‹ Le Recueil littéraire (volume 2)Chapitre 97 sur 100 · JOURNAUX REÇUS · texte numérisé non relu

JOURNAUX REÇUS

Nous accusons réception des Mois, publication publiée à Sceaux, France ; du New-York- Canada, publié a New-York ; du Courrier de Duluth, publié à Duluth ; de L'Union, publiée à Saint-Hyacinthe et de L'Association, publiée à Québec.

Nous parlerons de ces journaux dans notre prochain numéro.

PETIT COURRIER

G. D., Montréal : Ai reçu. Très bien. — Edouard G., Québec : Impossible à présent. Plus tard nous veiTons. — B. L., Montréal : Ne pouvons accepter votre poésie. — P. G. R., Lévis : U'm âme enpeÏTie au prochain no. — D. P., Paria : Romerciements.

NOTRE FEUILLETON. — Dans notre prochain numéro nous commencerons la publication d'une très émouvante nouvelle : BRAVES GENS ! par J. B. Chatbian.

HELIKA

MEMOIRE D'UN VIEUX MAITRE D'ECOLE

No 29

« Mais ce que je ne comprenais pas et ne comprends pas encore au-jourd'hui, c'est que quand tu me voyais si folle, tes yeux se mouillaient de larmes. J'avais bien peur que ce ne fut quelque chagrin que je te causais et tu étais trop bon pour me dire en quoi je t'affligeais. Je suis aujourd'hui bien plus raisonnable que je ne l'étais alors et j'ai bien hâte de te revoir pour te demander pardon.

« J'espère, mon bon grand papa, que tu prends toujours un bon soin de ta santé car si j 'apprenais que tu es malade ou qu'il te fut arrivé quelque malheur, je crois que j'en mourrais.

« Je me propose quand je te reverrai de te gronder bien fort de ce que tu ne m'écris pas.

« Je suis à présent une grande fille. Les bonnes religieuses me disent qu'elles sont très contentes de mes succès. Elles ont pour moi toute espèce de bontés.

« La mère supérieure et l'assistante me font souvent venir dans leurs chambres. Elles m'embrassent, me chargent de bonbons, mais je ne sais pourquoi elles ont l'air triste elles aussi quand elles me parlent. Je n'ai pas besoin de rien demander, elles préviennent mes moindres désirs et me disent que c'est toi qui leur a donné l'argent pour y pourvoir.

« Je t'embrasse beaucoup pour te remercier de toutes tes prévenances et je vais m'appliquer bien fort pour finir mes études au plus vite et aller te rejoindre. Tu dois, toi aussi, t'ennuyer un peu de ta petite fille.

« Depuis huit jours nous prions pour deux criminels qui ont été pendus ce matin. Toutes les bonnes religieuses étaient tristes, nous aussi nous l'étions. C'est si terrible de penser que deux hommes vont être pendus, mais c'est plus affreux encore de songer qu'ils vont mourir sans s'être réconciliés avec Dieu. A dix heures trois quarts ce matin les glas des deux malheureux ont commencé à sonner. J'en frémis encore. Nous nous sommes rendues à la chapelle pour eux. Je n'ai pas osé demander s'il ont fait leur paix avec Dieu.

(( Tu peux t'imaginer comme j'ai été contente de revoir mon ami Baptiste, aussi je l'ai embrassé bien fort.

« Grand'mère vient me voir toutes les semaines. Elle m'apporte de ces beaux petits ouvrages en broderie sur écorce comme elle sait en faire. Elle y joint de plus de jolies corbeilles remplies de toute espèce de fruits. J'aurais voulu que ma tante supérieure lui donna de l'argent, j'avais tant peur qu'elle souffrit de la faim ; mais elle m'a embrassée en me disant que tu lui en donnes plus qu'elle n'en a besoin. Je t'en aimerais encore plus fort pour cela si j'en étais capable.

« A présent je vais te dire un tout petit secret. Ce n'est pas moi qui f 'écris, je ne suis pas assez savante, c'est une de mes compagnes qui le fais pour moi, mais c'est moi qui dicte.

« Mes bonnes tantes disent que dans quelques mois je poilnai écrire une lettre seule. Juges si je vais travailler.

« Je t'embrasse mille et mille fois, « Ta petite fille, 20 septembre. * « Adala. »

La lecture de cette lettre me fit un plaisir ineffable que je me plus à savourer quelque temps. Il fallut pourtant me tirer de cette délicieuse rêverie et retourner dans ma cabane.

Mes amis étaient éveillés. Je me ^s raconter les derniers jours des bandits dans les plus grandes minuties. Ils avaient été plus diaboliques encore dans leurs actions que le bon prêtre ne me l'avait dit.

Un jour un d'eux lui avait presque coupé un doigt avec ses dents pendant qu'il lui présentait à boire, comme il le lui avait demandé.

Un autre jour, Rodinus l'assommait presque avec ses menottes pendant qu'il avait le dos tourné.

Il n'y avait pas d'avanies, d'injures, de blasphèmes, d'obscénités de toutes sortes que ce saint prêtre n'eût entendus de leurs bouches et souffert avec une patience et une douceur angéliques.

Mais je tire le rideau sur ce hideux tableau pour revenir au plus vite à ma chère enfant.

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