le front, l'homme de l'hôpital, rendu au canot, m'a dit : Ce sac est pour vous, la lettre pour le grand Chef, et je me rappelle à présent que pendant que je parlais avec les religieuses la petite avait dit : <( Je vais écrire à mon père Hélika. »

Il Ne m'en voulez pas, je l'aime moi aussi et je voulais savoir si elle était heureuse. Maintenant me pardonnez-vous ? »

Je l'embrasse a ces paroles et je lui presse la main. C'était la seule marque de reconnaissance que je pouvais lui donner. J'étais si ému de ces témoignagnes d'amitié. J'insistai pour qu'il prit quelque repos, il s'étendit sur son lit et ne tarda pas à s'endormir.

Je vais de suite m 'installer au pied d'un arbre touffu que les rayons

du soleil ne caressent que mollement avant que d'arriver à moi. J'ouvre le cahier et je lis le rapport et la lettre du geôlier : La voici.

« Monsieur,

« En réponse à la demande que vous m'avez faite, je vous rends compte aujoutd'hui de la manière dont les prisonniers se sont conduits depuis leur condamnation. Après le prononcé de leur jugement et l'assurance que la cour leur donna qu'ils n'avaient aucune miséricorde à espérer des hommes et qu'ils devaient se préparer à paraître devant Dieu le 20 du courant, ils ont échangé ensemble quelques mots de fureur que nous n'avons pu saisir parce qu'ils étaient dits dans une langue que personne ne comprend.

« Du 12 au 13, ils ont passé une nuit affreuse de même que tous leurs jours et nuits depuis leur retour à la prison. Ils ont cherché à s'élancer l'un contre l'autre dans des transports indicibles de rage ; un gardien de la prison s'est approché d'eux pour essayer à les apaiser, mais ils se sont précipités sur lui avec la férocité de tigres altérés de sang. Malheureusement il était à portée de leurs atteintes et sans le prompt secours d'autres gardiens, il eut été impitoyablement massacré par ces deux monstres. Leurs chaînes sont solides. Dieu merci, ils ne peuvent s'atteindre, car ils s'éventreraient, tant grande est la fureur qui les anime l'un contre l'autre. Je regrette d'avoir à ajouter que leur conduite loin de s'améliorer paraît augmenter en férocité d'un instant à l'autre. L'aumônier de la prison est venu plusieurs fois tenter tous les efforts possibles pour les calmer. Il a essayé à leur faire entendre des paroles de paix, mais ils lui ont répondu par d'épouvantables imprécations. Le prêtre en est sorti chaque fois de plus en plus contrisié. •

« Enfin, ce soir, le 14, le vénérable abbé dont vous m'avez parlé, est arrivé et de suite il s'est installé auprès des prisonniers. Il m'a prié de le laisser seul avec eux. Quelle figure imposante, quelle douceur se reflète sur chacun de ses traits ! Sa voix est douce et pleine d'une onction à laquelle il est difficile de résister. Il s'est approché d'eux en leur tendant la main avec bonté et en leur adressant à chacun des paroles de consolation, mais les monstres, au lieu d'embrasser avec vénération la main que ce saint apôtre leur tendait, se sont rués sur lui et l'ont envoyé rouler sur la muraille où sa tête à été se heurter. Il s'est relevé avec calme, a tiré son mouchoir de sa poche et a essuyé le sang qui ruisselait de son front sur sa figure par la blessure qu'il s'était fait en tombant. Pendant ce temps, les deux scélérats poussaient d'horribles ricanements. Nous comprîmes de suite, en les entendant, qu'ils devaient avoir commis une action diabolique. Nous sommes tous accourus à son aide, mais avec une douce autorité il nous a priés de nous retirer, puis tournant vers les deux bandits un regard charge de larmes il leur a adressé à tous deux dans leur langue des paroles d'une douceur ineffable, mais les démons ne voulurent seulement pas l'entendre. Alors le saint prêtre s'est agenouillé et a longtemps prié pour eux. Cette prière du juste devait monter vers le ciel comme un parfum céleste, ils avaient comblé sans doute la mesure de leurs crimes car Dieu a paru leur refuser les trésors de sa miséricorde.

« Voilà, Chef, ce que j'ai à vous raconter de ce qui s'est passé jusqu'à

l'arrivée de M. Odillon. Il m'a annoncé qu'il était chargé de continuer le journal que j'ai commencé. Il ne me reste plus qu'à ajouter que l'air de plus en plus abattu et découragé du saint homme, me fait augurer très mal du résultat de sa divine mission.

« Si je ne craignais de vous contrister davantage vu que vous semblez leur porter de l'intérêt, qu'ils sont loin de mériter, je vous l'assure, je vous avouerais que les gardiens et moi qui sommes préposés à la garde de malfaiteurs, meurtriers, de bandits de toute espèce, nous n'avons rien rencontré qui peut approcher de la méchanceté et de la scélératesse de ces deux brigands.

« Agréez, Chef, l'assurance de la haute considération avec laquelle,

i( je suis votre dévoué,

« Gaspard, « Geôlier de la prison de Québec. »

(Québec, 14 septembre.)

