‹ Le Recueil littéraire (volume 2)Chapitre 91 sur 100 · Y. — ADMINISTRATION · texte numérisé non relu

Y. — ADMINISTRATION

L'administration, sous Louis XIV, a été une des plus sages et des plus fertiles en bons effets ; dans un siècle où tout s'unissait pour porter dans la société les plus graves désordres, il fallait des hommes d'une rare prudence et d'une fermeté indomptable à la tête des affaires du royaume.

Louis XIV associa à sa gloire deux ministres célèbres, Colbert et Louvois.

Le premier, né à Reims en 1619, fut protégé parle cardinal Mazarin. Remarqué bientôt par ses idées d'économie et son esprit de discernement, il devint ministre de Louis XIV. A peine en fonction de son rôle important, il s'attacha à ramener l'harmonie dans les affaires de l'Etat, à diminuer les durs impôts dont le peuple se trouvait accablé par suite des guerres désastreuses qui venaient d'ensanglanter toute l'Europe.

Comprenant que les beaux-arts font la gloire la plus noble de tout pays, il s'efforça par des pensions ou des faveurs, de réunir dans la capitale de France tout ce que l'Europe comptait d'illustres dans la peinture, la sculpture, l'architecture et la musique.

Sully avait protégé l'agriculture, Colbert donna tous ses soins au commerce. Sous sa sage direction, il se forma des compagnies puissantes qui accrurent les richesses de la France et portèrent dans des régions à peine connues la civilisation et le bien-être.

Paris, cette ville célèbre qui, comme disait l'ingénieur Vauban, « est à la France ce que la tête est au corps humain » nécessitait alors des réformes importantes ; les rues étaient infectes et la nuit, c'étaient par toute la cité des ténèbres épaisses où agissaient sans crainte les voleurs et les bandits.

Colbert porta remède à ces désordres, nomma un lieutenant de police qui fut La Reynie, pava les rues, fit élever des monuments splendides. des riches manufactures dont les beaux produits excitèrent l'admiration et l'envie des nations étrangères.

Par son influence, il établit des colonies à Madagascar et à Cayenne.

Les ports de mer auparavant déserts et dénués de toute défense, furent fortifiés et embellis ; des académies de peinture, de sculpture et de sciences s'élevèrent comme par enchantement daus ce grand Paris.

« L'éclat et la prospérité du règne de Louis XIV, dit le président Hénault, la grandeur du souverain, le bonheur des peuples feront regretter à jamais le plus grand ministre qu'ait eu la France. Ce fut par lui que les arts furent portés à ce degré de splendeur qui a rendu le règne de Louis XIV le plus beau règne de la monarchie ; et, ce qui est à remarquer, c'est que cette protection signalée qu'il leur accorda n'était peut-être pas en lui l'effet seul du goût et des connaissances ; ce n'était pas par sentiment qu'il aimait les artistes et les savants ; c'était

comme homme d'Etat qu'il les protégeait, parce qu'il avait reconnu que les beaux-arts sont seuls capables de former et d'immortaliser les grands empires. Homme mémorable à jamais ! ses soins étaient partagés entre l'économie et la prodigalité ; il économisait dans son cabinet, par l'esprit d'ordre qui le caractérisait, ce qu'il était obligé de prodiguer aux yeux de l'Europe, tant pour la gloire de son maître, que par la nécessité de lui obéir ; esprit sage et n'ayant point les écarts du génie : Par negotiis ?icque serpra erat (Tacite). Il ne fut que huit jours malade : on a dit qu'il était mort hors de la faveur : grande instruction pour les ministres. »

François Michel Le Tellier, marquis de Louvois, naquit à Paris en

Ministre de la guerre en 1664, il fit de grandes réformes dans l'armée, qui offrait alors un bien triste spectacle. Il pourvut les soldats de vivres, d'habits, de munitions, de tout enfin de ce qui rend une armée forte et puissante et par suite d'une si sage organisation, Louis XIV put disposer dans ses guerres de 500,000 hommes au moins, ce qui pour le temps fut une chose bien étonnante. On reproche à Louvois une trop grande sévérité, mais il faut bien songer qu'aucune discipline n'existait alors dans l'armée, et il fallait une main de fer pour briser tous ces graves désordres.