Bien que je n'aie passé que peu de temps à causer avec le geôlier, j'ai reconnu en lui le type de l'honnête homme qui bien qu'énergique et ami de son devoir, sait tempérer les rigueurs de la prison par tous les moyens dont il peut disposer. Je le sais doué de plus, d'un sens droit, d'un esprit expérimenté et observateur.

Je ne puis donc me défendre d'uu frémissement en songeant au dénouement du drame sinistre qui va se dérouler et dont j'entrevois la fin affreuse ; aussi est-ce en tremblant que je prends le journal de monsieur Odillon. Je lis d'abord la lettre qu'il m'adresse le joui de l'exécution.

« Septembre 20, à midi.

<( Mon cher frère,

(( Enfin le drame est terminé ! Il y a une heure, je voyais disparaître dans un coin reculé du cimetière, les restes mortels du malheureux Paulo et de son complice. C'est la mort dans l'âme et encore tout rempli d'horreur de ce que j'ai vu et entendu dans les derniers jours qui ont précédé l'exécution et au moment où leur âme devait paraître devant le Juge suprême, que je remplis la promesse que je vous ai faite. Croyez-le, mon frère, il y a de tristes moments dans la vie. Dieu arrose quelquefois de larmes bien amères la carrière de ses ministres.

« Jamais peut être dans une vie qui compte aujourd'hui près de quarante cinq ans d'apostolat, je n'ai eu autant d'angoisses et de découragement que pendant ces quelques jours. Mon Dieu ! je ne m'en plains pas puisque telle a été votre volonté. Non, je ne m'en plains pas des pleurs que j'ai versés pour les souffrances morales que j'ai endurées, mais ce qui m'afflige profondément et jetterait peut-être le désespoir dans mon âme, si ma conscience ne me disait pas que j'ai fait mon devoir, c'est que tous mes efforts ont été infructueux et inutiles pour faire germer au cœur des deux grands pécheurs, une pensée ou un senfimenl de repentir.

« J'incline mon néant devant les insondables décrets du Très-Haut. Qui sait peut-être au moment où ils allaient être lancés dans l'éternité,

un peccavi (\nt la corde ne leur a pas permis d'articuler, s'est-il élevé du fond de leur âme.

« Frère, prions pour eux qu'ils aient trouvé grâce, priez aussi pour ce pauvre prêtre afin que Dieu rende son travail efficace, lorsqu'il teiitera de ramener à lui des âmes égarées.

« Je suis avec estime, votre bien sincère ami.

« Odillon ptre. »

J'oubliais de vous remercier de l'envoi généreux que vous m'avez fait- Cet argent sera distribué aux pauvres et c'est sur votre tête et sur celles de ceux qui vous sont chers, que retomberont les bénédictions qu'ils demanderont au ciel, en reconnaissance de vos bienfaits.

Odillon ptre.

« Septembre 17. Je suis entré dans leur cachot vers six heures pour passer la nuit auprès des malheureux et essayer à verser dans leur cœur un peu de calme et de repentir. Ils étaient dans un état d'exaspération épouvantable. Leurs yeux étaient hors de tête, leurs figures sinistres et empreintes d'une haine indicible. Leurs mains étaient couvertes du sang qui s'échappait des blessures que les fers leur avaient faites en essayant à s'élancer l'un sur l'autre pour se frapper et se déchirer. De leurs bouches s'échappaient une écume sanglante et d'affreux blasphèmes. Ma vue loin de les apaiser ne fit plutôt que redoubler leur rage. Ils parurent même la concentrer sur ma personne, car comme je m'approchais pour les calmer, ils se sont tous deux précipité sur moi et m'ont violemment repoussé. Toute la nuit s'est ainsi passée dans des paroxysmes de fureur sans que j'aie pu leur faire entendre raison.

« La cause de cette haine frénétique qu'ils se portent, vient de ce que tous deux ont tenté de se rendre témoins du roi, avec l'assurance qu'ils voulaient faire donner aux autorités qu'on leur laisserait la vie sauve. A cette condition, ils auraient tout avoué.

« Ces démarches, ils les avaient faites à l'insu l'un de l'autre et elles leur avaient été révélées le jour de leur procès. Or de tous les hommes celui que les sauvages abhorrent le plus et auquel ils ne pardonnent jamais, c'est au délateur et au traître ; aussi lorsqu'ils le tiennent en leur pouvoir, il est toujours soumis aux plus horribles tortures.

« Sept. 18. La journé? ne s'est pas annoncée sous de meilleurs auspices. Je suis entré dans leur cachot au moment où ils prenaient leur déjeuner. Mon arrivée n'a fait aucune autre effet sur eux que de m'attirer à peine un coup d'œil chargé de mépris. Tout en mangeant ils se sont lancé des regards farouches et pleins de menaces. Comment donc réussirai-je à faire entendre une parole de religion à ces hommes dont le cœur est si profondément gangrené par les plus exécrables passions ?

{à suivre) Dr Ch, de Guise.