« Louvois, dit Hénault, éfait né avec de grands talents, qui avaient principalement la guerre pour objet ; il rétablit l'ordre et la discipline dans les armées, ainsi qu'avait fait Colbert dans les finances. Mieux informé souvent que le général lui-même ; aussi attentif à récompenser qu'à punir ; économe et prodigue suivant les circonstances ; prévoyant tout et ne négligeant rien ; joignant aux vues promptes et étendues la science des détails ; profondément secret ; formant des entreprises qui tenaient du prodige par leur exécution subite, et dont le succès n'était jamais incertain, malgré la foule des combinaisons nécessaires qui devaient y concourir : l'instruction donnée au maréchal d'Humières pour le siège de Gand, fut regardée comme un chef-d'œuvre dans son genre. Mais il eût été à souhaiter qu'il n'eût pas porté trop loin le zèle pour la gloire de son maître, et que se contentant de voir le roi devenu l'objet du respect de l'Europe, il n'eût pas voulu encore qu'il en devînt la terreur. »

Pour clore dignement notre humble travail, disons quelques mots sur le grand roi qui sut réunir autour de lui les plus beaux génies que la France du XVIIe siècle put produire. Que ce monarque paraît grand, quand du haut de sa gloire, on le voit appuyé sur cette multitude d'hommes aux œuvres immortelles !

On a vu des écrivains contester à Louis XIV le titre de grafid, mais en dépit de la malignité et de la calomnie, son nom vivra dans les fastes des Français et la postérité le placera toujours avec ceux de Clovis et de Charlemagne. Généreux, noble, charitable, il fut aimé de son peuple malgré les souffrances nombreuses et horribles que des guerres sanglantes, provoquées par l'ambition de son roi, lui apportèrent.

« Louis XIV, dit Gaboury. possédait au plus haut degié tout ce qu'avait de généreux et de grand l'antique honneur de la nation française. Ses manières étaient nobles et élégantes ; il était, en toute sa personne,

un modèle exquis de galanterie et de bon goût. Nul ne pouvait lui être comparé en délicatesse de sentiments ; et, toutes ces qualités extérieures, loin de nuire à sa majesté, semblaient encore rehausser l'éclat imposant de sa couronne. Ce prince fut donc en réalité éminemment national et résuma en lui-même les vertus brillantes et solides de son peuple. »

Il fut digne de donner son nom au beau siècle qui a produit Corneille et Bossuet.

Paul Durand.

(Spécialement écrit pour Le Recueil Littéraire) IDÉES ET IMPRESSIONS

La folie côtoie le génie.

La Patrie !... c'est la famille en grand.

La satisfaction n'est que de l'orgueil mitigé.

Que serait l'histoire sans l'ambition humaine ?

L'excès de prospérité est toujours suivi de grands malheurs.

La rue I... l'endroit où le mal se connaît avant le bien.

Les plaisirs simples, doux, donnent plutôt le bonheur que les plaisirs violents.

Hélas ! il faut avoir péché pour connaître le prix d'une conscience pure.

Il n'y a pas de passion qui procure autant de jouissance que l'étude des sciences.

On a beau dire et beau faire la flatterie fait trop souvent naître des sentiments d'orgueil dans notre cœur.

J'ai connu peu de riches qui se plaignaient d'avoir trop de biens ; peu de pauvres qui n'en désiraient pas.

Il semble que les nations comme les individus ne peuvent se maintenir longtemps à des hauteurs vertigineuses.

D'habitude la mort préfère s'attaquer à ceux qui sont en état de jouir de la vie et qui n'ont pas le temps de penser à elle.

Lorsque j'étais enfant, mon professeur avait coutume de répéter : La vie c'est le présent, car le passé n'est qu'un rêve, l'avenir qu'un songe.

Une parole grossière, sortie de la bouche d'une jolie femme, fait plus mal au cœur que si elle venait d'une femme laide. Pourquoi ?... Parcequ'il nous paraît impossible qu'un beau vase ne contienne pas belle liqueur.

Les grands hommes sont comrne ces corps célestes qui gravitent dans l'espace entraînant dans leur course vagabonde des météores de moindre importance, qui, sans leur passage, n'auraient jamais été aperçus des savants. En effet que d'écrivains ordinaires ne se sont fait un nom que par leur contact avec le génie.