1er octobre 1890

(Spécialement écrit pour Le Recueil Littéraire) LE SURMENAGE INTELLECTUEL

Le vingtième siècle vers lequel nous courons à pleines voiles verra probablement la solution de la question du surmenage intellectuel. Déjà des hommes éclairés, des philanthropes dévoués, agitent cette question ; plusieurs, il est vrai, émettent des idées plus ou moins justes, mais enfin, ainsi qu'on l'a dit avec raison, c'est du choc des idées que jaillit la vérité.

Le régime de nos maisons d'éducation est-il trop sévère ? Telle est la question à laquelle nous voulons essayer de répondre. Nous ne prétendons pas exposer nos idées ; nous voulons tout simplement, à l'aide des auteurs qui ont écrits sur la matière, renseigner nos lecteurs sur cette question du surmenage intellectuel dont on parle tant depuis quelques mois.

Et d'abord quel est-il le régime de nos maisons d'éducation ? Le tableau suivant, à peu d'exceptions près, est celui qu'elles suivent tous :

5 heures

Lever ; Etu

: Déjeuner.

Récréation.

Messe.

Classe.

. Récréation.

lOè-

: Classe.

llà-

Dîner.'

Récréation.

1 heure

Etude.

: Classe.

: Récréation

: Etude.

: Souper.

: Récréation

: Etude.

: Coucher.

En tout : Trois heures de récréation ! Est-ce assez ? Quinze heures d'immobilité, de silence, d'attention soutenue ! N'est-ce pas là un régime cruel, homicide même ! Et encore ces trois heures de récréation mille fois gagnées où les prennent-ils, ces pauvres enfants ? Souvent dans des salles petites, à peines aérées, où la poussière les inondent ; très souvent dans des cours entourées de hautes murailles qui empêchent le soleil de parvenir jusqu'à eux, dans de véritables cours de prison, quoi ! Trop heureux, encore, quand les /^«i'/*;;//^, les refermes, les devoirs en arrière, ne viennent pas leur enlever ces trop courtes récréations !

Et que font-ils dans ces cours de prison, ces enfants, ces jeunes gens dont les muscles ont besoin de se tendre, dont les esprits ont besoin de distractions } Les mains derrière le dos, la tête penchée vers le sol, ils se promènent de long en large, parlant de politique, de littérature et de mille autres choses ! N'est-ce pas là, encore une fois, un régime homicide ? L'homme de profession arrive à son bureau à dix heures, il en repart à deux heures, cependant il se plaint ! Et l'enfant, qui a dix, douze, quinze ans, reste quinze heures à un travail ardue, fatigant, qui demande la tension de tout son esprit ! Aussi qu'en résultet-il ? Ils sortent de ces collèges le plus souvent dyspeptiques, ils ont la voix éteinte et le teint bilieux.

Comparez l'écolier canadien a l'écolier anglais. Vous verrez la dif-

féreiice. En Angleterre les exercices de l'esprit sont entremêlés d'exercices corporels. La balle, la natation et la gymnastique, qui sont des exercices si favorables au développement de la force corporelle, sont les principaux jeux des écoliers anglais.

Il est donc temps, grandement temps, que nos législateurs s'occupent de cette question. Ils ont fait des lois pour protéger les enfants employés dans les manufactures, pourquoi n'en feraient-ils pas pour protéger la santé des enfants internés dans les collèges ? Ne sont-ils pas eux aussi des ouvriers, des ouvriers de l'esprit.

Pierre Georges Roy.

(Spécialement écrit pour Le Recvxil Littéraire) A MADEMOISELLE BERNADETTE B...

Semblable à la rose naissante, Espoir heureux de nos jardins, De vos jours l'aurore brillante Annonce des appas divins.

Déjà vous êtes désirée.

Tout par vous paraît s'embellir.

Toujours, de vos grâces parée Vous soufflez l'attrait du plaisir.

En vous voyant le cœur s'agite Entre l'espoir et les regrets :

On voudrait vous voir plus petite, Ou plus grande par vos attraits.

Votre cœur qui sommeille encore Déjà réveille tous les cœurs.

Et du sentiment qu'il ignore Inspire les douces erreurs.

Ces chants sont pour vous un mystère Que vous ne sauriez pénétrer, Vous touchez au moment de plaire Connaîtrez-vous celui d'aimer ?

Moiitréal, septembre 1890. J. Alcide Chaussé.

PETIT COURRIER

J. B. Chatrian, Bruxelles : Eeçu carte. Vais m'occuper de votre demande. — E. H. G., Montréal : Reçu lettre et poésie. Paraîtra dans prochain numéro. Merci. — G. T., Trois-Eivières : Réponse prochainement. — Adolphe P., Montréal : Certainement. — J. B. A., Montréal : Adressez-vous au bureau de ce journal. Merci. — D. L., Québec : "Vous adresse mes meilleurs souhaits dans votre entreprise. — Edmond, Montréal : Poésie dans prochain numéro. Merci.

(Spécialement écrit poiir Le Recueil Littéraire) ÉTUDE SUR LE XVIIe SIÈCLE DE LOUIS XIV

{suite et fin)

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