Mon Dieu ! est-il possible que l'ignoble maladie s'attaque sans discernement aux natures d'élites comme aux plus vulgaires ?... Au premier abord, cela semble révoltant, mais bientôt la froide raison me dit : Pour les âmes nobles souffrir c'est grandir, c'est passer par le creuset qui purifie !

E. Z. Massicotte.

(Spécialement écrit pour L^ Recueil Littéraire) CHRONIQUE DE QUINZAINE

Je vous avouerai franchement, aimables lecteurs du Recueil, qu'aujourd'hui je ne suis guère disposé à faire une chronique, sur quelque sujet que ce soit. Ce n'est pas que la ville ne soit animée : Encore toute remplie des mélodies de Strauss, elle s'imagine déjà que Coquelin, Judic et Sarah Bernhardt vont venir la visiter sous peu. Je crains bien qu'il ne soit tout aussi facile d'attendre que des alouettes rôties nous tombent dans la bouche. Mais pourtant, qui sait ? Personne ne nous a dit encore : Lasciate oinni speranza.

La société des hommes gras a çu son banquet annuel le 13 de ce mois, à Bridgeport, Connecticut. Avant le repas, l'on procéda, suivant l'usage antique, à l'élection des dignitaires.

Monsieur Perkins, un chef regretté, homme du modeste poids de 439 livres, était mort depuis peu, et le juge Lockwood, un New-Yorkais pesant 325 livres fut jugé le moins indigne de le remplacer. Après la réunion eût lieu le festin, un vrai repas d'ascète, mais où la frugalité des mets était compensée largement par le bon appétit des convives. Fruits, coquillages, poissons et légumes, composaient le menu. Le roi de la fête fut monsieur Munson ; sans négliger aucun des plats servis sur la table, sans manquer d'avaler scrupuleusement tout le melon d'eau qu'au dessert l'on posa devant lui, il a englouti ensuite deux homards vinaigrés qui n'ont pas paru déranger sa constitution.

Monsieur Munson pèse 304 livres.

Pendant que les Israélites sont encore à célébrer dans tout l'univers leur cinq mille six-cent-cinquante et unième jour de l'an, le Recueil

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Littéraire, plus modeste mais plus utile, est sur le point d'entrer dans sa troisième année d'existence. Ceci justifie le proverbe italien : Chl va piano va sano. Ce journal a grandi et il grandira encore, je l'espère, et c'est le vœu de tous ses amis.

En attendant, nous lui souhaitons de nouveaux succès, et... de nouveaux abonnés.

Une anecdote « journalistique » — les rapprochements sont interdits : —

Le propriétaire d'un grand journal va trouverun jour son chroniqueur humoristique, qu'il surprend écrivant : ,

— Vous avez l'air bien sérieux, lui dit-il.

— Ah ! c'est que je ne suis pas comme mon prédécesseur, je ne trouve pas drôles les farces que je fais.

—Personne non plus ne les trouve drôles, répond le propriétaire en lui tournant le dos.

19 septembre 1890. LuDOVIC.

(Spécialement écrit pour Le Reciml Littéraire) TOMBEAU D'ENFANT

C'est l'humble sentier du vieux cimetière, L'air est saturé du parfum des buis, Le sépulcre cache en sa froide pierre D'éternelles nuits.

Le soleil pâlit ; déjà le soir tombe, Déjà luit au loin une étoile d'or, Regardant là-bas, dans sa blanche tombe. Un enfant qui dort.

Il dort loin du bruit le beau petit ange, Mais il a perdu dans ce long sommeil Sa voix douce comme un chant de mésange Et son teint vermeil ;

Il pense peut-être aux mille tendresses, Aux astres brillants parmi le ciel noir. Aux rires charmants, aux folles caresses, Au baiser du soir...

Et sa tête blonde, a demi-couchée, En se souvenant murmure et sourit.

Croyant voir encor sa mère penchée Sur son petit lit.

Miss E. Ehrtone.

(Spécialement écrit pour Le Recxieil Littéraire) LE LYCÉEN ET LE COIFFEUR

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